Publié par Ftouh Souhail le 5 mars 2020

Le Président tunisien, Kais Saied, s‘est rendu au quartier juif de Djerba, où il s’est entretenu avec un certain nombre de représentants de la communauté juive locale pour contester la légitimité d’Israël.

Accompagné de l’ancien ministre juif du Tourisme René Trabelsi, le président tunisien a visité la synagogue de la Ghriba, le 4 mars 2020, où il a profité de l’occasion pour diffamer le seul Etat juif.

D’abord il a souligné la nécessité de faire la différence entre la religion juive et le mouvement sioniste « qui a provoqué le déplacement du peuple palestinien et la privation de sa terre ».

Ce type d’affirmation diffamatoire, faut-il le préciser, sert entre autres à victimiser les Palestiniens. Il se base sur un récit antisémite de l’histoire de la région qui consiste à assimiler le sionisme au racisme et, dans la foulée, qualifier Israël « d’Etat raciste ».

Ce récit de haine refuse toujours l’émancipation du peuple juif, conteste la fondation d’un Etat-nation basé sur l’identité culturelle juive et dénie le droit des Israéliens de retrouver fierté nationale et dignité.

En plus de publier une fable antisémite sur le déplacement « du peuple palestinien et la privation de sa terre », le président tunisien donne un prétexte qui pourrait raviver les actions intégristes.

Pourquoi Kais Saied persiste-t-il à lancer des accusations contre Israël depuis cette synagogue ?

Un Président inculte à la tête du pays

Cet homme est inculte. On pourrait lui conseiller des lectures sur le sujet, à commencer par la somme d’études sur l’histoire du Peuple juif.

Ce serait peine perdue. Car non seulement il est inculte, mais c’est un imposteur.

A tout hasard quand même, et pour tenter la petite fracture en sa petite caboche, qui permettrait le passage de la grâce, je lui rappelle deux points :

  • D’abord le terme même de SIONisme réfère au nom de cette colline sacrée à l’est de Jérusalem, sur laquelle se dressait le palais du roi David, dans cette terre appelée Eretz israël, terre d’Israël dans la Bible.
    Sion est ainsi le nom de la colline sur laquelle Jérusalem fut bâtie, le noyau originel et plus ancien de la ville juive. Sion désigne le site du sanctuaire de Dieu.
    « mont Sion » apparaît 19 fois dans le Tanakh. Dans toutes ces mentions, il fait référence au Mont Sion. Par exemple, dans le Livre des Psaumes (Psaume 74), il est décrit comme le lieu de résidence de YHVH  :
    « Souviens-toi de ce mont Sion où tu fixas ta résidence !  »
    Donc, il serait impossible de faire la différence entre la religion juive et la la colline des sionistes, à moins qu’on soit des incultes.
  • Ensuite, le Président Kaïs Saïed semble avoir une étroite connaissance, cette fois, sur l’histoire du sionisme qui s’affirme surtout dans la lignée de la Révolution française, comme un mouvement national qui entend mettre fin à l’assujettissement politique d’un peuple, les Juifs, en les dotant d’un Etat sur la terre qui les a vu naître.

Au XVIIIème siècle déjà, le grand Jean Jacques Rousseau, l’auteur du Contrat Social et de tant d’autres œuvres illustres, affirmait en 1762, dans « l’Emile ou l’Education »  que les retrouvailles du peuple juif avec sa terre permettront, elles seules, à ce peuple redevenu lui-même de recouvrer ses droits d’éducateur de l’humanité.

En concrétisant son projet, ce mouvement de libération national juif, né dans l’effervescence du XIXe siècle, s’est trouvé confronté au nationalisme arabe et palestinien, lui-même poussé dans la fièvre des mouvements de libération qui soulevèrent le Tiers Monde au XXe siècle. Cette douloureuse rencontre a donné naissance à un conflit national et territorial -et non pas racial-, qui doit être résolu.

Nul Etat, pas plus Israël qu’un autre, n’est exempt de fautes. Il reste qu’Israël est le seul Etat démocratique du Proche-Orient. Ainsi les citoyens arabes d’Israël, qui forment 18% de la population, sont représentés au parlement, au gouvernement et à la Cour suprême du pays.

En s’obstinant à diaboliser Israël et le sionisme, le président Kais Saied est allé souiller la mémoire de la synagogue de la Ghriba et contester l’existence historique d’Israël dans un lieu qui contiendrait des restes du Temple de Salomon (1).

Son témoignage, dans ce lieu historique du culte juif, niant les droits imprescriptibles du peuple israélite sur sa terre (2), révèle à la fois son coté judéophobe et son dénuement intellectuel et moral.


Le président tunisien a effectué une visite provocante à l’intérieur de la synagogue de la Ghriba, le 04-03-2020
De plus, il n’a pas eu la décence de porter une kippa dans la synagogue. Tous les chefs d’état, partout dans le monde, le font par respect du lieu et des hôtes qui l’ont convié à visiter ce lieu saint. Il est d’ailleurs encore plus surprenant que René Trabelsi ne semble pas la porter non plus.

Ces mensonges pour nous faire croire que la Tunisie est respectueuse des juifs

A la Synagogue de la Ghriba, le Président Kais Saied a prétendu que son pays « reconnait sa profondeur historique, civilisationnelle et culturelle et la coexistence pacifique et naturelle de ses habitants de différentes religions », a indiqué un communiqué de la présidence.

Une affirmation mensongère car la nouvelle Constitution du pays ne reconnait pas la culture juive et berbère. Elle clôt plutôt la Tunisie dans une identité exclusivement « arabo-musulmane ». Contrairement au Maroc, l’Etat tunisien ne reconnait pas l’identité juive dans sa Constitution de 2014.

Sans parler de la prohibition de l’utilisation de la langue berbère dans les écoles, les programmes scolaires ou les médias (radio et télévision).

Le chef de l’Etat tunisien a aussi souligné, devant des représentants de la communauté, « que les juifs tunisiens sont des citoyens qui ont des droits et des devoirs égaux avec le reste des Tunisiens, expliquant que de nombreux d’entre eux ont combattu le colonialisme et contribué à la construction du pays après l’indépendance. »

Une affirmation trompeuse car le gouvernement tunisien impose un apartheid administratif qui se matérialise, en particulier, dans les restrictions d’accès aux postes sensibles de l’État tunisien, dans la justice, l’armée et la police, réservés aux seuls musulmans.

Le gouvernent tunisien, qui ferme les yeux sur la profanation du cimetière israélite de Sousse survenue le 1er mars 2020, a créé une sculpture pour commémorer le troisième anniversaire de la disparition de l’ingénieur du mouvement terroriste islamiste palestinien Hamas Mohamed Zouari.

Aujourd’hui la Tunisie compte à peine 1.053 Juifs sur les 110.000 qui y vivaient au début du XXe siècle, la plupart vivant dans l’île de Djerba. L’Etat tunisien manipule constamment les leaders de la communauté juive locale pour attirer des touristes occidentaux.

Dans ce pays musulman, qui se targue d’être tolérant, ses dirigeants n’expriment jamais leurs vœux dans les fêtes comme Hanouka, Pessa’h, Yom Kippour, Pourim ou Rosh Hashana. Contrairement au Maroc ou la Turquie, les médias tunisiens boycottent aussi le calendrier juif.

La Tunisie ne reconnait enfin pas le jour du 30 novembre, qui est célébré dans le Monde entier comme la Journée internationale des réfugiés juifs des pays arabes et musulmans. Les juifs vivaient dans ce pays parfois depuis 3000 ans et y possédaient des richesses dont ils ont été intégralement spoliés depuis 1967.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Ftouh Souhail pour Dreuz.info.

(1) Il est largement prouvé que les juifs, des prêtres appelés Cohanim se seraient installés sur l’île de Djerba après la prise de Jérusalem et l’incendie du Temple de Salomon par l’empereur Nabuchodonosor II en 586 av. J.-C. Ils auraient emporté un élément du temple détruit qui aurait été inséré dans la synagogue. Les visiteurs peuvent voir une pierre incorporée à l’une des voûtes de la synagogue et qui serait la pierre originale rapportée de Jérusalem.

(2) Après la destruction du premier Temple en 586 av. JC, une grande partie des habitants de la Judée est déportée vers Babylone. Cet exil est décrit ainsi dans le psaume 137 : « Sur les rives de Babylone, nous étions assis et nous pleurions au souvenir de Sion ». Le nom de cette colline à l’est de Jérusalem, sur laquelle se dressait le palais du roi David, servit bientôt à désigner toute la ville de Jérusalem, puis l’ensemble de la Palestine (appelée Eretz israël, terre d’Israël dans la Bible).

Soutenez Dreuz en partageant cet article

Partagez ce message !

19
0
Merci de nous apporter votre commentairex
()
x
Merci de cliquer sur J'aime pour soutenir Dreuz