Publié par Jean-Patrick Grumberg le 10 mars 2020
https://www.facebook.com/chinatownprato/

Italie. Le coronavirus ronge le nord du pays. 17 millions en quarantaine. Mais pourquoi l’Italie ? J’ai fouillé, les médias ne disent rien. J’ai trouvé.

Pour contribuer à Dreuz.info en utilisant votre carte de crédit sans vous inscrire à Paypal, cliquez sur ce lien Paypal.Dreuz, et indiquez le montant de votre contribution.

J’ai hésité à publier cet article. Les gens se demandent-ils, comme moi, pourquoi l’Italie est si touchée ? Est-ce que ça vaut un sujet ? Curieusement, les médias ne disent rien, j’ai dû fouiller loin et longtemps pour trouver. Je n’ai même pas réussi à comprendre pourquoi les journalistes n’en parlent pas. Même s’ils ne font plus leur métier, ne sont-ils pas un peu curieux ? Et pourquoi cacheraient-ils les raisons de l’épidémie ? Je n’ai pas de réponse certaine. Des hypothèses mais pas de réponse.

Nouvel An chinois à Prato en 2011

Selon un rapport du ministère de l’Emploi et de la Politique sociale italien de 2016 (8), 333 996 Chinois résident en Italie. C’est la plus importante diaspora chinoise d’Europe. Le chiffre réel est bien plus élevé, beaucoup résident en permanence avec des visas de tourisme expirés. Les Chinois d’Italie vivent surtout dans le nord du pays, le premier et le plus touché par le coronavirus. 22,3% sont en Lombardie, 21,3% en Toscane et 12,7% en Vénétie.

Vous ne le lirez nulle part ailleurs que sur Dreuz pourquoi l’Italie est si touchée.

  • Vous savez évidemment que 17 millions d’Italiens vivant dans le nord du pays, dont Milan et Venise, étaient en quarantaine jusqu’à hier pour tenter de contrer la propagation du virus. Que les écoles, universités, musées, cinémas et piscines sont tous fermés.
  • Vous savez que depuis lundi soir 9 mars, Le Premier ministre italien Conte a mis toute l’Italie en quarantaine à cause du coronavirus et a exhorté les gens à rester chez eux.
  • Vous savez sans doute aussi que 6 personnes sont mortes lors d’une émeute dans une prison italienne de Modena, qui a pour point de départ les restrictions de visite des familles à cause du coronavirus (1).
  • Vous ne savez peut-être pas que malgré la quarantaine et l’interdiction, les gens continuent de circuler vers et hors de la région, par air, en voiture et en train, selon l’AFP, et répandent potentiellement le virus. (2)
  • Et donc vous ignorez probablement que des compagnies aériennes comme EasyJet, Ryanair, British Airways et Air France continuent de desservir les aéroports de Milan et de Venise, les deux plus grandes plaques tournantes de la région, les plus touchées par le coronavirus, tandis qu’Alitalia a interrompu ses vols.
  • Et je suis certain que beaucoup d’entre vous ignorent que les mesures de quarantaine strictes qui ont été imposées le mois dernier autour des 11 zones considérées comme les centres du foyer, viennent d’être partiellement levées, selon les responsables de Codogno, l’une des villes touchées, juste avant que le pays entier soit mis en quarantaine.

    Massimo Galli, le chef d’une équipe de médecins de l’Institut de recherche biomédical de Milan qui a identifié la souche italienne le mois dernier, a déclaré à l’AFP que la levée de ces mesures « n’a aucun sens » (2).

Mais pourquoi l’Italie ?

  • L’Italie est le pays qui compte le plus grand nombre de décès liés au virus en dehors de la Chine.
  • Le bilan s’aggrave d’heure en heure au point qu’il faille préciser le jour et l’heure lorsqu’on rapporte les chiffres :
    • 1 797 nouveaux cas et 97 nouveaux décès lundi 9 mars à 19 heures, heure française.
    • Le total s’élève maintenant à 9 172 infections, dont 463 décès.
  • Selon le site web de statistiques Worldometers, l’Italie connaît également la plus forte augmentation quotidienne du nombre de cas et de décès de tous les pays du monde.
  • La grande majorité des cas (plus de 4 000) ainsi que des décès (267) ont eu lieu en Lombardie.
  • Selon les données du gouvernement italien, 4,25 % des personnes dont la présence du coronavirus a été confirmée en Italie sont décédées, soit l’un des taux les plus élevés au monde.
  • Des habitants de Lombardie témoignent que les hôpitaux sont débordés, et que les médecins doivent décider qui vit et qui meurt, comme à la guerre (4).

Mais rien de tout cela n’explique « pourquoi l’Italie »…

Même le site The Local Italy, qui consacre un article spécial (3), et pose la question « Pourquoi y a-t-il eu tant de décès dus aux coronavirus en Italie ? », ne répond pas à la question qu’il pose.

Pourquoi l’Italie est si touchée ? Voici pourquoi :

  • Selon le site Chinatown Report (6),

La ville de Prato, en Toscane, a la plus grande concentration de Chinois en Italie, ainsi que sur tout le continent européen.

http://chinatownreport.com/prato-chinatown/?fbclid=IwAR0e53Oufa8RIX6ZL80ej3LlCImq35Jpv1uenSAh6urKOrHU4gLhlXyUUTg
  • Le site US Fashion Work avance que 50 000 travailleurs Chinois vivent et travaillent dans la zone (7).
  • Dans la ville d’Italie du Nord, les Chinois fabriquent des articles de mode italiens, et après le Nouvel An chinois, des Chinois sont revenus en Italie. Le Nouvel An tombait le 25 janvier.
  • Un article du New Yorker du 16 avril 2018 titrait ainsi : « Les travailleurs chinois qui assemblent des sacs en Toscane. » (5)
    • L’article précise que 20 000 Chinois vivent à Prato, la seconde plus grande population chinoise d’Europe.
    • Et que « les autochtones ont accusé les immigrants chinois d’apporter le crime, la guerre des gangs et les ordures dans la ville », ajoutant que « les propriétaires d’usines chinoises, se plaignent, ignorent les lois sur la santé et fraudent le fisc ».

Aucun décès de Chinois en Italie ?

Restaurant chinois de Prato

La seconde question que je me suis posée, immédiatement après avoir découvert la présence d’une communauté chinoise très importante dans le nord de l’Italie, c’est pourquoi les autorités précisent que les morts sont tous italiens.

Un début de réponse se trouve dans l’article du New-Yorker. Il se pourrait que les morts profitent aux trafiquants mafieux :

L’accusation la plus étrange était que les Chinois en Toscane ne mouraient pas – ou, du moins, qu’ils ne laissaient pas de corps derrière eux.

• En 1991, le gouvernement régional a ouvert une enquête pour savoir pourquoi, au cours des douze mois précédents, pas un seul décès de Chinois n’avait été officiellement enregistré à Prato ou dans deux villes voisines.

• En 2005, le gouvernement était toujours perplexe : cette année-là, plus de mille arrivées de Chinois ont été enregistrées, et seulement trois décès.

La population locale soupçonnait les mafieux chinois de se débarrasser des cadavres en échange de passeports, qu’ils vendaient ensuite aux nouveaux arrivants, un stratagème qui profitait de l’apparente incapacité de la population indigène à distinguer un Chinois d’un autre.

https://www.newyorker.com/magazine/2018/04/16/the-chinese-workers-who-assemble-designer-bags-in-tuscany

« Les Chinois d’Italie se sentent comme les Juifs des années trente« 

Certains Italiens n’aiment pas que les Chinois travaillent plus dur qu’eux et qu’ils réussissent. Dans la région de Prato, quelque six mille entreprises sont enregistrées au nom de citoyens chinois. Francesco Xia, un agent immobilier qui dirige une organisation sociale pour les jeunes Italo-Chinois, a déclaré :

« Les Chinois se sentent comme les Juifs des années trente. Prato est une ville qui a connu une grave crise économique. Aujourd’hui, il existe une classe de Chinois qui conduisent des voitures de luxe, dépensent de l’argent dans les restaurants et s’habillent à la dernière mode. C’est une situation très dangereuse ».

https://www.newyorker.com/magazine/2018/04/16/the-chinese-workers-who-assemble-designer-bags-in-tuscany

Et grâce au dur travail de leurs parents, beaucoup d’enfants Chinois nés en Italie ne veulent pas fabriquer des sacs Dior et Prada à la chaîne comme leurs parents, ils veulent aller à Bocconi, l’université privée prisée par les élites, et qui se trouve à Milan, l’un des épicentres du coronavirus.

A l’université, « Ils nous disent encore parfois des choses racistes – ils nous appellent « les visages jaunes » – mais je leur réponds en plaisantant » explique une jeune Chinoise de 18 ans, étudiante à Buzzi, au Prato.

Des milliers de violations des règles d’hygiène

Entre 2014 et 2017, [les officiels Italiens] ont inspecté plus de huit mille entreprises chinoises [de Prato].

Ils frappaient aux portes la nuit et sans prévenir, avant que les propriétaires ne puissent nettoyer, fermer ou rouvrir sous un nouveau nom.

Renzo Berti, le directeur de l’unité de prévention des maladies au département de la Santé de la Toscane centrale a dit que cet effort avait amélioré les conditions de travail dans les usines appartenant aux Chinois. Lorsque les raids ont commencé, a-t-il dit, quatre-vingt-treize pour cent des entreprises inspectées commettaient des infractions, des dortoirs illégaux aux câblages exposés.

https://www.newyorker.com/magazine/2018/04/16/the-chinese-workers-who-assemble-designer-bags-in-tuscany

Protéger la gauche

Wenzhou a été la deuxième ville chinoise mise en quarantaine après Wuhan et a le plus grand nombre de cas de coronavirus en dehors de Hubei. Il est bien possible que cette ville portuaire, qui est un hub industriel tourné vers le monde extérieur, contrairement à Wuhan, 800 km à l’intérieur des terres, soit plus responsable de la propagation du virus à l’échelle mondiale que Wuhan.

La plupart des Chinois du nord de l’Italie viennent de Wenzhou.

Et beaucoup de Chinois de Wenzhou vivent et travaillent… en France, en Espagne et en Hollande.

  • En février dernier, un compte Twitter prémonitoire faisait le lien entre Wenzhou et l’explosion du coronavirus en Italie, et prédisait que si son hypothèse était juste, le prochain fortement touché serait la France.
  • Lundi 9 mars à 23h30, la France était le point le plus touché en Europe après l’Italie, suivi de l’Espagne.

Il se pourrait bien que la loi du silence des médias sur les causes de l’apparition et de l’explosion du virus en Italie soit de la même veine que la dénomination de Vladimir des terroristes il y a quelques années : mentir au public, lui cacher la vérité, pour protéger la gauche et ne pas contredire sa rhétorique et sa propagande.

« Lors des récentes élections nationales en Italie, la Toscane, qui depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale a toujours soutenu les partis de gauche, a donné deux fois plus de voix aux partis de droite et populistes qu’à ceux de gauche », précise le New-Yorker.

« À une époque où l’Europe est remplie de rhétorique anti-immigrants, dit encore le New-Yorker, les extrémistes politiques ont pointé du doigt les changements démographiques à Prato comme preuve que l’Italie est assiégée.

https://www.newyorker.com/magazine/2018/04/16/the-chinese-workers-who-assemble-designer-bags-in-tuscany

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

Parce que Dreuz est censuré pour le crime de désaccord avec la gauche, suivez notre fil Twitter, et retweetez-nous. C’est un important geste de résistance pour faire circuler vos idées.

  1. https://www.buzzfeednews.com/article/matthewchampion/coronavirus-italy-prison-methadone?bftwnews&utm_term=4ldqpgc#4ldqpgc
  2. https://www.thelocal.it/20200309/travel-continues-in-and-out-of-northern-italy-despite-coronavirus-lockdown?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter
  3. https://www.thelocal.it/20200305/analysis-why-have-there-been-so-many-coronavirus-deaths-in-italy
  4. https://twitter.com/ValentinaStucc1/status/1236995796916199424
  5. https://www.newyorker.com/magazine/2018/04/16/the-chinese-workers-who-assemble-designer-bags-in-tuscany
  6. http://chinatownreport.com/prato-chinatown/?fbclid=IwAR0e53Oufa8RIX6ZL80ej3LlCImq35Jpv1uenSAh6urKOrHU4gLhlXyUUTg
  7. https://us.fashionnetwork.com/news/made-in-italy-by-chinese-workers,525321.html
  8. http://www.integrazionemigranti.gov.it/Areetematiche/PaesiComunitari-e-associazioniMigranti/Documents/ES_CINA_en.pdf

Soutenez Dreuz en partageant cet article

Partagez ce message !

Merci de cliquer sur J'aime pour soutenir Dreuz