Publié par Abbé Alain Arbez le 16 mars 2020

Cette manière de nommer la Vierge Marie, mère de Jésus, est apparue au Moyen-Age, autour du XIème s. C’est en fait un tournant à la fois spirituel et culturel, car cela correspond à une posture nouvelle des hommes envers les femmes, que l’on désigne « amour courtois ».

La « Dame » n’est pas seulement la figure féminine idéalisée pour les chevaliers, elle est l’avènement de la respectabilité féminine pour enrayer les mœurs brutales. « Dame » vient de « domina », féminin de « dominus ». Régine Pernoud avait écrit un livre explicite sur la culture de cette époque « Pour en finir avec le Moyen-Age ». Elle démontre l’inanité des préjugés qui ont été forgés idéologiquement sur les mœurs et coutumes de cette période qui fut extrêmement créatrice. Les moines et les moniales ont joué un rôle décisif dans la civilisation du Moyen Age, par leur travail et leur prière (ora et labora). Des régions entières ont été défrichées et mises en valeur  par les communautés monastiques.

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L’amour courtois correspond à une attitude nouvelle dans les rapports hommes-femmes. La poésie et la spiritualité se conjuguent pour faire renoncer les hommes à la brutalité et à la possessivité. Chrétien de Troyes, un juif devenu catholique, féru de tradition cabalistique, écrit des romans courtois dans un style lyrique. Gautier de Coinci, moine lettré relie cette approche à la spiritualité mariale, il lance une littérature à succès autour des « miracles de Notre Dame ». Une sorte de pédagogie incitant à réfréner les passions et à se dépasser dans l’offrande spirituelle. La Vierge est souvent représentée avec un immense manteau de compassion qui protège les fidèles. On retrouve ainsi à cette époque la quête du Graal, mais aussi la vénération de la Vierge présentée comme apaisante au milieu des vicissitudes et empreinte d’attention maternelle. « Nostre Dame Saincte Marie qui fontaine est de cortoysie… »

Dans ce climat culturel, la Vierge Marie est celle qui guide les esprits vers son Fils seul sauveur, et c’est pourquoi ceux et celles qui la contemplent l’invoquent comme « Bonne Mère ». Pour contrer les pouvoirs arbitraires et impitoyables qui menacent les pauvres, elle est dénommée « Reine » et la statuaire lui revêt la tête d’une couronne pour visibiliser la supériorité du royaume des cieux.

A partir du Moyen Age commence une époque où des cathédrales dédiées à Notre Dame sont édifiées, avec des travaux artisanaux sur un ou deux siècles, et  avec un génie créatif que la modernité peut envier. Les sculptures, les fresques et surtout les vitraux mettent en lumière les scènes bibliques essentielles.

A cette époque tourmentée où des comportements rudes persistent dans la population, c’est une pédagogie liée à l’amour courtois qui se met en place autour de la piété populaire, instaurant des codes de conduite plus respectueux. Comme le rappelle Régine Pernoud, des femmes acquièrent alors un grand pouvoir. Certaines abbesses ont plus d’autorité que les évêques, et la puissance de leurs monastères est à la fois spirituelle, économique et culturelle.

En valorisant le sentiment, la piété, la spiritualité, cette étape a joué un rôle dans l’évolution de l’amour vers les concepts modernes que nous connaissons, avec l’exigence de qualité dans la relation. En lien direct avec la promotion de l’amour courtois, la vénération de Notre Dame a été, en Occident judéo-chrétien, le marqueur de ces changements civilisationnels majeurs au cours du temps. A l’heure où nos sociétés voient leurs valeurs s’effilocher, les cathédrales restent en tant que chefs-d’œuvre le signal de ces jalons historiques fondateurs.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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