Publié par Gilles William Goldnadel le 24 mars 2020

L’avocat et chroniqueur déplore les violations du confinement et l’aveuglement des élites face à la pandémie. Il appelle toutefois à suspendre tout procès et à faire preuve de fraternité le temps d’affronter ensemble cette crise historique.

Je reconnais que l’exercice est ardu, qu’il faut prendre sur soi.

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S’employer à la méditation transcendantale avec la respiration lente et profonde appropriée.

On aurait envie de hurler. Ce n’était pas faute de l’avoir répété sous les lazzis et les quolibets.

D’abord et avant tout les frontières barrières, que j’ai évoquées jusqu’à la nausée de manière hebdomadaire.

Et les mêmes qui étaient dans la moquerie sont aujourd’hui frappés d’amnésie.

C’est ainsi qu’entre mille, Le Monde qui n’était pas le dernier à railler le vain et stupide repli identitaire il y a encore une quinzaine, publiait il y a quatre jours un article éloquemment intitulé: «Au Moyen-Orient, la crainte du foyer iranien. Dans les pétromonarchies, qui se sont très tôt fermées, le bilan reste peu élevé.» Je cite en toutes lettres les quatre journalistes: «Ces chiffres moins élevés qu’on aurait pu le craindre s’expliquent par le fait que ces États se sont très tôt barricadés.»

On croit rêver ou cauchemarder. Les mêmes, il y a quinze jours, morigénaient «les populistes» qui en France exigeaient la barricade salvatrice.

La prestation burlesque de Sibeth Ndiaye expliquant sérieusement qu’elle ne savait pas mettre un masque exige beaucoup de flegme pour ne pas désespérer.

Mais à quoi bon ruminer à présent qu’il est trop tard?

Même chose pour le manque cruel de masques. Au-delà de l’imprévoyance dont on ne sait vraiment s’il faut l’imputer à ce gouvernement ou bien au précédent, la prestation burlesque de sa porte-parole Sibeth Ndiaye expliquant sérieusement qu’elle ne savait pas mettre un masque, d’où leur évidente inutilité, exige beaucoup de flegme pour ne pas désespérer.

Idem pour la mascarade morale de Madame Buzyn, victime d’une brûlure narcissique au deuxième degré. Mais on ne tire pas sur le corbillard politique qui passe.

Il y a aussi le comportement particulier de ceux qui refusent particulièrement le confinement.

Au-delà de certains comportements à imputer nationalement, on sait que le département de la Seine-Saint-Denis s’illustre spécialement pour sa réticence et que celle-ci fleure non encore la partition redoutée mais certainement l’exception confirmée. Les médias d’État demeurent aussi discrets qu’un gouvernement qui doit penser sans doute et peut-être, si l’on ose dire, à bon droit que l’appareil répressif ordinairement indulgent n’est pas en mesure de réprimer, en cette période particulière, convenablement.

L’appareil répressif ordinairement indulgent n’est pas en mesure de réprimer, en cette période particulière, convenablement.

Pour montrer l’esprit civique de certains, on citera pour l’exemple cet élu de la municipalité d’extrême gauche de Saint-Denis, Madjid Messaoudene, promoteur de la mémorable Marche contre l’islamophobie, qui concernant les «consignes de la préfecture de police quant au signalement du non-respect du confinement», écrivait sur Twitter: «Mesdames et Messieurs: le retour de la délation.» C’était d’ailleurs ce moraliste qui blaguait après les massacres de Mohammed Merah.

Parmi toutes les explications possibles, celle apportée par la merveilleuse résistante algérienne Djemila Benhabib interrogée par Alexandre Devecchio dans Le Figaro Magazine de cette semaine: «Saint-Denis est plus communautarisée qu’Oran. Elle est au cœur du dispositif indigéniste et au centre de la stratégie de l’international islamiste». C’est au moins partie de la réponse.

Et tandis que j’écris ces phrases sans trembler ni retrancher une virgule, je n’oublie certes pas l’apport de beaucoup d’immigrés musulmans en situation légale, parfaitement intégrés, et nécessaires à l’économie et à la concorde nationales. Et je sais que nombre d’entre eux pensent comme moi.

Dans un esprit voisin qui inciterait encore, n’étaient nos bonnes résolutions, à la colère: la situation des migrants qui errent désormais dans Paris et ses confins en violation flagrante du confinement. La lecture du Nice-Matin du 20 mars nous apprenait également que le centre de rétention administrative de Nice avait été vidé de ses pensionnaires en attente d’expulsion.

Partout en France, des étrangers en situation irrégulière sont remis dans la dangereuse nature, ce qui pose naturellement des problèmes sanitaires mais encore sécuritaires.

Partout en France, des étrangers en situation irrégulière sont remis dans la dangereuse nature, ce qui pose naturellement des problèmes sanitaires mais encore sécuritaires. À ce stade, est-il vraiment nécessaire de préciser qu’on n’en veut beaucoup moins à ces pauvres hères condamnés à l’errance qu’aux faux gentils qui par fausse bienveillance sont coupables d’imprévoyance?

Ayant vidé ma bile, je veux à présent écrire pourquoi j’entends plaider l’extinction provisoire des feux et la nécessaire unité nationale. Car l’heure n’est pas au procès, judiciaire ou d’intentions, mais à la concorde provisoire.

D’abord un mot, sur la responsabilité des politiques. On excusera ce lieu commun: on a le personnel politique qu’on mérite. Et la période ordinaire n’est pas propice aux hommes d’exception.

Le phénomène ne date pas d’aujourd’hui, j’ai cité dans mes Névroses Médiatiques (Plon, 2018) l’explication par Gustave Le Bon de la perte d’autorité de l’homme politique: «Jadis, et ce jadis n’est pas fort loin, l’action des gouvernements, l’influence de quelques écrivains et un petit nombre de journaux constituaient les vrais régulateurs de l’opinion. Aujourd’hui les écrivains ont perdu toute influence et les journaux ne font plus que refléter l’opinion. Quant aux hommes d’État, loin de la diriger, il ne cherche qu’à la suivre. Leur crainte de l’opinion va parfois jusqu’à la terreur et ôte toute fixité à la conduite.»

Il n’est pas nécessaire d’insister sur le fait que l’hystérie électronique de la foule médiatique déchaînée n’a fait que multiplier exponentiellement ce phénomène. Sans parler du négativisme systématique convenu d’une partie du monde journalistique.

Un seul exemple. On reproche aujourd’hui à ce gouvernement son imprévoyance coupable. Mais dois-je rappeler les critiques essuyées par Roselyne Bachelot jugée médiatiquement coupable d’avoir pris trop de précautions pour protéger les Français de la grippe A/H1N1 en 2009 ?

L’heure est à la demi-mesure timorée et souvent inefficace.

Je n’ai pas oublié l’interview inquisitoriale d’Élise Lucet, sur une chaîne d’état, agissant à la manière de l’accusateur public. Ce comportement médiatique aura placé un personnel politique déjà très dévalué dans une alternative diabolique: je n’en fais pas assez et je perds ou j’en fais trop et je perds encore.

Dès lors, l’heure est à la demi-mesure timorée et souvent inefficace.

Cette plaidoirie modérée n’enlève certainement pas la rancœur rentrée mais impose la suspension du nécessaire procès.

Car l’heure guerrière n’est pas à la rancune. Elle est à la fraternité dans l’adversité.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gilles-William Goldnadel. Publié avec l’aimable autorisation du Figaro Vox.

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