Publié par Joëlle de Paris le 5 avril 2020

Mercredi 8 avril au soir, nous Juifs allons fêter Pessah, la Paque juive.

C’est la fête qui dure huit jours durant lesquels on ne mange pas de pain mais (si on en a) des matsot, le pain azyme qui n’a pas eu le temps de lever parce qu’il fallait filer en vitesse avant que Pharaon change d’avis.

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La fête commence par un grand dîner familial (sauf cette année) appelé Séder durant lequel on mange de l’agneau et des aliments symboliques et on lit tout haut la Hagada, le récit de la sortie d’Egypte et des rites de la soirée.

Bien sûr nous savons que D.ieu a créé le ciel, la terre, tout ça, mais ça reste théorique car personne n’y était. En revanche nous étions là quand Il nous a sortis d’Egypte, nous Lui en sommes reconnaissants, et nous le rappelons souvent dans nos prières.
Le souvenir de la sortie d’Egypte nous sert « de preuve et de rappel » en cas de crise de foi. (1)

Pé-sah, fête de la transmission aux enfants, veut aussi dire la bouche (PÉ)-qui parle (SAH).

La Torah nous dit :

Pentateuque Exode Bechala’h Ch. 13:
14 Et lorsque ton fils, UN JOUR, te questionnera en disant: « Qu’est-ce que cela? » tu lui répondras: « D’une main toute puissante, l’Éternel nous a fait sortir d’Égypte, d’une maison d’esclavage

Pour Rachi (rabbin français, 1040-1105) commentateur incontournable de la Torah, ce « UN JOUR » fait référence au futur.

La Hagada de Pessah, rédigé en hébreu et en araméen il y a 2000 ans par les Sages du Talmud (commentaire explicatif de la Torah) raconte la présence à table de 4 ENFANTS qui posent des questions.

Nous allons nous intéresser au 2ème, puis au 5ème enfant (Suspens…)

Extrait de la Hagada :
« ! La Torah parle de quatre enfants : un est sage, un est méchant, un est simple et un ne sait pas interroger. » …
« Le méchant, que dit-il ? « Qu’est-ce que ce culte pour vous ? »
Il dit « pour vous », mais pas pour lui ! En s’excluant ainsi de la communauté, il a renié ce qui est fondamental.
Aussi, toi, émousse-lui les dents et dis-lui : « C’est pour ceci que l’Éternel a agi pour moi quand je suis sorti d’Égypte. » « Pour moi », mais pas pour lui ! S’il avait été là, il n’aurait pas été libéré ! » (2)

Le 2eme enfant, le méchant

En hébreu le « RACHA » est, cela dépend des traductions de la Hagada, le méchant, le rebelle, l’impie, le pervers…

Rappelons quand même que ce rebelle

1) vient au Séder, probablement avec une bouteille de vin casher
2) participe en posant sa question «Qu’est-ce que ce culte pour vous?»

Son cas est donc loin d’être désespéré !

Le RACHA est intelligent et provocateur, on l’imagine avec un petit sourire en coin et un air supérieur…

Le Sage du Talmud ne conseille pas au père de lui répondre: « Si TU avais été là, TU n’aurais pas été libéré ! » : non, il s’agit de lui faire comprendre qu’il s’exclut mais sans l’humilier, juste en lui « émoussant les dents », c’est-à-dire en réduisant son agressivité. (Le mot RACHA est d’ailleurs composé de  RA (le mal) et de la lettre Chin qui veut dire « dent »)

Par sa question, le RACHA demande :

« Pourquoi vous singularisez-vous des autres peuples avec ce dîner formaliste et compliqué ?
A quoi servent ces rites désuets ?
Pourquoi vous imposez-vous de respecter ce rite-là?
Pourquoi tentez-vous de m’imposer ce rite-là ?
Pourquoi tentez-vous de m’imposer des rites ?
En quoi manger cette délicieuse viande grillée fait partie du culte, c’est à dire la spiritualité ? »

Cette rebelle-attitude est très actuelle (prochaine étape, demander pourquoi D.ieu et les Juifs oppriment Pharaon et les Égyptiens) (3)

Quand on analyse les 4 enfants comme les 4 étapes de l’assimilation (4), l’étape RACHA est celle de l’enfant du Juif religieux (le Juif religieux est l’enfant qui est Sage) : le RACHA, immigré de la 2ème génération, est bien intégré au monde moderne (romain, grec, allemand, américain, rien de moderne sous le soleil), il vient au Séder de son père mais en se demandant un peu pourquoi.

Il est imprégné de l’idée occidentale de Séparation de l’Eglise et de l’Etat, qui parait aller de soi, mais non, c’est seulement du ici et maintenant, et ce n’est pas un concept juif.
Comme quoi il est plus facile de sortir le Juif d’exil que l’exil du Juif.

Dans le judaïsme, il n’y a pas d’un côté le matériel et de l’autre le spirituel, d’un côté la religion et de l’autre la vie réelle : business, politique, guerre etc. :

  • Abraham et Moïse étaient aussi chefs de guerre,
  • David écrivait des psaumes ET régnait,
  • les rabbins ont des mots très durs pour les escrocs barbus,
  • il y a une façon juive de d’agir, de parler, de s’habiller, alors que quand j’étais jeune on disait: « Israélite à la maison, français dehors ».

Dans le judaïsme, pas de « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » ni « Mon royaume n’est pas de ce monde » (comme ce n’est pas ma religion, j’ai fait mes recherches et lu que ces citations de Jésus n’étaient pas sensées le cantonner au ciel car à l’origine, le Christ-Rédempteur était aussi Christ-Roi).

Pessah, en plus d’une commémoration, nous permet d’actualiser notre histoire : quand nous disons depuis 2000 ans le soir de Pessah « L’an prochain à Jérusalem » c’est une déclaration sioniste, pas une vieille prière.

Très cher RACHA, crois-moi, sans l’étude et l’observance de ces rites, nous n’aurions pas traversé les millénaires et les continents en restant un seul peuple, pour enfin refonder un état.

Le 5eme enfant, le grand absent

Lors du Séder, nous buvons 4 coupes de vin et certains en remplissent une 5ème en l’honneur du prophète Elie, qui ramènera « le cœur des enfants à leurs pères » : comme l’annonce la toute dernière prophétie du tout dernier prophète. (Prophètes-Malahie 3-24)

Pour le Rabbi des Loubavitch, il existe un 5ème enfant, qui n’est pas venu ce soir, car d’exil en exil, il s’est perdu au sein des Nations :

« Prenant conscience de la petite minorité à laquelle ils appartenaient, en butte aux inévitables difficultés de leur réinsertion, certains parents eurent l’idée – qu’ils communiquèrent à leurs enfants- que l’assimilation était la seule solution. Mais leurs efforts pour abandonner le mode de vie juif engendrèrent un conflit spirituel grave en eux. Résolus à épargner à leurs enfants la tension créée par une loyauté écartélée, il leur fallait trouver une explication rationnelle à leur désertion par rapport à l’héritage juif ; ils tâchèrent donc de se convaincre et de convaincre leurs enfants que la vie de Torah et de Mitzvoth [commandements] n’était pas adaptée à leur nouvel environnement.

Pour y réussir, il fallait trouver des carences, voire des défauts, au mode de vie juif, et en même temps se persuader que tout ce qu’il y avait de non-juif autour d’eux était, au contraire, attirant et bénéfique. Ils firent l’un et l’autre.

… La fête de Pessa’h et la délivrance qu’elle célèbre rappellent opportunément que la survie juive ne dépend pas de l’imitation de l’environnement non-juif, mais de la fidélité à nos traditions et à notre vocation religieuse ». (5)

D’après nos Sages, la sortie d’Égypte représente le modèle des libérations futures (6), et pour Manitou (rabbin franco-israélien Léon Ashkenazi (1922-1996) la 5ème coupe annonce le retour du 5ème enfant symbolisant le retour des Juifs en Israël.

Pour Manitou, ce retour est plus important que le retour d’Égypte à Israël car

  • nous ne sommes restés que 200 ans en exil en Égypte alors que nous sommes restés 2000 ans en exil,
  • nous sommes revenus d’un seul pays l’Égypte alors que nous revenons maintenant de tous les pays du monde,
  • nous ne sommes pas revenus définitivement d’Égypte en Israël puisque la destruction des deux Temples a été suivie d’expulsions, alors que le présent retour en Israël, début des temps messianiques, sera définitif
  • la sortie d’Égypte s’est faite grâce à des miracles car nous avons eu besoin que D.ieu force la nature pour nous faire sortir, alors que le présent retour en Israël se fait selon les lois naturelles (vote de l’ONU, arrivée en bateau ou en avion) ce qui est beaucoup mieux. (7)

Passage de la Mer Rouge

Et nos descendants diront le soir de Pessah :

« Ce soir nous commémorons également la sortie de nos ancêtres d’Europe et des pays arabo-musulmans« 

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Joëlle de Paris pour Dreuz.info.

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Sources

  • Nahum Avihaï Botschko Thora de Sion, Vaët‘hanan- 1, Le chabbat et la sortie d’Égypte P 350
    https://hekhaleliyahou.com/wp-content/uploads/2015/07/ThoraDeSion.pdf (1)
  • https://fr.chabad.org/library/article_cdo/aid/528374/jewish/La-Haggadah-en-franais.htm (2)
  • https://www.jforum.fr/pessah-les-enfants-oublies-de-la-haggada.html (3)
  • https://www.moadon.fr/pessah-3-un-recit-pour-des-lecons-de-vie-2/ (4)
  • LE CINQUIEME FILS Message du Rabbi pour Pessa’h 5717 https://www.loubavitch.fr/pessah/le-cinquieme-fils (5)
  • Prophètes – Jérémie – 23-7
    7 En vérité, des jours viendront, dit l’Eternel, où l’on ne dira plus: « Vive l’Eternel qui a fait monter les enfants d’Israël du pays d’Egypte! » 8 mais « Vive l’Eternel qui a fait monter, qui a ramené les descendants de la maison d’Israël du pays du Nord et de toutes les contrées où je les avais relégués, pour qu’ils demeurent dans leur patrie! » (6)
  • Conférence LA FÊTE DE PESSAH – LE 5ÈME FILS ? du 29 Mai 2018 INTERVENANT(S) : RAV OURY CHERKI, Rabbin à Jérusalem et élève de Manitou, ANTOINE MERCIER http://www.manitou-lhebreu.com/contenu/la-fete-de-pessah–le-5eme-fils-,131 (7)

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