Publié par Abbé Alain Arbez le 6 avril 2020

Shmuel Oswald RUFEISEN est né en 1922 dans une famille juive de Zadziele près d’Oswiecim (Auschwitz) en Pologne. Jeune, il devient membre d’Akiva, un dynamique mouvement de jeunesse sioniste.

Lorsque les Allemands envahissent la Pologne en 1939, Shmuel quitte de justesse le pays pour gagner l’URSS en compagnie de son frère. Leurs parents arrêtés par la Gestapo seront dirigés vers le camp de la mort où ils seront gazés.

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C’est à Vilnius que Shmuel acquiert le statut d’étudiant, mais les Allemands arrivent en Lituanie, et Shmuel devenu clandestin est arrêté. Avec astuce, il arrive à faire croire aux autorités allemandes qu’il n’est pas juif. Linguistiquement excellent germaniste, il se fait embaucher comme interprète d’allemand auprès d’un officier polonais collaborateur. Il accompagne celui-ci à Mir en Biélorussie, où il est considéré comme auxiliaire non juif de la police locale. Dans le ghetto, il est reconnu par des jeunes polonais qu’il avait côtoyés dans le mouvement sioniste. En relation discrète avec eux, il les aide en leur fournissant des armes. Un jour, il entend une conversation entre le SS et la police annonçant l’éradication du ghetto au nom de l’Endlösung (solution finale). Il parvient à alerter ses contacts afin qu’ils quittent au plus vite le ghetto. Afin de leur faciliter l’évasion, Shmuel organise une opération de chasse au gibier à l’extérieur de la ville et tous les membres de la police y sont invités. Grâce à ce subterfuge, 300 juifs peuvent s’extraire de la ville et les plus vaillants seront sauvés.

C’est alors que son double jeu est démasqué, et Shmuel prend la fuite pour échapper aux représailles des nazis. Il est accueilli dans un couvent de religieuses, les Sœurs de la Résurrection. Dans cette retraite forcée, il découvre les Ecrits du Nouveau testament et retrouve dans les évangiles l’espérance messianique de son peuple. Attaché à la personne du juif Jésus de Nazareth, il chemine vers la foi chrétienne et demande le baptême. Mais en 1943, Shmuel rejoint les partisans dans les forêts de Russie, jusqu’à l’arrivée de l’armée soviétique. Les Allemands étant vaincus, Shmuel se rend utile pour identifier les collaborateurs des nazis, en particulier ceux qu’il avait côtoyés lors de son passage comme adjoint à la police de Mir. Dans les années 1980, il sera de nouveau appelé à confirmer des témoignages sur les exactions de criminels nazis poursuivis en justice.

En 1945, Shmuel quitte la ville de biélorusse de Mir et retourne en Pologne. Il décide de devenir membre d’un couvent masculin du Carmel. En 1946, il prend l’habit sous le nom de Frère Daniel. Il reçoit l’ordination sacerdotale en 1952, événement majeur pour Shmuel qui lui donne l’occasion de préciser que pour lui sa foi chrétienne n’est en aucun cas en rupture avec son identité de juif convaincu.

Lorsque l’antisémitisme prend de l’ampleur en Pologne dans les années 1950, Frère Daniel accompagne l’aliah de nombreux juifs polonais vers Israël. Mais la juridiction israélienne lui refuse la nationalité en raison de sa conversion au christianisme, alors que certaines branches du judaïsme lui reconnaissent sa judéité.

Frère Daniel fait recours devant la Cour suprême qui confirme la décision selon laquelle tout juif converti à une autre religion perd l’accès à la citoyenneté israélienne. Finalement Shmuel Oswald Rufeisen obtiendra la nationalité grâce à la procédure de naturalisation. Il s’installe au monastère Stella Maris à Haïfa. Il entretient des liens avec sa famille et ses amis polonais, et développe des amitiés avec de nombreux juifs polonais. Il devient le médiateur pour de nombreuses personnes ayant une ascendance juive, et en particulier pour des couples bi-dénominationnels juifs-catholiques. Frère Daniel prend part à l’action de l’Oeuvre St Jacques qui porte le souci pastoral des catholiques de culture hébraïque et qui approfondit le dialogue avec le peuple juif. Il fonde une communauté d’ouverture qui célèbre les messes en hébreu à Haïfa. Il animera ces groupes jusqu’à sa mort en juillet 1998.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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