Publié par Abbé Alain Arbez le 9 avril 2020

L’élaboration de l’évangile de Jean a traversé le 1er siècle, c’est donc l’évangile qui médite le plus en profondeur sur le mystère du salut, et nous montre Jésus comme l’expression parfaite de l’amour de Dieu pour nous.

Mais ce récit johannique qui nous parle le plus d’amour est aussi celui qui insiste le plus sur  les commandements ! C’est donc le signe que l’amour en question n’est pas un amour abstrait, un état d’âme fluctuant : c’est un comportement aimant, jusque dans les détails de la vie quotidienne, et jusqu’au don de soi.

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Nous en avons le plus bel exemple le jeudi saint, avec l’évangile du lavement des pieds associé à la sainte cène.

Dans l’évangile de Jean, il n’y a pas de récit formel de l’institution eucharistique, en revanche, il y a la mise en valeur de ce surprenant geste de serviteur que Jésus a tenu à associer au mémorial eucharistique du don de sa vie pour nous.

Tout au long de ses interventions publiques, Jésus a toujours enseigné à ses disciples le service fraternel comme étant le prolongement normal de l’action de grâces à Dieu ! Jésus ne crée pas une nouvelle religion : pour les Israélites, la foi est d’abord une pratique avant d’être une déclaration, comme nous aurions tendance à le penser. Au désert, la réponse d’Israël à la parole de Dieu est : « nous ferons, puis nous comprendrons ». Naassé venishma ! En d’autres termes, on agit d’abord – dans la confiance en Dieu – et c’est ainsi, dans la pratique, qu’on vérifie à quel point ce que l’on croit est véridique. Et non pas l’inverse.

L’évangile de Jean débute par un repas inaugural, c’est la noce de Cana, signe de l’alliance. Cette fois, Jésus a réuni ses disciples pour la commémoration de la Pâque juive, qu’on appelle le seder, le mémorial pascal. Jésus veut y inscrire son eucharistie, en montrant – tablier autour des reins – qu’elle n’est pas que prière d’action de grâce à Dieu, elle est aussi service des frères… On peut en déduire que, si la prière est agenouillement devant la grandeur de Dieu qui nous aime, elle est simultanément agenouillement devant la dignité de la personne et devant la fraternité humaine.

A l’époque de Jésus, les domestiques avaient pour tâche de laver les pieds des convives pour les purifier et les rafraîchir. Or, Jésus prend lui-même ce rôle de serviteur ! Et au moment où il s’arrête devant Simon Pierre, celui-ci réagit spontanément par un refus gêné. Mais Jésus clarifie immédiatement le sens de l’événement en train de se réaliser : Si je ne te lave pas les pieds, tu ne pourras pas prendre part à ce que je suis en train d’accomplir…En effet, Jésus s’apprête à connaître une plongée dans la mort, librement, et par amour pour l’humanité. En comprenant l’intensité du moment, Pierre s’exclame : dans ce cas, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête…

Cette phrase est un véritable acte de foi dans la mission de Jésus, car on touche ici à plusieurs registres. Dans la littérature biblique, les pieds, les mains, la tête représentent plus que les parties organiques du corps humain. Par exemple, le psaume dit : « Qu’ils sont beaux les pieds de ceux qui apportent une bonne nouvelle ! »

Le 4ème évangile raconte donc le lavement des pieds de Pierre par Jésus non pas comme une fonction d’hygiène, mais comme une catéchèse du baptême. Car le baptême est bien une purification de tout l’être. Or, les pieds (reguel) représentent toutes les démarches que nous pouvons faire chaque jour : aller à la rencontre des autres, visiter quelqu’un, aller contempler la création, orienter notre vie par des choix… De ce fait, accepter de la part de Jésus que nos pieds soient lavés par lui, c’est en réalité exprimer un désir de foi : que nos démarches de toutes sortes, les plus ordinaires comme les plus décisives, soient assainies de tout ce qui nous éloigne du bien et nous conduit vers des voies sans issues. En lavant les pieds, Jésus purifie en même temps ce qui nous fait tenir debout et avancer dans la vie un pied l’un après l’autre.

Même signification en ce qui concerne les mains, (yad) qui représentent l’activité humaine : ce que nous réalisons par le travail, la créativité, ce que nous construisons pour édifier, les mains que nous tendons en direction des autres, pour exprimer l’amitié, la tendresse, les mains que nous élevons vers le ciel dans la prière…toutes ces attitudes des mains ont besoin elles aussi d’être purifiées de toute déviation idolâtrique, de tout dévoiement païen, de toute violence, et de tout gaspillage.

Quant à la tête, (rosh) c’est le siège de la pensée, de la réflexion et des décisions. Laver la tête, c’est la purifier des pensées malsaines, futiles, égocentriques, c’est la libérer des étourdissements artificiels, des idées creuses, c’est la rendre pure de toute mauvaise influence afin qu’elle joue son rôle en guidant là où il faut les mains et les pieds.

Tout cela n’étant possible évidemment qu’avec un cœur vivant selon Ezekiel : un cœur de chair et non pas dur comme la pierre. Un coeur relié à la Parole de Dieu pour qu’il y ait harmonie de l’ensemble de nos fonctions vitales et spirituelles…

Les évangiles synoptiques n’ont pas le même style que le 4ème évangile, mais ils annoncent déjà cette méditation johannique de la purification baptismale. Ainsi, quand Jésus secoue ses disciples en les incitant à faire des choix cohérents avec son enseignement, il leur dit :

« si ta main t’entraîne au péché, coupe-là…» C’est-à-dire : si ton activité, ta manière d’agir est néfaste, aie le courage de prendre une décision, change de comportement !

« Si ton pied t’entraîne au mal, coupe-le ! » encore une parole radicale de Jésus. Si tes démarches te conduisent à ta perte, change au plus vite d’orientation dans ta vie!

« Si ton oeil t’entraine au péché, arrache-le ! » L’œil, c’est la vision du monde, le regard sur les autres, la perspective d’avenir. Il est indispensable d’être lucide, rappelle Jésus.

Cette semaine sainte nous prépare à accueillir la lumière libératrice de Pâques, elle exprime aussi notre attente d’être purifiés dans tous les aspects de notre être, exactement comme Simon Pierre le demande à Jésus : avec lui, disons aujourd’hui avec confiance : les pieds, Seigneur, mais aussi les mains et la tête !

En laissant cet évangile insuffler du renouvellement dans notre existence, nous allons mieux vivre ce que St Jean nous donne à méditer : le double commandement eucharistique, celui de l’amour de Dieu et du service des autres.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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