Publié par Gaia - Dreuz le 10 avril 2020

Source : Cath

Tout en respectant les prescriptions des autorités concernant les mesures anti-coronavirus, notamment la prolongation de la période de confinement jusqu’au 30 avril 2020, le métropolite Hilarion de Volokolamsk assure que l’Eglise orthodoxe russe célébrera «absolument» Pâques. La fête tombe cette année, pour les Eglises qui suivent le calendrier julien, le 19 avril.

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Les services liturgiques dans les monastères et dans les paroisses ne s’arrêteront pas un seul jour, précise le président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou. Les offices et les sacrements continuent à être célébrés. «Par contre, c’est aux régions et aux diocèses de décider si les fidèles auront accès ou non aux églises, en fonction de la situation épidémiologique. Il peut se produire qu’il faille célébrer derrière des portes fermées, ou bien qu’on n’admette à l’église qu’un nombre limité de fidèles».

Souvenez-vous de l’époque soviétique !

«La fête de la Résurrection est une fête de la victoire sur la mort. Nous devons absolument fêter Pâques, même sans pouvoir venir à l’église. Souvenez-vous de l’époque soviétique ! Tous les fidèles ne pouvaient pas venir à l’église pour Pâques. Des cordons de miliciens les entouraient, on ne laissait pas entrer les jeunes. Et il n’existait pas de retransmission à la télévision. Où fêtait-on Pâques ? Dans son église domestique, en famille», explique Hilarion.

«N’allons pas dramatiser la situation. Plusieurs générations ont vécu dans un contexte de persécutions contre l’Eglise. Dans les années 1930, la majorité des églises était fermée, les prêtres avaient presque tous été fusillés, dans beaucoup de villes et de villages on ne pouvait même plus aller à l’église, ni communier, ni faire baptiser son enfant. C’est ainsi que l’Eglise a vécu pendant des années».

Aujourd’hui, souligne-t-il, «grâce à Dieu, c’est fini. Nous sommes libres de vivre pleinement notre vie d’Eglise. Nous ne sommes que temporairement placés dans une situation d’auto-isolement. Vivons ce temps avec humilité et avec calme. Grâce à nos efforts communs, préservons le maximum de vies humaines. Le Seigneur nous le revaudra. Mais il nous châtierait de notre insouciance!»

Des prêtres contaminés

Quatre membres du clergé orthodoxe de Moscou ont été diagnostiqués avec un Covid-19 au 6 avril, a déclaré le groupe de travail du Patriarcat pour la coordination des activités des établissements ecclésiastiques dans le cadre de la pandémie. Plusieurs autres sont actuellement soumis à des tests de dépistage du coronavirus, car ils en ont déjà présenté les symptômes.

Dans une interview exclusive à l’agence de presse russe RIA-Novosti, le «numéro deux» du Patriarcat de Moscou estime que le clergé doit prendre des décisions novatrices afin de prendre soin non seulement de la vie et de la santé des fidèles, mais aussi de leurs besoins spirituels. Commentant la seconde intervention du président Poutine au sujet de la propagation du coronavirus et les nouvelles mesures de lutte contre l’épidémie, Hilarion considère qu’il s’agit d’une intervention «importante et tout à fait d’actualité».

Toute vie humaine vaut plus que le progrès économique

«Le président fait ce qu’il peut pour protéger la vie de nos concitoyens. La prolongation des jours chômés à un mois entier coûtera des milliards au pays, le développement économique du pays en souffrira (…) Une vie préservée est plus importante que le progrès économique».

La vie vaut plus que tout, et aucune somme ne saurait compenser les vies qui seraient perdues parce que les mesures sanitaires n’auraient pas été observées

Le métropolite Hilarion relève que le nombre de personnes contaminées augmente en Russie, celui des victimes aussi, «mais n’oublions pas que ces chiffres auraient été autres, sans ces mesures».

Les paroisses impactées

L’Eglise n’abandonnera pas ses prêtres et leurs familles dans cette situation difficile, assure le métropolite Hilarion. «Peut-être celle-ci permettra-t-elle à la société de comprendre enfin que c’est la paroisse qui nourrit le prêtre. Les médias, en particulier les médias d’opposition, les libéraux, ne cessent de répandre des histoires sur les revenus soi-disant fabuleux du clergé, sur les limousines dans lesquelles les prêtres, paraît-il, se déplaceraient. Cela n’existe pas, les revenus des prêtres ne sont pas fabuleux. La majorité des prêtres, à quelques rares exceptions, vivent très modestement. L’Eglise vit exclusivement des offrandes des paroissiens, elle ne reçoit pas de dotations de l’Etat».

Hilarion reconnaît que les paroisses ne seront certainement pas ruinées, mais, les revenus vont brutalement diminuer. Et de suggérer d’organiser des collectes en ligne. «Mais il ne faudrait en aucun cas que des prix soient fixés. Les offrandes ne peuvent être que volontaires, c’est le donateur lui-même qui doit en fixer le montant. Si un paroissien ne peut rien donner, cela ne doit pas l’empêcher de pouvoir demander des prières pour ses proches».

Des prêtres préparés pour aider les malades du Covid-19

Pour soutenir la population, des groupes de prêtres ont été formés au sein du Département caritatif synodal du Patriarcat de Moscou, qui sont prêts à tout moment à la demande des patients atteints de coronavirus à venir à leur hôpital ou à leur domicile, a confié à l’agence de presse russe Interfax Vasily Roulinsky, porte-parole du Département. Ces prêtres sont de service 24h/24. Le chef du service synodal, Mgr Panteleimon, leur a expliqué les consignes de sécurité contre l’infection, les prêtres ont reçu des équipements de protection individuelle.

Le patriarche a prescrit aux services sociaux des paroisses, des territoires dépendant des monastères (les «métochions») et des monastères, d’aider, autant que possible, les personnes qui courent le plus de risques. Il s’agit de livrer des produits alimentaires, des médicaments. Il s’agit aussi de l’aide que les prêtres apportent personnellement, tout en observant les règles d’hygiène pour se protéger.

Les prêtres donnent toujours la communion

«Les prêtres viennent chez les personnes âgées, chez les malades, pour leur donner la communion, les confesser, leur donner le sacrement de l’onction, comme cela s’est toujours pratiqué avant l’introduction des mesures sanitaires», précise pour sa part Hilarion.

Le métropolite affirme que cette situation de crise est aussi une occasion d’offrir des possibilités nouvelles. «Les croyants ont la possibilité unique de créer ce que saint Paul appelle ‘l’église domestique’. Une famille chrétienne, en effet, est l’Eglise en miniature. Jésus Christ a dit: ‘Là où deux ou trois sont réunis en Mon nom, Je suis au milieu d’eux’ (Mt 18,20). Il n’a pas dit: ‘Là où cent, deux cents ou cinq cents personnes sont réunies’, mais ‘deux ou trois’. Où est-on souvent réuni à deux ou trois ? Dans la famille. Il est temps de s’interroger: prions-nous souvent en famille, avec les enfants, avec nos parents ?»

Créer des «Eglises domestiques»

Le métropolite reconnaît que la vie moderne, avec toute son agitation et ses sollicitations, les conditions de travail aussi, rendent difficile de consacrer du temps à la prière. «Créer son église domestique, c’est un des devoirs les plus importants du chrétien. Nous avons trop souvent une attitude consommatrice vis-à-vis de l’Eglise: nous faisons une offrande (…), le prêtre prie. L’Eglise est perçue comme une entreprise de services rituels, où l’on peut se présenter pour commander un service, en profiter, et la vie continue».

Pourtant, insiste-t-il, l’Eglise doit trouver sa continuation dans les familles chrétiennes. «Ceux qui n’ont pas encore fondé leur église domestique ont aujourd’hui la chance de pouvoir le faire !»

Le patriarche a demandé aux fidèles de rester chez eux

Concernant la visite au cimetière à l’occasion de la fête de Pâques, le métropolite Hilarion affirme que si elle s’avère cette année impossible pour des raisons sanitaires, il faudra s’en abstenir. Et de souligner que la coutume d’aller au cimetière à Pâques date de l’époque soviétique. «La tradition de l’Eglise ne prescrit rien de semblable. Bien plus, durant la semaine de Pâques, on ne commémore pas les défunts!»

A Moscou, les portes de toutes les églises sont restées ouvertes. Le patriarche Cyrille a cependant demandé aux fidèles de rester chez eux. Le métropolite Hilarion avoue ne pas savoir comment se passeront les journées pascales, mais il croit que «même l’absence du triple baiser pascal ne pourra assombrir la joie pascale, ni celle du clergé, ni celle des paroissiens».

«S’il se trouve impossible de faire bénir les gâteaux de Pâques et les œufs le Samedi saint, disons-nous que pendant les septante ans qu’a duré le pouvoir soviétique, beaucoup de fidèles en étaient privés aussi. Et lorsque nous viendrons, l’an prochain, faire bénir nos koulitchs [gâteaux traditionnels de Pâques], nous nous rappellerons notre réclusion pascale et nous nous réjouirons de ce que beaucoup n’apprécient plus à sa valeur: la possibilité de venir à l’église et d’y prier ensemble sans obstacles !»

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