Publié par Ftouh Souhail le 22 avril 2020

La colonisation iranienne n’intéresse pas les principaux organes de presse nationaux ou internationaux et les rédacteurs des grands médias dominants. On a peu parlé des colons perses et encore moins du fait que les Arabes ahwazis sont la cinquième génération à vivre sous cette occupation iranienne.

Le gouvernement iranien donne son autorisation aux colons perses de construire sur l’île arabe d’Ormuz en violation du droit international et des droits légitimes du peuple d’Al-Ahwaz.

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Les Perses occupent l’Arabistan – ou région d’Al-Ahwaz – depuis 1925 à l’extrême sud-ouest de l’Iran, entre le Golfe, le Chatt Al Arab.

Pendant la pandémie de coronavirus, la République islamique décide cette semaine de construire 3000 nouvelles unités de peuplement sur l’île d’Ormuz. L’île d’Ormuz est une île arabe d’une superficie de 42 km² située dans le golfe arabe à environ huit kilomètres de la ville de Bandar Abbas.

Ce détroit est un lieu stratégique car il est au cœur d’une zone riche en ressource. Il est la porte d’entrée sur le golfe arabe, un espace extrêmement pourvu en hydrocarbures

L’occupation iranienne donne le feu vert à l’établissement d’une nouvelle colonie qui comprend 3 000 logements à Al-Ahwaz sur l’île arabe d’Ormuz dans la ville de Jaroun précisément.

Les tribunaux des autorités d’occupation ont annoncé la confiscation de 160 milles mètres carrés de terres sur l’île d’Ormuz, au sud d’Al-Ahwaz, à leurs propriétaires arabes.

Il est à noter que les autorités d’occupation empêchent les habitants des îles Al-Ahwaz de créer de nouvelles maisons ou même de rénover leurs maisons, et adopte cette politique afin d’obliger les Ahwazis à émigrer.

Le gouverneur locale de l’occupation iranienne sur l’île d’Ormuz, Fereydoon Hamti, a annoncé la mise à disposition de ces terrains dans la ville pour établir une nouvelle colonie iranienne comprenant trois mille logements.

Les autorités occupantes sur l’île d’Ormuz ont fourni de grandes avantages aux colons perses pour l’installation du projet, telles que la réduction des taxes pour la délivrance des permis de construire de cinquante pour cent, ainsi que la facilitation de l’échange de prêts financiers importants avec un taux d’intérêt réduit.

Le gouvernement iranien renforce la position des colons perses sur l’île arabe d’Ormuz en violation du droit international. Ces colonies qui constituent un fait accompli sont illégales.


La révélation de nouveaux plans de colonisation n’occultera pas la réalité de l’occupation et n’annulera pas le droit légitime pour le peuple d’Al-Ahwaz.

Ces plans révèlent les intentions de Téhéran, qui sont basées sur le déni des droits légitimes de la population arabe autochtone, la consécration des politiques d’apartheid et le pillage de plusieurs terres d’Al-Ahwaz.

L’annonce du début de la construction de milliers d’unités de peuplement dans l’île arabe d’Ormuz représente une continuation de la logique de l’intimidation pratiquée par l’occupation perse visant à modifier la composition démographique, le caractère et le statut de ce territoire arabe occupé depuis 1925, notamment la construction et l’expansion de colonies de peuplement, le transfert de colons perses, la confiscation de terres, la destruction de maisons et le déplacement de civils ahwazis , le tout en contradiction avec les lois et les normes humanitaires, qui interdit la création de ces unités illégales.

Alors que l’Iran ordonne la confiscation des terres de l’île d’Ormuz à ses propriétaires arabes, la Ligue des pays arabes ne se manifeste pas. Pour elle ce territoire n’est pas occupé, ni contesté, ni disputé.

Cela souligne la nécessité d’une intervention internationale urgente de la part des Nations Unies pour sérieusement faire face aux plans de l’occupation et poursuivre les colons perses en justice. La Cour pénale internationale, considère la colonisation comme un « crime de guerre ».

Le coronavirus Covid-19 n’arrête pas la colonisation iranienne. L’État colonisateur continue de raser toujours plus de terres ahwazi pour l’expansion des colonies sur l’île arabe d’Ormuz. Cependant, cette activité est désormais ignorée par les médias, malgré son illégalité.

La malhonnêteté des agences de presse à l’égard de la politique de colonisation des terres arabes d’Ahwaz

L’Iran a assez bien réussi à contrôler les informations sur la province d’Ahwaz, qui fait 16 fois la superficie d’Israël et des « Territoires palestiniens », et à maintenir le biais en sa faveur.

Les grands organes d’information n’ont guère fait mention du nettoyage ethnique systématique que cette province arabe subit depuis 95 ans. Dans les reportages occidentaux, on ne vous parle que des Territoires Palestiniens qui sont prédominants.

Les projets de construction de colonies perses passent inaperçus dans les couvertures des grands médias. Pourtant entre 200 000 et 250 000 d’Arabes devront quitter leurs villages à cause de ces projets dans les dix prochaines années.

Le gouvernement iranien encourage les Perses à s’installer sur des terres confisquées aux paysans arabes d’Ahwaz, en menant une vaste campagne publicitaire dans les villes. Le gouvernement leur promet des appartements meublés luxueux à très bon marché dans la province, alors que les Arabes iraniens, eux, y vivent dans des quasi-bidonvilles.

Les correspondants étrangers ne vous dirons pas que les Arabes à majorité chiite, qui vivent dans la province d’Ahwaz, figurent parmi les peuples les plus persécutés au monde, et cela depuis l’invasion de leur territoire en 1925.

Les affrontements sont courants entre les citoyens ahwazis et «colons» perses. Les autorités d’occupation tentent de déplacer les citoyens ahwazis à travers sa politique de restrictions de mouvements et en soutenant les colons perses au détriment des arabes autochtones .

L’armée iranienne a abandonné en 2017 certains de ses camps militaires dans la région occupée d’Al-Ahwaz et les a transformés en nouvelles unités de peuplement.

La situation s’est aggravée entre cette communauté et le gouvernement perse après la révolte d’avril 2005 déclenchée par la découverte d’une lettre classée « top secret » de l’ancien vice-président sayyed Mohammad Ali Abtahi, dans laquelle il dresse un plan à moyen terme pour la « restructuration ethnique » de la province (1).

Le gouvernement iranien prévoyait de réduire à un tiers la population arabe dans la province pétrolière en élargissant son plan de confiscation des terres, obligeant ainsi les Arabes à quitter leurs foyers pour rejoindre de nouvelles provinces à caractère plus persique.

Racisme et « persianisation » ne passent jamais sur les bulletins des médias, incapables de couvrir les véritables enjeux coloniaux du régime iranien qui vise à effacer l’identité arabe et à dépeindre l’occupation comme un conflit sociale interne.

Les Arabes d’Ahwaz sont victimes de discrimination raciale et ethnique depuis plus de 95 ans en Iran. Cette communauté minoritaire, qui est surtout composée de paysans et d’agriculteurs, vit dans la plus grande pauvreté, et souffre d’un taux élevé d’analphabétisme et de chômage. Alors que seulement près de 16 % des Iraniens sont illettrés, plus de 70 % des Arabes iraniens ne savent ni lire ni écrire (2).

Dans les zones rurales, le taux d’analphabétisme chez les femmes arabes atteint même les 100 %. Par ailleurs, la langue arabe a été bannie dans les écoles, et les noms des villes, villages et rues de la province ont été « persianisés » dans le but d’effacer toute trace du caractère arabe de la région.

Aujourd’hui, la plupart des grandes villes arabes d’Ahwaz ont un nom perse. La ville de Howeizieh est ainsi devenue « Dacht Bani-Turouf », Fallahiyé porte désormais le nom de « Chadegan » et Mohammarah , est devenue « Khorramchahr ».

Il existe dans cette province d’Ahwaz des centaines de milliers de personnes de la communauté arabe d’Iran vivant au milieu des ordures, sans accès à l’eau potable, sans électricité et sans chauffage en hiver. Ici les colons perses bénéficient de services de base plus que d’autres (3).

Comme cette province arabe d’Ahwaz renferme plus de 90 % des réserves pétrolières iraniennes et 6 % de la production totale de l’OPEC, cette terre, qui appartient historiquement aux paysans arabes, représente un enjeu économique majeur pour le pays. Il est donc indispensable pour le gouvernement des ayatollahs d’avoir le plein contrôle sur ce territoire si riche en or noir.

Le contexte de la colonisation iranienne, l’apartheid anti-arabe, les implantations illégales perses, les exécutions extrajudiciaires des ahwazis, les démolitions de leurs maisons, les arrestations arbitraires passent ici sans faire du bruit dans les colonnes des grands médias. Mais les autorités iraniennes savent méticuleusement occulter la réalité sur le terrain et aucun des correspondants étrangers ne peut s’y aventurier (4).

Téhéran veut diminuer progressivement les populations arabes de la province afin de créer une zone militaire sur plus de 5 000 km2 aux abords de Chatt el-Arab dans le but d’élargir son influence dans une région politique et militaire de grande importance. Cette région, particulièrement proche de la ville irakienne chiite de Bassorah, est utilisée pour entraîner, soutenir et envoyer des milices fidèles à Téhéran.

L’orientation des organisations médiatiques n’est pas en faveur des Arabes ahwazis

Contrairement aux Palestiniens qui ont des centaines de journaux et de radios, des dizaines de télévisions et qui bénéficient de cette surreprésentation journalistique mondiale quotidienne dans le monde islamique et en Occident, les arabes ahwazis ne disposent que d’Al-Ahwaz TV une chaîne clandestine de radio télévision disposant d’un canal sur un satellite australien, qui appelle les Arabes d’Arabistan à la révolte.

Rien ne changera en Ahwaz tant que cette politique coloniale perse ne sera pas dévoilée dans les médias grand public et par ces plumes influencées sois-disant par la littérature décoloniale.

Il faut que beaucoup plus de personnes dans le monde prennent conscience de ce qui se passe réellement dans cette province, pour que la pression oblige les gouvernements à changer de position et à cesser de fermer les yeux sur l’hégémonie coloniale d’Iran qui touche désormais tout le Moyen Orient.

La concentration des médias dans les mains de quelques groupes gauchistes fait le jeu de l’agenda iranien. L’uniformisation de la pensée médiatique sur la question palestinienne, transmise par les supports des grands médias, arrive à saturation. Le discours dominant pro-palestinien ne laisse pas de place pour se pencher sur la situation des autres peuples qui sont réellement opprimés.

Le fait que l’écrasante majorité des médias appartienne aujourd’hui à une petite dizaine de groupes de gauche, qui ne sont pas « de presse » au départ, a déplacé toute l’attention sur les politiques anti-arabes du régime iranien.

Par exemple, rien n’obligeait le groupe Radio France ou France Télévisions de rapporter des événements qui se passent dans la région d’Al-Ahwaz. Alors, pourquoi il ne le fait pas ? Il faut croire que le réseau en question tape plus sur Israël et préfère s’intéresser sur ce qu’on appelle les Territoires palestiniens et Gaza.

Aujourd’hui plusieurs sont écœurés par cette propagande étouffante anti-israélienne. La propagande palestinienne instantanée, quand elle devient trop lourde, ou trop visible, crée un antisionisme médiatique.

Cette attitude des médias facilite inconsciemment la progression du projet idéologique iranien et façonnement des croyances en Occident que les Palestiniens sont les seuls victimes dans la région, sur ce que la propagande iranienne se base toujours.

Les élites gauchistes impliquées dans le processus de fabrication des nouvelles ne font que répéter la sois-disant « oppression violente des Palestiniens », des fables trompeuses et leur consignation permanente dans le statut de « réfugiés et d’apatrides » pour accentuer la monstruosité des Juifs.

Fournir au public ces informations d’aussi médiocre qualité sur ces questions fausses ne fera que progresser les intérêts de l’Iran, qui prône depuis 1979 la « libération de la Palestine ». Cette orientation institutionnelle des organisations médiatiques les entraîne à concevoir logiquement des opinions chez les gens plus profitables aux projets iraniens de dominer le Moyen Orient.

La tendance actuelle des médias occidentaux suggère qu’il est peu probable qu’ils commencent à couvrir ce qui se passe par exemple dans la vaste région d’Al-Ahwaz depuis la « persianisation » de la province par Reza Chah Pahlavi en 1925 et après toutes ces séries d’injustices, si loins des médias, faites sur cette population autochtone majoritairement d’Arabes chiites.

Comme les ahwazis ont été oubliés pendant de nombreuses décennies, la tendance va se poursuivre après cette pandémie de coronavirus et leur sort sera inconnu.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Ftouh Souhail pour Dreuz.info.

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  • (1) Bien que le gouvernement iranien ait démenti l’existence de cette lettre, qui avait filtré dans la presse internationale, les habitants d’Ahwaz y ont vu une preuve concrète de la persécution dont ils sont victimes depuis des décennies et sont donc descendus par milliers dans les rues de la province pour manifester contre leurs conditions de vie misérables.
  • (2) En effet, depuis son annexion par l’Iran, la région est injustement exploitée par le gouvernement et les Arabes d’Ahwaz, qui forment près de 8 % de la population iranienne et vivent dans la plus grande misère.
  • (3) Le gouvernement iranien a pendant très longtemps considéré les Arabes d’Ahwaz comme des êtres inférieurs, dû à leur manque d’éducation, et comme des « traîtres », étant donné que nombre d’entre eux s’étaient alliés à Saddam Hussein dans les années 80. Plusieurs avaient fui l’Iran vers l’Irak où ils y vivent toujours en tant que réfugiés. Aujourd’hui, ils sont toujours passibles de la peine de mort s’ils retournent dans leur pays.
  • (4) L’ Iran a également réussi à faire passer la question ahwazie pour une question interne. Ce discours vise à effacer l’identité arabe et à dépeindre l’occupation. Cela permet également aux perses de lancer plus facilement des accusations de terrorisme contre ceux qui s’opposent au colonialisme iranien et/ou le critiquent.

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