Publié par Abbé Alain Arbez le 30 avril 2020

Au cœur des nombreux attentats perpétrés au cri de Allahou akbar, l’appellation « martyr » empruntée au monde judéo-chrétien revient systématiquement.

Les djihadistes la revendiquent au nom de l’injonction coranique appelant à mourir en attaquant au nom d’Allah pour rejoindre son paradis. L’utilisation ambiguë du mot « martyr » s’applique médiatiquement à ceux et à celles qui sont prêts à mourir pour la cause, en se faisant exploser au milieu d’une foule afin de terroriser les impies ou encore à ceux qui se lancent dans une opération suicidaire contre des mécréants.

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Des mères palestiniennes inculquent même à leurs enfants qu’il n’y aura rien de plus beau pour eux que de mourir martyrs : ils sont ainsi conditionnés dès leur plus jeune âge pour aller semer la mort et se sentir à l’avance glorifiés par Allah. Ce sont les « shahid », car le martyre, le sacrifice volontaire pour tuer un infidèle, se nomme « shahada ».

L’imam El Haramain signale que le Prophète a particulièrement insisté pour enseigner l’amour du martyre au service du jihad. Abou Hourayra cite Mahomet : « Connaître le martyre au moment de mourir ne se ressent pas plus que lorsqu’on est piqué par un moustique ». A ce détail anesthésiant, s’ajoute l’attrait jouissif pour le paradis et ses 70 houris qui attendent lascivement les combattants pour les récompenser d’un coït ininterrompu.

Pour étayer sa promotion de la shahada (le martyre), le coran s’auto-attribue sans complexe la caution de la Torah et de l’évangile : « Allah a acheté des croyants, leurs promesses et leurs biens en échange du paradis. Ils combattent dans le sentier d’Allah : ils tuent et ils se font tuer. C’est une promesse qu’Allah a prise sur lui-même dans la thora, l’évangile et le coran » (sourate al tawbah 9.111).

Escroquerie intellectuelle hallucinante, cette référence à l’évangile, alors que Jésus en personne a déclaré : « qui combat par l’épée périra par l’épée », tout en invitant ses disciples à  donner leur vie sans aucune violence pour la cause de la vérité et de la justice. Ses disciples avaient reçu la consigne d’annoncer leur shalom sans jamais contraindre qui que ce soit.

Les premiers martyrs chrétiens (du grec « marturia », témoignage) ont été vénérés en tant que disciples du Christ, imitateurs de son don de soi désintéressé et dénué de toute violence. Très conscient des engrenages politiques de son temps, Jésus s’attendait à une fin tragique, il connaissait le sort des prophètes d’Israël et particulièrement celui des maccabîm, décrit dans le Livre des Martyrs d’Israël, deux siècles avant lui, lorsque le roi syrien Antiochus Epiphane avait massacré quasiment toute la jeunesse juive. Ces résistants juifs s’opposaient corps et âmes à un paganisme imposé à la terre d’Israël. L’Ecrit biblique professe la conviction que le sacrifice de ces justes persécutés leur donnerait accès à la vie éternelle auprès de Dieu, juste juge des actions humaines.

Dans sa passion, Jésus a pour adversaires les sadducéens, juifs non orthodoxes et habiles hommes de paille des occupants païens et idolâtres. Ces collaborateurs contrôlent toute l’activité religieuse et économique du Temple de Jérusalem. C’est en raison de cette trahison que des mouvements dissidents comme les membres de Qumrân se sont créés. Les sadducéens et les Hérodiens accuseront Jésus devant Pilate. Dans les béatitudes, Jésus rappelle cette thématique : ceux qui résistent à l’attraction des idoles et qui sacrifient leur vie par amour pour Dieu et pour les autres accèderont à la vie heureuse de l’éternité.

Aux premier et deuxième siècles, la répression romaine contre la contestation des croyants de tradition biblique  prend de l’ampleur. Des avenues entières sont éclairées le soir par des malheureuses victimes crucifiées et transformées en torches vivantes. D’autres condamnés pour leur foi sont jetés en pâture aux fauves du cirque, jeunes femmes, jeunes gens et vieillards. Le vieil évêque Ignace voit arriver sa mort en face, et surmontant son angoisse du martyre dit que sa chair sera « pétrie dans la mâchoire des lions comme le grain moulu en vue d’un pain de vie pour le peuple affamé de justice ».

La contestation des premiers chrétiens a ainsi posé les bases du culte des martyrs. « Sanguis martyrorum, semen christianorum » : sang des martyrs, semence de chrétiens. Le développement fulgurant du mouvement messianique de Jésus est dû à cette réalité d’un total don de soi oblatif.

Si l’on regarde le témoignage de St Maurice, en Valais, on constate que ce chef de légion thébaine a accepté librement la sanction de la mort au nom de sa foi en l’amour du Christ vainqueur du mal. Militaire et haut gradé, il a refusé l’ordre venu de Rome de massacrer tous les habitants d’Agaune, et il fut suivi aussitôt par ses propres légionnaires hostiles à toute violence. Résistants jusqu’au bout, tous ont été décimés en représailles et sont morts en vrais martyrs, pour avoir refusé de massacrer une population locale prise en otage. Dès lors, l’abbaye de St Maurice en Valais fondée sur ce courageux témoignage perdure sur place sans interruption (malgré l’assaut des Arabes au Xème siècle) depuis 1500 ans, et l’exemple lumineux de ce chrétien et de ses compagnons reste d’actualité.

Quel rapport pourrait-il y avoir entre les martyrs d’Israël, suivis des premiers témoins du Christ, et les combattants d’Allah qui perdent leur vie en assassinant les infidèles ?

Plus particulièrement ceux et celles qui se sont fait exploser au milieu d’une foule innocente, ou ceux qui massacrent des piétons avec un camion ou une voiture…

On pourrait dire que les faux martyrs s’explosent, tandis que les vrais martyrs s’exposent.

Les uns mus par la haine, les autres par l’amour. Les premiers pour prendre des vies en semant la mort, les seconds pour vaincre la mort en défendant la vraie vie jusqu’au don de soi.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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