Publié par Magali Marc le 26 avril 2020

L’entreprise chinoise Huawei souhaite fournir des pièces pour le développement du réseau 5G du Canada. Or trois pays membres de l’Alliance Five Eyes* lui interdisent l’accès à leurs réseaux 5G, car ils estiment qu’il y a un risque qu’Huawei les utilise afin d’espionner pour le compte du gouvernement chinois. Huawei nie ces allégations, mais avec son directeur financier, Meng Wanzhou, elle est actuellement confrontée à des dizaines d’accusations aux États-Unis pour espionnage d’entreprise, vol de technologies et fraude. Certains attribuent l’hésitation d’Ottawa au fait que le gouvernement de Justin Trudeau a besoin de l’appui de la Chine pour obtenir son fameux siège au Conseil de Sécurité de l’ONU.

Grâce à son succès dans la construction de l’infrastructure 5G sur son territoire, principalement avec les fournisseurs locaux de télécommunications Huawei et ZTE, la Chine est en passe d’améliorer le pouvoir de négociation de son industrie technologique naissante avec les détenteurs de brevets étrangers. Une telle évolution pourrait contribuer à faire baisser les coûts pour les fabricants d’équipements de télécommunications et les fabricants de puces. Pékin tente de faire pression sur d’autres pays, dont les USA et le Canada afin qu’ils autorisent les entreprises chinoises à construire leurs infrastructures de réseau 5G essentielles.
(La 5G est la cinquième génération du réseau de communications mobiles qui doit succéder à la 4G, le réseau le plus répandu actuellement en Occident. Chaque génération a permis de démocratiser des technologies nouvelles pour le grand public. La première génération a ouvert la voie aux premiers téléphones cellulaires. La deuxième génération a popularisé les messages texte. La troisième a permis de naviguer sur Internet sans s’asseoir devant un ordinateur. La 4G a été la génération de la diffusion de contenu en continu. Elle a permis à Netflix, YouTube, Spotify et bien d’autres de s’établir fermement sur le marché. La 5G devrait être la génération de l’Internet des objets, de l’infonuagique, des voitures autonomes et des robots industriels connectés, entre autres.)

Pour les lecteurs de Dreuz, j’ai traduit deux textes du Canadien Charles Burton ** et l’article du Chroniqueur du Toronto Sun, Brian Lilley.

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Pourquoi le Canada ne peut pas laisser Huawei lui construire un réseau 5G

Charles Burton (21 février, Blog de Charles Burton)

Les trois grandes entreprises de télécommunications canadiennes n’attendront pas l’examen de la sécurité de Huawei, constamment retardé par le gouvernement fédéral.
Telus a annoncé qu’elle irait de l’avant et installerait la technologie 5G de Huawei – au diable les conséquences. Bell ne sera sans doute pas loin derrière, puisque Rogers a déjà commencé à mettre en place un service 5G dans quatre villes canadiennes en utilisant la technologie Ericsson.
Le gouvernement fédéral commence à manquer de temps pour cette décision concernant Huawei.

Le 13 février, le gouvernement américain a publié un nouvel acte d’accusation contre Huawei et son directeur financier, Meng Wanzhou, décrivant une culture d’entreprise si corrompue que, outre le vol important de la propriété intellectuelle et des processus de fabrication par les propres agents d’espionnage de Huawei, il existe même un système d’incitation récompensant les employés qui téléchargent des documents volés vers une adresse électronique cryptée, ou qui se faufilent dans les laboratoires des rivaux et volent des appareils.

L’acte d’accusation détaille la fausseté de Huawei, la trahison de ses engagements et ses tentatives timides de dissimuler tout cela en blâmant les «employés véreux». Il cite également la fourniture par Huawei de technologies de surveillance à l’Iran, qui les utilise pour surveiller, identifier et détenir les manifestants (probablement le même kit utilisé contre les Ouïghours du Xinjiang, et bientôt à Hong Kong et dans le reste de la Chine).

Washington promet de mettre fin au partage de renseignements avec le Canada si nous optons pour le Huawei 5G.
Afin que personne n’en conclut que c’est Donald Trump qui manifeste son antipathie envers la Chine ou qui pratique sa politique d’«America First» à l’égard du rôle mondial croissant de la Chine, notons que sa rivale démocrate, Nancy Pelosi, a imploré la récente conférence de Munich sur la sécurité de rejeter « l’autocratie numérique chinoise par le biais de son géant des télécommunications Huawei », tandis qu’une délégation américaine de haut niveau à Londres a fait pression sur le Premier ministre Boris Johnson afin qu’il revienne sur sa décision de donner à Huawei un accès partiel aux télécommunications britanniques.

Au Canada, le débat porte sur la possibilité d’utiliser la technologie de Huawei à la périphérie des installations 5G tout en préservant la sécurité des réseaux centraux. Il s’agit de déterminer si le Centre fédéral de sécurité des télécommunications peut réellement surveiller le matériel et les logiciels de Huawei pour s’assurer que la Chine ne peut pas manipuler les infrastructures canadiennes essentielles telles que l’électricité et l’eau, ou utiliser la technologie de Huawei pour étendre le cyber-espionnage pratiqué par Pékin.

Le fait d’être exclu du partage de renseignements avec les États-Unis rendrait le Canada encore plus vulnérable aux menaces à la sécurité de la Russie (surtout dans l’Arctique) et de la Chine (partout). Mais il y a un autre facteur moral plus fondamental.
Le Canada veut-il honnêtement envoyer les profits de l’installation de la 5G, qui se chiffre en milliards de dollars, à la société chinoise Huawei, une entreprise malhonnête qui facilite numériquement le programme de répression politique de Xi Jinping, lequel ne cesse de se renforcer ?

Ici, chez nous, Huawei a ses partisans. Ses employés canadiens essaient, à juste titre, de lui donner une bonne image, et les cadres des télécommunications se réjouissent du prix plus bas de Huawei, qui est fortement subventionné par l’État chinois. De plus, le cabinet du Premier ministre subit des pressions de la part de nombreux autres milieux pour faire approuver la technologie 5G de Huawei.

En Nouvelle-Zélande, un rapport surprenant de l’universitaire Anne-Marie Brady à l’enquête parlementaire sur l’ingérence étrangère de ce pays détaille le plan énorme du Parti communiste chinois pour inciter les politiciens, les universitaires et les hommes d’affaires étrangers à promouvoir le programme de la Chine par le biais du lobbying politique, des médias et des universités.
En plus d’offrir des opportunités d’affaires ou des voyages gratuits en Chine, en utilisant des pots-de-vin ou des attrape-nigauds, etc., il existe également des «cabinets conseil» dans lesquels d’éminents conseillers empochent jusqu’à 150 000 dollars par an simplement grâce à leur affiliation à des entités de la République Populaire de Chine (RPC).
Tant que le conseiller étranger promeut les relations avec la Chine aux conditions de la RPC, l’argent continue d’affluer.

De retour à Ottawa, le nouveau Comité spécial sur les relations Canada-Chine devrait sérieusement examiner si ce qui se passe en Nouvelle-Zélande pourrait se produire ici.
Alors qu’approche le jour de la décision concernant Huawei, nous avons besoin d’une loi exigeant une déclaration transparente des revenus des Canadiens provenant de sources étrangères.
Comme on dit souvent, la lumière du soleil est le meilleur désinfectant.
La patience est de mise face à l’indécision du Canada sur Huawei.
Le gouvernement doit prendre position, une fois pour toutes, sur la menace que représente Huawei 5G pour la sécurité.
La question qui se pose est la suivante : pourquoi quelqu’un de désintéressé penserait qu’il est bon pour le Canada d’utiliser le Huawei 5G ?

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Mike Pompeo prévient de ne pas faire confiance à la Chine concernant le Virus de Wuhan ou le 5G

Brian Lilley (14 avril, Toronto Sun)

On ne peut pas faire confiance au gouvernement chinois lorsqu’il s’agit de partager des informations sur COVID-19 ou sur presque tout autre sujet, y compris la construction du système sans fil de prochaine génération du Canada.
C’est ce qu’a déclaré mardi un haut responsable de l’Administration Trump.

Le Secrétaire d’État Mike Pompeo participait à une table ronde avec les médias internationaux lorsqu’on l’a interrogé sur le rôle de la Chine dans la propagation du coronavirus et sur les nombreuses informations erronées qui l’accompagnent.
« Aujourd’hui, il est temps de s’assurer que nous faisons tout notre possible pour réduire les risques, pour sauver des vies, pour protéger les gens de nos propres pays », a déclaré M. Pompeo.
« Il viendra un moment où nous devrons comprendre pourquoi nous n’avons pas vu venir ce virus et comment il a pu se répandre si rapidement dans le monde entier ».
Pompeo a aussi dit que la Chine était lente à partager les informations concernant le virus de Wuhan avec le reste du monde, notamment la gravité du virus et la prise de conscience de la transmission interhumaine. Une fois que cela sera terminé, le Secrétaire d’État a prédit que la Chine aura des comptes à rendre sur (l’absence de ) partage d’informations vitales.

« Ces informations, même aujourd’hui, sont très importantes. Nous avons besoin de transparence de la part de chaque pays. Cet ensemble de données devrait permettre à nos scientifiques et aux scientifiques du monde entier de faire le travail nécessaire pour gérer la situation qui nous préoccupe en ce moment, mais aussi de fournir des résultats, qu’il s’agisse d’un vaccin ou d’une thérapie ».
Mike Pompeo a déclaré qu’une chose qui va certainement changer après la fin de la pandémie est la dépendance excessive des pays occidentaux envers la Chine lorsqu’il s’agit de produits essentiels tels que les médicaments ou les fournitures médicales.
« Nous devons tous y réfléchir », a déclaré M. Pompeo.
Il a noté que des pays comme le Canada et les États-Unis ne se fient pas seulement aux chaînes d’approvisionnement chinoises pour les équipements de protection individuelle ou les ingrédients pharmaceutiques, mais aussi pour les articles manufacturés.
« Nous devons nous assurer que nous avons tous des chaînes d’approvisionnement sur lesquelles nos pays peuvent compter lorsque le besoin s’en fait sentir ».
Il a tenu ses propos les plus insistants concernant la lutte contre les produits chinois, lorsqu’il a parlé des compagnies de télécoms canadiennes prêtes à utiliser la technologie de Huawei pour construire leur réseau 5G.

Huawei mène depuis des années une offensive de charme, parrainant la Soirée du Hockey au Canada, faisant des dons aux centres de recherche des universités canadiennes et, plus récemment encore, en faisant don au Canada de fournitures d’équipements de protection individuelle telles que des masques et des gants pour lutter contre le virus de Wuhan.

Le Secrétaire d’État américain a prévenu que le fait de permettre à Huawei de faire partie de ce réseau mettrait les citoyens canadiens en danger et menacerait les alliances du pays en matière de renseignement.
« Nous pensons que l’installation de l’équipement de Huawei dans l’infrastructure de télécommunications d’un pays présente un risque énorme pour la sécurité nationale. Il s’agit d’une entité contrôlée par le gouvernement chinois », a-t-il déclaré.
« Pour un citoyen canadien, avoir une infrastructure de télécommunication contrôlée par le Parti Communiste Chinois met en danger la sécurité nationale autant que la vie privée. »

Mike Pompeo a précisé une fois de plus que les Américains ne transféreront des données sensibles que sur des réseaux qu’ils estiment sécurisés et qui ne comporteront pas d’équipement d’Huawei.
Traduction: si Huawei fait partie de notre réseau, le Canada pourrait ne pas obtenir tous les renseignements auxquels nous sommes habitués et sur lesquels comptent notre gouvernement et notre armée.
Le gouvernement Trudeau tarde depuis des mois à prendre sa décision concernant Huawei.
Si le plaidoyer de notre plus proche allié ne fait pas de différence, peut-être que le comportement de la Chine face au virus de Wuhan le poussera dans la bonne direction.

Huawei et toute entreprise canadienne souhaitant les utiliser pour construire son réseau 5G devraient se voir opposer un refus ferme.

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Le cafouillage de Pékin contre le coronavirus facilite le choix du Canada en ce qui concerne Huawei

Charles Burton (Opinion, Globe and Mail, 22 avril)

La semaine dernière, le gouvernement du président chinois Xi Jinping a reconnu que les chiffres qu’il avait initialement cités concernant les décès dus au coronavirus à Wuhan étaient sous-estimés de 50 %.

Le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Zhao Lijian, a déclaré que la propagation rapide du virus avait contribué à cette sous-estimation, et a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une dissimulation : « Nous ne permettrons jamais aucune dissimulation ».

Cette affirmation est certainement démentie par les briefings des services de renseignement étrangers.

Comme l’a dit Steve Tsang, de l’Institut de la Chine de l’Université de Londres : « Les statistiques ont été modifiées très probablement parce que les anciens chiffres étaient si ridicules que même le Département de la propagande du Parti communiste comprenait que ce n’était pas crédible. D’où une révision à un niveau moins incroyable, mais qui présentera toujours le Parti sous Xi comme ayant fait un bien meilleur travail que les gouvernements démocratiques occidentaux ».

En outre, une déclaration absurde faite précédemment par M. Zhao – selon laquelle le COVID-19 pourrait avoir été apporté en Chine par les participants américains aux Jeux militaires mondiaux controversés qui se sont tenus à Wuhan en octobre dernier – suggère que les dirigeants chinois savent probablement quelque chose qu’ils veulent désespérément cacher sur les origines et la propagation de cette pandémie, et qu’ils diffusent une propagande ridicule parce qu’ils sont paniqués.

De nombreux gouvernements aux prises avec la pandémie auraient réagi différemment s’ils avaient su à l’époque ce qu’ils savent maintenant.

Pas plus tard que le 6 mars, les autorités sanitaires canadiennes affirmaient que le risque posé par le coronavirus dans ce pays restait faible. (…)

Nous sommes attristés par ce que vivent les populations d’Italie, d’Espagne, de France et du Royaume-Uni, dont les gouvernements auraient pu réagir beaucoup plus tôt.

La question se pose donc : La désinformation à motivation politique diffusée par Pékin, et relayée sans critique au monde entier par l’intermédiaire de l’OMS, a-t-elle entraîné un nombre massif de morts inutiles et des difficultés économiques dans le monde entier ?

La République populaire de Chine insiste sur le fait qu’elle a offert des données honnêtes et opportunes sur la propagation de ce virus en Chine et à l’étranger, mais les faits sur le terrain – notamment la persécution et les disparitions de citoyens courageux qui ont essayé de faire éclater la vérité, et la réticence historique du Parti communiste dans des moments comme l’épidémie de SRAS de 2003 à reconnaître des faits défavorables à leur régime – suggèrent fortement le contraire.

C’est ce même régime qui insistait que « personne n’était mort sur la place Tienanmen »; qui affirme qu’un million de Ouïghours sont heureux d’être dans des camps de prisonniers bondés, subissant l’interdit de pratiquer leur religion, parce qu’ils ont la possibilité de suivre une formation professionnelle et d’apprendre le chinois mandarin ; qui affirme que les habitants de Taïwan aspirent à abandonner leur démocratie durement gagnée pour être dirigés par le parti autocratique unique de Pékin.

C’est ce même régime qui prétend que Kevin et Julia Garratt, Michael Spavor et Michael Kovrig sont des espions au service des forces obscures canadiennes. Et que les cargaisons de canola canadien sont tellement pleines de contaminants que les contrats d’exportation de la République Populaire de Chine (RPC), valant des milliards de dollars, doivent être annulés indéfiniment.

Le Canada est confronté à des décisions difficiles sur la manière de restaurer son économie après la pandémie, notamment celle, longtemps bloquée, de laisser ou non la société chinoise de télécommunications Huawei entrer dans notre réseau 5G.

H.R. McMaster, l’ancien conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, (…), a récemment indiqué que de nombreux travailleurs de Huawei sont simultanément employés par le ministère chinois de la sécurité d’État et par la branche renseignement de l’Armée populaire de libération.

Le Royaume-Uni, l’Australie, la France et les États-Unis ont demandé une enquête internationale sur la mauvaise gestion apparente de la pandémie COVID-19 par la RPC et l’OMS.

Si la Chine était jugée coupable, le Canada accepterait-il toujours l’assurance de Pékin que Huawei ne constitue pas une menace pour la sécurité de l’infrastructure 5G canadienne, ou que la Chine ne cherchera pas à l’utiliser pour faire avancer son programme de cyber-espionnage au Canada ?

En toile de fond, bien sûr, se trouve le mépris général de la Chine pour l’ordre international fondé sur des règles dans le domaine du commerce et de la diplomatie.

Le Canada doit évaluer avec soin la mesure dans laquelle il peut s’engager avec la Chine sur le plan économique, et si cela nécessiterait de compromettre notre sécurité nationale ou de concéder un abandon du soutien canadien à la justice, à l’équité, à la réciprocité et aux droits de l’homme au nom du « if you can’t beat them, join them » (NdeT: si vous ne pouvez pas les battre, joignez-vous à eux).

Alors que nos travailleurs de la santé de première ligne travaillent héroïquement pour éviter une mort plus tragique, nous devrions utiliser le temps de notre confinement à soupeser ce que vaut notre intégrité.

* La Five Eyes est une alliance des services de renseignements de l’Australie, du Canada, de la Nouvelle-Zélande, du Royaume-Uni et des États-Unis, reliés entre eux par l’accord UKUSA, un traité qui prévoit la coopération entre les différents services assurant la collecte de renseignements électromagnétiques.)
** Charles Burton est professeur associé de sciences politiques à l’université Brock de St. Catharines, en Ontario. Il a été conseiller à l’ambassade du Canada à Pékin.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Traduction de Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

Sources :

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