Publié par Jean-Patrick Grumberg le 13 avril 2020

Une lectrice, @Julie, me pose la question suivante dans un commentaire : « on peut légitimement se demander si ce qui arrive est prémédité, ou en tout cas a été voulu, non ? »

Ma réponse à Julie en un mot, c’est : « non ». J’ai pensé, afin de mettre fin à la tentation conspirationniste de certains, qu’il n’était pas inutile de rappeler quelques fondamentaux de bon sens. Ce que Julie se demande, en clair, c’est si la Chine a déclenché une attaque bactériologique sur le reste de la planète – sauf sur son territoire.

  • Il existe des preuves multiples et croisées, bien documentées dans mes différentes enquêtes et mes différents articles, qui montrent que la Chine a menti, censuré, réprimé, et fait tout ce que des communistes sont capables de faire pour cacher la réalité et la dangerosité du coronavirus, avec la complicité de l’OMS, et que ce comportement criminel a empêché de contenir la pandémie.
  • Il n’existe en revanche pas la plus petite preuve, le plus petit début de déclaration, la moindre petite fuite d’information, le moindre communiqué publié puis retiré, le moindre lanceur d’alertes et témoins visuels, qui permette de soupçonner un acte intentionnel de déclenchement de guerre bactériologique par la Chine.

Ceux qui affirment que la Chine a intentionnellement empoisonné le monde ne s’appuient sur aucun argument, aucune preuve, aucune source.

Ce qu’ils font est un travail arbitraire et de « reverse engineering » qui consiste non pas à exposer les preuves d’une préméditation, mais à chercher des faits qui pourraient être interprétés dans ce sens.

Une enquête à l’envers

Pour démontrer leur théorie, les conspirationnistes font une enquête à l’envers, en trois temps.

  1. Ils ont décidé qu’il y a eu un crime, ce crime est le déclenchement intentionnel par le Parti communiste chinois d’une pandémie mondiale. La Chine a intentionnellement infecté le monde avec le coronavirus chinois. « Nous n’avons pas de preuve qu’il y a eu crime, mais nous avons décidé qu’il y en a un ».
  2. Ensuite, maintenant qu’ils ont inventé un crime, il leur faut un coupable, c’est le Parti communiste chinois. Ca tombe bien, c’est le coupable idéal : le communisme est effectivement un régime qui a 100 millions de morts sur les mains, il ne peut exister que par le mensonge, et pour cela, il pratique la censure et la propagande et la terreur contre les intellectuels qui contestent ou dénoncent le système.
  3. « Maintenant que nous avons un crime et un coupable, trouvons des preuves qui montrent que la Chine est coupable d’avoir infecté le monde intentionnellement ».

Collusion russe de Trump et coronavirus : même combat

Vous remarquerez ici que le raisonnement des conspirationnistes pour le coronavirus chinois est exactement le même que celui tenu par les Démocrates pendant 2 ans avec Donald Trump et la collusion russe.

  1. Les Démocrates ont décidé qu’il existait un crime. Non pas à partir de faits troubles et suspects, mais d’une conviction que les élections ont été truquées. Pourquoi ? Parce qu’ils avaient décidé que Hillary devait être élue, et que si elle ne l’a pas été, ce n’est pas parce qu’elle a perdu, mais parce que les élections ont été truquées. Sans aucune preuve, ni soupçon, ni début de zone d’ombre. Juste par une conviction profonde et sincère.
  2. Puis ils ont choisi un coupable : Trump.
  3. Ils ont alors décidé de trouver les preuves qu’il s’est fait élire grâce à Poutine. Ils ont cherché des preuves. Ils ont déclenché une enquête qui a duré 2 ans, fait nommer un enquêteur spécial, Robert Mueller, qui a recruté 14 avocats enragés contre Trump, retourné tout Washington, interrogé des centaines de témoins, consacré des milliers d’heures de propagande télévisée, forgé des faux documents pour mettre la campagne Trump sur écoute, fait faire de faux témoignages par le directeur de la CIA, du FBI et des agences de Sécurité d’Obama.
  4. Tout ça pour finalement réaliser qu’ils n’avaient pas le plus petit début de preuve – et que les élections n’avaient pas été truquées.

Ceux qui veulent croire que la Chine a créé une attaque à l’arme bactériologique sur le monde ont décidé – simplement parce qu’ils ont un préjugé et non pas parce qu’ils ont un début de preuve – que les communistes ont déclenché cette attaque.

Ensuite, ils se sont mis à fouiller – grossièrement d’ailleurs – parmi tous les faits disponibles. Ils n’ont pas comme je le fais dans mes enquêtes, examiné et consulté tous les faits disponibles, ils ont fait un tri : seulement les faits avantageux. Ils ont fait une sélection. Ils ont choisi, parmi les conséquences de la pandémie, les événements réels qui peuvent être interprétés sans trop les tirer par les cheveux, et oublié ceux qui démentent leur accusation.

Puisqu’ils n’ont pas passé en revue tous les faits, mais seulement quelques-uns, ils ont pu fabriquer de toute pièce un lien inverse : non pas un lien de cause à effet, mais d’effet à cause : tel effet est la preuve de l’existence de la cause.

La preuve : la bourse chinoise s’est maintenue

Evolution du Shanghai Index depuis 2001

Prenons un exemple couramment évoqué pour justifier l’action délibérée de la Chine : la bourse, et laissez-moi vous montrer tout ce que l’argument porte de malhonnêteté intellectuelle en lui.

Ils disent : « la bourse de Chine ne s’est pas écroulée autant que celle des autres pays – voilà la preuve que la Chine a lancé une attaque bactériologique ».

  • Ont-ils vraiment regardé et comparé les cours des bourses ? Non pas vraiment.
  • L’ont-ils comparé sur une durée suffisante afin de garder les choses dans leur contexte et conserver les perspectives ? Encore moins, car ils ne cherchent pas à savoir si la bourse a été trafiquée par des mains invisibles, mais à prouver que des mains invisibles ont infecté le monde.
  • Ont-ils examiné les décisions des différents gouvernements pour soutenir leurs économies, et mis ces décisions en perspective avec les cours de bourse ? Encore moins, car cela représente un certain travail, un travail qu’ils n’ont pas voulu faire, car cela montrerait des réactions boursières qui contredisent leur théorie.
  • Se sont-ils documentés sur les sites solides et crédibles de bourse, Bloomberg, Marketwatch, le Wall Street Journal (WSJ) ou Business Insider, pour ne citer que quatre parmi les très sérieux, et découvert des témoignages, des soupçons, des rapports indiquant que des bizarreries se sont produites ? Non, ils ne l’ont pas fait. Pourquoi s’embêter, puisqu’ils ont décidé de la culpabilité de la Chine.
  • L’eussent-ils fait qu’ils auraient constaté que le WSJ et Business Insider ne s’embarrassent jamais de politiquement correct, et que de nombreux articles accusent la Chine de négligence et de dissimulation criminelles que le coronavirus se transmet d’homme à homme.

La réalité de la bouse chinoise

Une recherche superficielle permet de voir assez rapidement que la théorie du complot se servant des bons résultats de la bourse chinoise n’est pas honnête.

Trois faits et un argument massue sautent aux yeux :

  1. Le 2 février, la Chine a annoncé l’injection de 173 milliards de dollars de liquidités pour soutenir ses marchés boursiers.
  2. La Chine n’est pas connue pour publier des données économiques défavorables en public. Elle manipule sa monnaie depuis des années. Ses chiffres de progression de son PIB ne sont jamais pris pour argent comptant par les sites spécialisés. Il se peut donc que l’ampleur réelle des dommages économiques que subit la Chine ne soit pas connue avant des années.
  3. Il existe toutefois une autre explication à la faible volatilité observée sur les marchés boursiers de la Chine : les capitaux étrangers représentent moins de 4% de la capitalisation du marché des actions négociables en Chine (1). Le reste est entre les mains du gouvernement, du Parti communiste chinois, directement ou indirectement. Ai-je besoin de vous faire un dessin ? Les conspirationnistes ne le font pas.

L’argument final que la faible chute de 9,38 % de l’index Shanghai n’est pas le reflet de la réalité, mais d’une manipulation des cours par le Comité central, est que curieusement, le marché des actions de la Chine était l’un des moins performants avant que le Covid-19 ne fasse son apparition et ne modifie les perspectives du marché mondial. Cela voudrait dire que l’économie de la Chine a chuté jusqu’à l’apparition du coronavirus, et que depuis son apparition, son économie est resplendissante ? Allons allons ! La courbe solide des indices boursiers chinois d’aujourd’hui est en ce sens très curieuse et surtout peu crédible.

Tous les médias ne sont pas corrompus

Je suis le premier à les dénoncer : les médias sont devenus des machines à propagande de gauche, ils ne sont plus fiables, ils sont des fabriques à Fake News, et lorsque ce ne sont pas de fausses nouvelles, ils dissimulent, cachent ou minimisent certaines informations. Mais tous ne sont pas comme ça. Pas aux Etats-Unis du moins.

  • Combien savent que la page éditoriale du WSJ est d’une neutralité qui rappelle ce journalisme qui n’existe plus que sur Dreuz et quelques rares médias, ce journalisme de contre-pouvoir qui ne sert pas la soupe aux puissants mais les met sous la loupe et doute de leurs déclarations, et ne tente pas de faire avancer une idéologie sous couvert de rapporter les faits ?

    Toute personne qui utilise les médias comme un outil de travail sait que le WSJ n’hésiterait pas une seule minute, si la Chine avait déclenché une attaque biologique. Il enquêterait pour savoir si la Chine a fabriqué une arme biologique dans le labo P4 de Wuhan. Et si elle l’a répandu dans la nature pour subjuguer le monde.
  • Tout comme Fox News, qui a des moyens, et des journalistes d’investigation.
  • Et je vais même vous surprendre : le New York Times également (n’oubliez pas que c’est lui qui a révélé le scandale du serveur personnel d’emails d’Hillary Clinton).

Le monde entier est infecté, sauf la Chine ?

Autre exemple de raisonnement à l’envers : « le monde entier est infecté, mais pas Shanghai ou Beijing, c’est la preuve que c’est une arme biologique lancée contre le monde ».

Ben non.

  • C’est la preuve que les chiffres des cas de contagion et des morts sont truqués et que la Chine minimise sa propre pandémie.
  • C’est la preuve que le régime communiste a des moyens de répressions autrement plus puissants et efficaces que les pays démocratiques – on a vu la police de Wuhan souder les portes des immeubles pour enfermer les gens afin qu’ils ne contaminent pas les autres. Et il est plus facile pour une dictature d’obtenir l’obéissance de ses citoyens, par la peur et la menace, et de leur interdire tout mouvement, que pour une démocratie.
  • J’ai révélé que « 5 millions d’habitants de Wuhan se sont sauvés de la ville juste avant qu’elle soit mise en quarantaine ». Et, me disent les soupçonneux, le monde a été infecté, mais pas la Chine ? Cela pour eux, prouve que c’est un acte intentionnel des communistes.

Ah bon ? Expliquez-moi ?

  • Avez-vous des témoignages, un témoignage, un seul, indiquant que le Parti communiste a dit à 5 millions d’habitants de quitter Wuhan et de prendre massivement l’avion vers le reste du monde – mais pas vers la Chine ?
  • Regardez comme le gouvernement chinois – bien que bouclé par la propagande, n’a pas pu empêcher de laisser diffuser des détails suspects comme le nombre anormal de livraisons d’urnes mortuaires aux crématoriums.
  • Et vous pensez que s’il y avait eu un explosion du nombre de vols internationaux depuis Wuhan dans les heures précédent la mise en quarantaine, personne ne l’aurait remarqué ? Ce serait partout sur les médias conservateurs ! Et pas seulement : c’est Bloomberg et Newsweek qui les premiers ont parlé du nombre anormalement élevé d’urnes livrées aux crématoriums.

Des bons et des mauvais complots ?

Un lecteur me fait la remarque suivante :

« Jean-Patrick Grumberg, vous nous rabâchez qu’il ne faut pas être complotiste. Or vous écrivez ici : « L’OMS a participé à une conspiration visant à laisser le virus se propager ». Donc on a le droit d’être conspirationniste ? Ou alors il y a de bons et de mauvais complots ? »

Il n’y a pas de bons ou de mauvais complots, mais des vrais et de faux complots. Les gens ont tendance à ne pas voir la différence entre les deux, entre les théories du complot et les vrais complots.

  • Lorsqu’un dirigeant politique est assassiné, cela veut dire que des individus ont comploté pour préparer son assassinat. Pareil pour cambrioler une banque. 
  • 9/11, il a bien fallu préparer dans le secret – comploter donc – pour exécuter les attentats.
  • Lorsque le journaliste/espion/agitateur du Washington Post Jamal Khashoggi a été assassiné dans l’ambassade d’Arabie saoudite en Turquie, et qu’un faux Khashoggi est sorti de l’ambassade peu après pour donner le change, il a bien fallu préparer l’affaire, conspirer pour l’exécuter : le sosie n’est pas apparu par coïncidence.
  • Quand des opposants russes ont été empoisonnés – vraisemblablement par les espions de Poutine à Londres, il a bien fallu comploter pour exécuter l’opération : des complots, il en existe et beaucoup.
  • Plus récemment, le « suicide » de Jeffrey Epstein dans sa cellule, bien que pas totalement impossible, pue le complot à plein nez, car il existe de multiples anomalies dans le déroulement des événements.

Mais quand rien ne pue à plein nez, quand rien n’est suspect dans le narratif, quand les explications officielles sont cohérentes et logiques, vouloir tout de même et à tout prix chercher un complot, en refusant la thèse officielle, ça ne va pas.

Je me répète : entre les conspirationnistes qui voient des complots partout et les affaires réelles, il existe une différence importante : une base pour le soupçon – ou pas.

Chercher une conspiration lorsque rien ne cloche dans les faits, lorsque rien ne permet de supposer qu’il y a des zones d’ombre, un début de soupçon de complot possible ; rejeter les conclusions d’une enquête sur laquelle il n’y a pas de bizarreries flagrantes ; vouloir à tout prix une autre explication que celle qui est présentée, alors qu’elle est cohérente, logique, ne heurte pas le bon sens et ne soulève pas d’objections, ça c’est du conspirationnisme.

Conclusion

Je ne travaille pas dans le métier de la spéculation des idées et la fabrication d’hypothèses, et je crois que mes lecteurs apprécient mon travail parce qu’il est honnête, documenté, raisonnable, et qu’il repose sur des idées simples, cohérentes et solides. Je travaille sur le réel – et il y a déjà bien assez à faire avec le réel – je n’accorde aucun crédit aux théories conspirationnistes, je ne m’y intéresse absolument jamais, c’est une perte de temps. Toutes mes tentatives pour me documenter sur les théories conspirationnistes arrivent rapidement à ce constat : elles reposent sur des assertions farfelues suivies d’une course effrénée aux preuves acceptables, et une occultation totale des contre-preuves.

Voici comme je me paye la tête des conspirationnistes qui accusent les juifs d’avoir déclenché 9/11 : le 11 septembre 2001 juste avant 8h46, l’heure où le premier avion s’est précipité sur le World Trade Center, des caméras de surveillance ont vu madame Cohen quitter précipitamment un salon de thé situé à l’épicentre. C’est la preuve que les juifs ont déclenché 9/11. Les islamistes, ça n’est pas une explication qui leur plait.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

  1. https://www.indiatoday.in/news-analysis/story/curious-case-of-chinese-share-markets-escaping-coronavirus-shock-1659105-2020-03-24

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