Publié par Ftouh Souhail le 28 avril 2020

Les barons de la drogue au Liban pourraient en fin se réjouir de la décision du Parlement libanais de légaliser la culture du cannabis. Les principaux bénéficiaires de l’illégalité du cannabis sont déjà des grands trafiquants qui échappent aux autorités.

Cette mesure de légalisation vient surtout suite aux pressions exercés sur les députés, depuis des années, par le narcotrafiquant en chef du pays le célèbre Nouh Zeaïter.

Avec la bénédiction du président du Parlement Nabih Berry, de confession chiite, le Liban a en effet approuvé cette semaine une loi autorisant la culture du cannabis (1).

Cette loi a pour objectif de développer une industrie légale destinée à produire du textile de chanvre ainsi que des produits pharmaceutiques. L’usage récréatif du cannabis reste, en revanche, officiellement prohibé selon cette loi.

Mais dans son texte actuel, cette nouvelle législation du cannabis profitera essentiellement aux chefs des cartels libanais. Aucune mesure dans la loi n’exigera une exclusion des cartels de cette industrie, ni le déploiement de mesures pour les encadrer.

Il existe en ce moment au Liban quelque cartels de cannabis, très influents dans la région frontalière avec la Syrie, qui se sont partagé des ventes annuelles d’environ un milliard de dollars.

Si au Liban différents clans familiaux contrôlent la culture illégale du cannabis dans la fameuse vallée de la Bekaa, qui abrite quelques-uns des plus grands champs au monde, le plus puissant reste le cartel de Nouh Zeaïter dans les localités de la région de Baalbeck-Hermel.

Le fameux narcotrafiquant Nouh Zeaïter chargé de la gestion du plus grand cartel au Liban

La nouvelle loi « un écran de fumée »pour blanchir les activités de Nouh Zeaïter

La nouvelle mesure du parlement libanais est une aubaine pour le chef du cartel libanais Nouh Zeaïter. Son nom ne vous dit peut-être rien mais au Liban cet homme est bien connu dans le monde criminel, car il dirige une organisation monstrueuse de culture de cannabis qui alimente les réseaux du trafic liés au Hezbollah.

Le cartel de Nouh Zeaïter contrôle avec le Hezbollah un réseau mondial de contacts qui peut expédier de la cocaïne partout dans le monde. Il contrôle également des ports maritimes sur le continent africain et soudoie des policiers corrompus pour s’assurer que les drogues peuvent être acheminées à la frontière.

Il a creusé des tunnels de plusieurs millions de dollars pour faire passer des tonnes de marijuana et de cocaïne sous la frontière libanise avec la Syrie et paie des «mules» pour transporter des cargaisons dans des voitures et des camions blindés.

Et c’est sans parler des tueurs et fiers-à-bras qui trempent dans l’extorsion et l’enlèvement, des blanchisseurs d’argent, des sociétés-écrans et des contacts politiques. Il existe également un monde de professionnels, tels que des avocats, des bijoutiers et même des groupes musicaux, qui fournissent des divertissements et blanchissent de l’argent.

Le cartel de Nouh Zeaïter utilise son réseau de distribution en gros pour s’assurer que les drogues atterrissent entre les mains de gangs et de vendeurs de rue en Amérique latine et Europe.

Nouh Zeaïter produit l’essentiel de la cocaïne et du cannabis qui est expédié vers l’Amérique centrale, l’Asie, l’Europe ainsi que l’Océanie en collaboration avec les agents du « Parti de Dieu ».

Zeaïter stocke la drogue en Afrique pour l’envoyer ensuite vers les autres continents en passant par le Costa Rica, le Panama, les Bahamas, la République Dominicaine, la Jamaïque et le Mexique. La bande opère comme une espèce de consortium criminel qui sert de pont avec les djihadistes chiites du Hezbollah.

Zeaïter dispose de ses propres gardes armés d’origine paramilitaire et de gangs du crime organisé. Il est réclamé par plusieurs tribunaux libanais pour fabrication, importation et distribution de cocaïne et fait l’objet de 71 mandats d’arrêts. La police et l’armée libanaise ont été incapables de l’arrêter car il est bien protégé par les membres du Clan al -Zeaïter, le principal gang de trafiquants de drogue du pays, formé par d’anciens paramilitaires formés par le Hezbollah.

En mars 2020, la police libanaise a annoncé une saisie record de 25 tonnes de cannabis qui devaient être envoyées depuis Beyrouth vers un pays africain. Un convoi de 20 camions qui allait pénétrer dans l’enceinte du port de Beyrouth a ainsi été arrêté.

Cette quantité, qui est la plus importante de l’histoire du Liban, appartenait au chef des narcotrafiquants Nouh Zeaïter. Elle sortait de l’usine qui est située dans une ferme appartenant à Nouh et à son frère Zuhair dans la ville de Riha-Marah al-Mir.

Les hommes de Nouh Zeaïter n’hésitent, pas parfois, à attaquer au lance-roquettes les bulldozers de l’armée chargés de détruire les champs, provoquant des combats sanglants. Aujourd’hui, le cartel est considéré comme le plus puissant au pays et il a notoriété comme le Hezbollah.

Le cartel continue de développer le très lucratif trafic (2). L’afflux de réfugiés syriens a également offert une main-d’œuvre bon marché au cartel de Nouh Zeaïter.

Le puissant cartel libanais fait même une conférence de presse depuis la forteresse du cartel à Baalbek pour célébrer la nouvelle loi légalisant le cannabis

Le Liban reste le premier producteur de cocaïne dans la région

Le pays du Cèdre est depuis bien longtemps une plaque tournante de la culture illicite du drogue et cannabis. Les cultivateurs de cannabis se sont bien enrichis avec cette pratique qui s’affiche au grand jour.

Aujourd’hui, dans toute cette région de la partie orientale du Liban, on peut tomber sur des champs de cannabis partout. Notamment sur les montagnes les plus élevées du Liban dont Sannine, Makmel et Qornet es-Saouda, qui assurent de l’air frais et une rosée propre tous les matins aux épis de cannabis qui poussent.

Dans les localités de la région de Baalbeck-Hermel, les producteurs connaissent même une surproduction. Ils en sont réduits à regretter le temps où l’État libanais luttait, il y a quelques années, contre la culture du chanvre indien, brûlant des champs entiers.

A partir de 2011-2012, l’armée libanaise n’a plus les moyens de se concentrer sur la lutte anti-drogue. Près de 40 000 mandats d’arrêt contre des cultivateurs de la Bekaa seraient ainsi en suspens.

Avec l’arrivée des réfugiés syriens dans la région de Békaa en 2012, les autorités ont arrêté de détruire les récoltes pour empêcher la grogne d’une communauté hôte déjà appauvrie. Et depuis quelques années, la plantation des champs et leur irrigation se font au vu et au su de tout le monde. Il n’y a que le cannabis qui pousse ici.

L’offre est devenue plus importante que la demande et les prix du cannabis, dont 80 % est destiné à l’exportation, ont chuté pour atteindre l’an dernier 150 dollars le kilo. Certains petits cultivateurs n’arrivent pas à écouler cette marchandise.

Le trafic par voie terrestre est en progression avec la multiplication des milices chiites qui assurent le transit dans la Syrie voisine.

Cette industrie florissante du cannabis constitue une économie qui génère des centaines de millions de dollars pour les villes comme Zahlé et Baalbek.

C’est lors de la guerre civile libanaise (1975-1990) que la culture du cannabis se lançait dans le pays. Les diverses milices qui s’affrontent y voient un moyen efficace et rapide de se financer. Selon une étude de 1993 du sous-comité américain contre le crime et pour la justice, un officier syrien affecté au Liban pouvait espérer réaliser un gain de 30 000 dollars par an (près de 26 000 euros) grâce au trafic.

L’entrée de l’armée syrienne dans le territoire libanais en 1976 voit l’implantation de plusieurs fermes de cannabis, et bien que sa consommation en Syrie soit en théorie lourdement punie (jusqu’à des condamnations à perpétuité), le régime tire un profit substantif du savoir-faire de son voisin en la matière et du trafic international.

Nouh Zeaïter en visite aux miliciens du Hezbollah en Syrie, en 2015

Le Hezbollah reste le principal client du cartel de Nouh Zeaïter

La milice chiite de Hassan Nasrallah est omniprésente dans la plaine de la Bekaa, zone traditionnelle de la production de la drogue. De la production à la distribution, cette activité génère plus d’emplois que l’agriculture, ou que n’importe quelle autre activité du Liban.

Les cartels libanais du cannabis sont pour la plupart organisés en clans autonomes et lourdement armés. Pour la plupart chiites, certains producteurs-trafiquants ont mis en avant leur sympathie pour le Hezbollah, comme Nouh Zeaïter. Soucieux de ménager sa clientèle chiite de la région, le Hezbollah ne peut, vu sa religiosité affichée, approuver explicitement ce projet de modification de la législation.

Le clan de Nouh Zeaïter est le principal fournisseur du Hezbollah, qui est une plaque-tournante du trafic de cocaïne. Cette figure emblématique de la Békaa, met aussi à la disposition du Hezbollah tous ses champs cultivés de cannabis pour en faire des zones d’entraînement pour les jeunes recrues.

Des photos en 2015 ont montré Nouh Zeaïter en visite aux miliciens du Hezbollah dans le Qalamoun syrien ( une région montagneuse de l’Ouest de la Syrie ) et avait lui-même une M16 entre les bras.

Certains, au Liban, pensent que les autorités, et même l’armée libanaise, préfèrent le laisser en liberté, plutôt que les effusions de sang qui pourraient éclater s’ils tentent de l’arrêter. Il reste roi donc.

Si un jour le Liban réussira à le capturer et de lui faire un procès, cela sera une grande victoire morale pour l’état de droit.

Le cartel de Nouh Zeaïter, qui est davantage une fédération de mercenaires chiite, n’ a pas encore tenter d’organiser des incursions sur le territoire israélien selon nos informations.

Les États-Unis, dans la lutte contre le trafic de drogue, pourraient envisager dans le futur de classer comme «organisations terroristes» ces cartels de la drogue libanais.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Ftouh Souhail pour Dreuz.info.

  • (1) Dans la classe politique libanaise, c’est aussi le leader druze Walid Joumblatt, secrétaire général du Parti, qui se montre, depuis plusieurs années, le plus chaud partisan de la légalisation du cannabis et de l’abandon des poursuites contre les cultivateurs.
  • (2) Nouh Zeaïter aurait un appétit vorace pour les produits de luxe et les femmes, se mariant plusieurs fois. Il s’est révélé plus difficile à joindre pour les journalistes étrangers dans sa forteresse d’où le cartel règne à Baalbek.

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