Publié par Jean-Patrick Grumberg le 26 avril 2020

Le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (SOHR), Rami Abdulrahman, a déclaré que la SOHR a obtenu une liste de 37 noms de combattants appartenant à l’organisation de l’État islamique en Irak et en Syrie (ISIS) envoyée par la Turquie en Libye.

Le directeur du SOHR a indiqué que les 37 terroristes sont arrivés en Libye après avoir été en contact avec les services de renseignement turcs, qui cherchent à débarrasser la ville syrienne d’Idlib des djihadistes, en les envoyant en Libye et dans d’autres régions d’Afrique du Nord.

Il a noté que depuis le début de la révolution syrienne, la Turquie a laissé les groupes djihadistes entrer en Syrie pour en faire une révolution islamiste extrémiste plutôt qu’une révolution qui cherche la liberté et la dignité.

C’est la même manœuvre qui est en cours en Libye, puisque la Turquie a recruté et envoyé des combattants syriens dans le pays via son territoire et ses aéroports tels qu’Istanbul et Gaziantep, selon le directeur du SOHR.

Il a révélé au site Al Marsad en anglais (1), que les listes de plus de 2.000 combattants appartenant à l’armée Al-Sharqiya, à Ahrar al-Sharqiya et au Sultan Murad s’apprêtent à rejoindre les autres combattants déjà présents en Libye.

« Certaines factions ont déjà envoyé des listes de combattants qui ont été forcés par les services de renseignement turcs de se rendre en Libye. Plus de 200 combattants y ont déjà été tués. Cependant, de nombreuses filiales de l’armée nationale syrienne se sont rendues en Libye pour rembourser Abdel Hakim Belhaj et Mahdi al-Harati » [NDLR Qui se trouvait sur le Mavi Marmara en 2010], a ajouté Rami Abdulrahman.

L’UE ferme les yeux

Il a souligné que l’Union européenne était parfaitement au courant de l’existence d’un pont aérien entre la Turquie et la Libye utilisé pour envoyer des combattants non syriens et des terroristes d’ISIS.

En outre, il a déclaré qu’Erdogan cherche à régler le conflit en faveur du gouvernement de l’accord national (GNA) et fait fi de la communauté internationale, bien que les pays européens rejettent les aspirations d’Erdogan en Libye.

Et comme plusieurs sources valent mieux qu’une dans cette région complexe où les alliances contre-nature et les trahisons font le malheur quotidien des populations prises en otage, nous avons fait notre travail de recherche, et pouvons confirmer les liens étroits entre Erdogan et les terroristes de l’Etat islamique.

Les liens djihadistes d’Erdogan en Libye

1 Le lien de la Turquie avec les pires groupes du djihad, y compris l’État islamique, est parfaitement documenté, explique MEMRI, qui a découvert qu’un site web turc (2) qui fait la promotion du matériel de l’État islamique comprenait un article intitulé « Tuez les idolâtres où que vous les trouviez ». Des réseaux de l’État islamique seraient également opérationnels en Turquie.

2 Des chercheurs de l’université de Columbia ont confirmé les liens de la Turquie avec l’Etat islamique (3).

Une équipe de chercheurs de l’université de Columbia, venus des États-Unis, d’Europe et de Turquie, a confirmé en novembre 2015 que le gouvernement turc a fourni à l’Etat islamique une coopération militaire, des armes, un soutien logistique, une assistance financière et des services médicaux.

Cette enquête détaillée (4) a été dirigée par David L. Phillips, directeur du programme sur la construction de la paix et les droits à l’Institut d’étude des droits de l’homme de l’Université de Columbia, et ancien conseiller en affaires étrangères pour le Département d’État américain.

3 En 2016, l’Atlantic Council, dans un rapport qui décrivait le réseau de l’Etat islamique en Turquie (5), expliquait que :

L’infrastructure transfrontalière du groupe terroriste, qui sert à acheminer les recrues et les fournitures au califat depuis la Turquie, s’appuie sur des réseaux d’Al-Qaïda et de djihadistes aux vues similaires basés dans de nombreuses villes turques depuis plusieurs décennies.

Elle était auparavant utilisée comme voie secondaire par les djihadistes pour rejoindre le jihad irakien pendant l’occupation américaine entre 2003 et 2011.

https://publications.atlanticcouncil.org/wp-content/uploads/2016/09/Islamic-State-Networks-in-Turkey-web-1003.pdf

Et dans la Turquie contrôlée de main de fer par l’autoritaire Erdogan, avec une police omniprésente et une armée puissante, ces infrastructures ne peuvent exister qu’avec la bienveillance d’Ankara.

4 Selon l’analyse de West Point (6) sur plus de 4 600 dossiers du personnel de l’ISIS, rédigés entre début 2013 et fin 2014, 93 % des combattants étrangers répertoriés sont entrés
Syrie à travers six villes frontalières différentes : Yayladagi, Atmea, Azaz, al-Rai, Jarablus et Tel Abyad. Six villes frontalières extrêmement faciles à verrouiller, si Erdogan en avait donné l’ordre.

5 Des documents classifiés obtenus par Nordic Monitor (7) en janvier dernier indiquaient qu’un groupe d’Al-Qaida en Libye avait des liens étroits avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan, et avec d’autres djihadistes en Libye.

  • Des documents classifiés des services de renseignement obtenus par Nordic Monitor ont révélé comment le groupe djihadiste Ben Ali [sans rapport avec l’ancien président tunisien] dirigé par Abdaladim Ali Mossa Ben Ali, un citoyen libyen ayant des liens étroits avec Al-Qaïda, a participé au transfert de combattants étrangers et d’armes de la Libye vers la Syrie via la Turquie.
  • Un rapport confidentiel, établi par la police turque, a également révélé des liens étroits entre les membres du groupe djihadiste libyen Ben Ali et le Premier ministre de l’époque, Recep Tayyip Erdoğan.
  • Le chef du groupe Ben Ali travaillait en étroite collaboration avec Fedaa Majzoub, qui était en contact avec les conseillers en chef de Erdoğan İbrahim Kalın (aujourd’hui porte-parole du président) et Sefer Turan (aujourd’hui conseiller présidentiel en chef) tout en organisant le mouvement des combattants étrangers et la fourniture d’armes.
  • Selon le rapport, le groupe terroriste Ben Ali a été assisté par un autre djihadiste libyen, Mahdi al-Harati, qui était à bord du Mavi Marmara, le navire de la flottille de la liberté qui a forcé l’entrée des eaux territoriales israéliennes en mai 2010.
  • Le rapport montrait également que Ben Ali travaillait en étroite collaboration avec Majzoub, lequel, en plus des aides de Erdoğan, coordonnait ses activités illégales avec Hüseyin Oruç, le président par intérim du très controversé groupe caritatif turc, la Fondation des droits de l’homme, des libertés et de l’aide humanitaire (IHH), le coordinateur de l’IHH pour l’Anatolie du Sud et de l’Est, Selahattin Ozer, et le commandant de l’armée syrienne libre, Malek Kurdi.
  • Et IHH a été accusée de faire de la contrebande d’armes à destination des djihadistes affiliés à Al-Qaïda en Syrie et en Libye, et d’avoir été utilisée pour le transport de blessés de l’État islamique en Irak et en Syrie (ISIS) et de combattants d’Al-Qaida en ambulance de la Syrie vers la Turquie.

6

Mahdi al-Harati, terroriste libyen protégé par Erdogan.

  • Selon le rapport interne de la police, le groupe terroriste Ben Ali a été assisté par un autre djihadiste libyen, Mahdi al-Harati.
  • Harati, qui était à bord du Mavi Marmara en mai 2010, a été blessé lors des raids militaires israéliens, puis déporté en Turquie.
  • Là, il a reçu la visite personnelle du président Erdoğan à l’hôpital. Et Al-Harati a embrassé le front de Erdoğan en signe de respect et d’admiration.
  • Al-Harati dirigeait le trafic des djihadistes libyens vers la Syrie via la Turquie avec l’aide du MIT, l’Organisation nationale turque du renseignement. Alors que la police turque a ouvert un dossier contre al-Harati et ses contacts pour avoir transféré des armes de la Libye via la Turquie, le président Erdogan a arrêté l’enquête en 2014. Les policiers ont ensuite été licenciés et l’enquête a été étouffée.
  • Al-Harati était un partenaire important d’Abdulhakim Belhadj, l’ancien chef du Groupe de combat islamique libyen (LIFG), qui a été désigné comme une organisation terroriste par l’ONU.
  • Le 10 février 2016, la Russie remettait à l’ONU un rapport de renseignement concernant les activités de la Turquie en soutien aux djihadistes. En plus d’énumérer plusieurs incidents illustrant l’implication du MIT dans les groupes djihadistes, le rapport russe détaillait les activités illégales d’al-Harati avec l’aide du MIT. Le rapport indiquait qu' »en mars 2014, le chef du MIT, M. H. Fidan, a coordonné le transfert d’une importante unité ISIS dirigée par al-Harati (7).

7 Le 9 avril dernier, un article du Nordic Monitor (8) faisait état de la disparition suspecte d’Okan Altınay, un ancien officier des renseignements turcs informé des liens entre Erdogan et les terroristes.

Un officier de renseignement turc et colonel à la retraite qui avait une connaissance approfondie des liens entre le gouvernement du président Recep Tayyip Erdoğan et les groupes djihadistes radicaux a été assassiné en Libye afin d’éliminer un témoin clé des crimes du gouvernement turc.

Selon trois sources qui ont accès aux renseignements militaires, le colonel à la retraite Okan Altınay, qui aurait été tué lors du bombardement du port de Tripoli, aurait été délibérément ciblé pour être assassiné par l’Organisation nationale du renseignement de Turquie (MIT).

Il s’est avéré par la suite que Altınay a été ramené en Turquie et enterré secrètement dans sa ville natale, dans la province occidentale de Aydın.

L’enterrement a été rapporté par deux journalistes, Batuhan Çolak et Murat Ağırel, sur leurs comptes de médias sociaux le 23 février. Ces journalistes travaillent pour le journal nationaliste Yeniçağ. Le MIT a alors piraté les comptes des journalistes et supprimé leurs messages, sans l’approbation des journalistes.

Altınay connaissait les liens d’Erdogan avec les organisations jihadistes.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

  1. https://almarsad.co/en/2020/04/25/syrian-observatory-we-obtained-a-list-of-37-names-of-isis-fighters-sent-by-turkey-to-libya/
  2. https://www.jihadwatch.org/2020/03/turkey-website-promotes-isis-material-including-article-called-kill-the-idolaters-wherever-you-find-them
  3. https://anca.org/columbia-university-researchers-confirm-turkeys-links-to-isis/
  4. http://asbarez.com/142150/columbia-university-researchers-confirm-turkeys-links-to-isis/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+Asbarez+%28Asbarez+News%29
  5. https://publications.atlanticcouncil.org/wp-content/uploads/2016/09/Islamic-State-Networks-in-Turkey-web-1003.pdf
  6. https://www.ctc.usma.edu/the-caliphates-global-workforce-an-inside-look-at-the-islamic-states-foreign-fighter-paper-trail/
  7. https://www.nordicmonitor.com/2020/01/al-qaeda-linked-libyan-ben-ali-group-had-close-ties-to-erdogan-intelligence-memo-reveals/
  8. https://www.nordicmonitor.com/2020/04/turkish-military-office-familiar-with-erdogans-links-to-jihadists-mysteriously-killed-in-libya/

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