Publié par Drieu Godefridi le 24 avril 2020

Il n’est pas d’erreur stratégique plus grave que de se tromper d’ennemi

En toutes circonstances, crise, guerre, ou même simplement un projet que l’on poursuit, il n’est pas d’erreur stratégique plus grave que de se tromper d’ennemi (ou de cible pour adopter un vocabulaire moins guerrier).

La pandémie du Coronavirus vient nous rappeler opportunément qu’il existe plusieurs menaces sérieuses auxquelles l’humanité est confrontée, telles que épidémies, guerres, pauvreté, migrations, malgouvernance etc … qui n’ont rien, ou si peu, à voir avec le changement climatique.

Selon Hans Rosling (malheureusement décédé en 2017), médecin spécialiste de santé publique qui a travaillé en tant qu’expert de l’ONU dans beaucoup de pays du tiers monde, et professeur à l’Université Suédoise de médecine Karolinska :

« … Presque tous les activistes , délibérément ou pas, exagèrent le problème auquel ils s’attaquent, et …ont tendance à ramener tous les problèmes du monde à leur domaine. »

« … Presque tous les activistes , délibérément ou pas, exagèrent le problème auquel ils s’attaquent, et …ont tendance à ramener tous les problèmes du monde à leur domaine. …Par ex, beaucoup d’activistes sont convaincus que le seul problème global important est celui du changement climatique et ont pour pratique de tout blâmer sur le climat. Ils s’emparent de tous les soucis les plus immédiatement choquants du jour – la guerre en Syrie, ISIS, les attaques de requin, le virus Ebola, le Sida … – enfin tout ce qu’on peut imaginer, pour en attribuer la cause au changement climatique et augmenter le sens de l’urgence à propos du problème à long terme. Parfois, c’est basé sur des preuves scientifiques, mais le plus souvent seulement sur des hypothèses extrêmes et non prouvées. Le concept le plus sujet à caution est celui de « réfugié climatique », alors que le lien entre changement climatique et migrations est objectivement des plus ténus. … Ces activistes sont convaincus que la fin justifie les moyens. La conséquence négative de ces alertes permanentes entretenues par beaucoup d’ONG, c’est que les causes principales des problèmes globaux que sont les guerres, la pauvreté, les migrations, les épidémies … sont ignorées ou sous-estimées, affaiblissant notre capacité à agir contre elles. » (ref.1)

Bill Gates nous alertait, in tempore non suspecto (en 2015), sur les risques de pandémies comme l’une des plus graves des menaces qui concerne l’humanité (voir la vidéo : ref.2).

Et depuis quelques décennies, c’est bien le catastrophisme climatique qui nous détourne des vraies menaces, qui nous fait « se tromper d’ennemi »

Et depuis quelques décennies, c’est bien le catastrophisme climatique qui nous détourne des vraies menaces, qui nous fait « se tromper d’ennemi » : non seulement il détourne notre attention, mais aussi et surtout il nous prive de nos moyens de lutte en injectant à fonds perdus de précieuses ressources dans des chimères (notons que ce n’est pas perdu pour tout le monde, le capitalisme de connivence fait d’énormes profits grâce aux subventions dans les énergies dites « renouvelables »). Les assemblées de politiciens et d’activistes comme les COP nous font croire qu’en combattant le CO2, nous arrêterons le réchauffement : quelle illusion !

C’est tout juste si ces joyeux drilles humanicides, descendant en droite ligne des Malthus et Ehrlich, ne vont pas accueillir avec joie le Covid 19, qui à leurs yeux ne serait d’ailleurs pas assez meurtrier ! (ref.3)

Aujourd’hui, certains « écologistes totalitaires » vont même jusqu’à proposer une solution radicale pour « décarboner » la planète. Comme la plupart des êtres vivants, dont nous les humains, sont faits de carbone, il faudrait diminuer drastiquement la population mondiale : l’homme voilà l’ennemi. C’est tout juste si ces joyeux drilles humanicides, descendant en droite ligne des Malthus et Ehrlich, ne vont pas accueillir avec joie le Covid 19, qui à leurs yeux ne serait d’ailleurs pas assez meurtrier ! (ref.3)

Posons-nous la question platement : combien de masques, de respirateurs et autre matériel médical actuellement en pénurie représente une seule éolienne ?

Quelqu’un me reprochait de « faire des vases communicants » entre des sujets différents : pourquoi lier « épidémies » et « catastrophisme climatique » ? En y réfléchissant, la réponse m’apparait évidente : le fil qui relie tout, c’est tout simplement la rareté des ressources : c’est d’ailleurs la raison pour laquelle existe une « science économique », dont le seul intérêt est de nous aider à optimiser l’emploi de ressources rares. Posons-nous la question platement : combien de masques, de respirateurs et autre matériel médical actuellement en pénurie représente une seule éolienne ?

Tout l’argent qu’on a claqué et qu’on veut continuer de claquer dans les couteuses lubies climatiques pour limiter la teneur de l’atmosphère en CO2 pour un résultat dérisoire d’une molécule sur 100.000 ! Entre 2008 et 2013 on est passé de 39 molécules à 40 molécules sur 100.000 dans l’atmosphère. Cet argent, on n’a pas pu le mettre dans un système de santé résilient capable d’affronter efficacement la pandémie que nous connaissons. Et on ne peut  pas le mettre non plus dans les adaptations qui seront nécessaires si le changement climatique se révélait être aussi grave qu’annoncé par les catastrophistes, éventualité très improbable.

Le philosophe et économiste américain Thomas Sowell a dit que « la première règle de l’économie est qu’on ne peut pas tout avoir en même temps ». Il ajoute qu’il semble que « la première règle de la politique soit d’ignorer la première règle de l’économie ».

Le philosophe et économiste américain Thomas Sowell a dit que « la première règle de l’économie est qu’on ne peut pas tout avoir en même temps ». Il ajoute qu’il semble que « la première règle de la politique soit d’ignorer la première règle de l’économie ». (ref.4)

On a amené les citoyens de nos « Etats-Providence » à croire que  l’Etat peut tout faire et qu’il les protègera (« protéger » c’est le maître-mot !) contre tous les aléas de l’existence, au prix de l’abandon par les individus de leurs libertés et de leurs responsabilités. Mais ô horreur, il y a aujourd’hui un méchant virus qui nous arrive de façon « totalement imprévisible » (qu’ils disent : oui certains dirigeants osent encore le prétendre …) et que voit-on ? la Pénurie, avec un grand P : pas assez de masques, pas assez de tests, pas assez de respirateurs etc… Bravo pour la « protection », ils se sont vraiment bien préparés … et pourtant diront-ils, on a fait inscrire le « Principe de Précaution » dans la Constitution, vraiment ça nous a bien servi !

Il faut bien se rendre compte que l’Etat et les politiciens ne créent rien, ne produisent rien, ce sont les gens, les citoyens qui créent et qui produisent. Les politiciens prodigues de promesses ne peuvent choyer une catégorie de citoyens qu’au détriment d’autres citoyens, ils prennent dans la poche des uns pour mettre dans la poche des autres.

Il faut bien se rendre compte que l’Etat et les politiciens ne créent rien, ne produisent rien, ce sont les gens, les citoyens qui créent et qui produisent. Les politiciens prodigues de promesses ne peuvent choyer une catégorie de citoyens qu’au détriment d’autres citoyens, ils prennent dans la poche des uns pour mettre dans la poche des autres (dont la leur et celle de leur clientèle) et ça peut continuer de proche en proche sans avoir jamais enrichi la nation (c’est peut-être cela qu’ils veulent dire en parlant « d’économie circulaire » J) . Il n’y a pas un « euro d’argent public » qui ne soit d’abord un « euro d’argent privé ».

On est bien obligé de conclure que, si l’on dépense déjà beaucoup, c’est qu’on dépense mal. Il ne suffira pas de mettre encore plus d’argent, il faudra surtout le mettre plus intelligemment. Et aussi, si on veut dépenser plus dans ce domaine, décider où on dépensera moins par ailleurs

Bien sûr des voix s’élèvent pour dire qu’il faudra investir plus dans le système de santé. En  France, on ne pense qu’aux hôpitaux publics, parce qu’en France il n’y a que ça qui est « bon », c’est ce qui est « public ». Les français ne savent pas, ou en tous cas personne ne le leur dit, qu’en Allemagne où on affronte la pandémie de façon beaucoup plus efficace, la majorité des hôpitaux relève du secteur privé avec une supervision au niveau régional (ref.5). Mais quoiqu’il en soit, public ou privé, on ne peut investir que si on a les moyens, et la santé est déjà un énorme poste de dépense dans le budget des Etats français comme belge. Et donc on est bien obligé de conclure que, si l’on dépense déjà beaucoup, c’est qu’on dépense mal. Il ne suffira pas de mettre encore plus d’argent, il faudra surtout le mettre plus intelligemment. Et aussi, si on veut dépenser plus dans ce domaine, décider où on dépensera moins par ailleurs (cfr. 1ère règle de l’économie).

Je suis effaré en suivant les discussions sur les plateaux de télévision de l’ignorance généralisée, à quelques exceptions près, des journalistes et citoyens interrogés, ignorance de cette première règle de l’économie, pourtant évidente et incontournable. On entend régulièrement les « vertueux indignés » mettant en avant le faux débat entre « sauver des vies » et « sauver l’économie », comme si cette dernière n’était que malveillance et indifférence à la « souffrance ». Or il est bien clair que l’économie n’est pas « morale », elle ne préconise aucun choix, les choix relèvent de la politique, tout ce que l’économie peut faire c’est éclairer sur les conséquences des choix. Veut-on dépenser plus pour la santé (et personnellement je suis pour), alors il n’y a pas d’alternative autre que, soit de gagner plus en travaillant plus, soit d’accepter de s’appauvrir dans d’autres domaines.

Pour en revenir à la France, est-il indispensable d’entretenir un coûteux « Ministère de l’égalité hommes-femmes » de 4 milliards d’euro de budget avec son cortège de subventions à des associations d’utilité douteuse, doit-on subventionner grassement le parc d’éoliennes en mer au large du Tréport, faut-il rembourser quasi intégralement le moindre médicament, devons-nous  laisser continuer les communes du midi à distribuer largement les permis de bâtir en zone inondable etc … Tout cela, ce sont des choix … On ne peut pas tout avoir en même temps.

Mais la politique étant ce qu’elle est, et les citoyens ayant été conditionnés depuis si longtemps, je crains fort que l’on continuera à « se tromper d’ennemis », de la même façon qu’on n’a pas identifié le problème initial posé par la crise des « gilets jaunes ». Celle-ci était à l’origine un cri de révolte contre la camisole de force imposée par l’Etat à tout une population

Mais la politique étant ce qu’elle est, et les citoyens ayant été conditionnés depuis si longtemps, je crains fort que l’on continuera à « se tromper d’ennemis », de la même façon qu’on n’a pas identifié le problème initial posé par la crise des « gilets jaunes ». Celle-ci était à l’origine un cri de révolte contre la camisole de force imposée par l’Etat à tout une population, elle fut rapidement détourné par tout le système médiatico-intellectuel vers un problème d’inégalité et d’impôt sur la fortune, tant il est plus facile de retomber sur les vieilles ficelles démagogiques en exploitant les ressorts de l’envie et de la jalousie que de comprendre où est le vrai problème, et donc on continuera à « se tromper d’ennemi ». On a vu néanmoins que ça n’a pas vraiment calmé les esprits, et que cette crise couve toujours, car la réalité ne se laisse pas oublier si facilement.

Non, le véritable ennemi, ce n’est pas le changement climatique, c’est notre crédulité collective qui avale sans esprit critique les discours démagogiques des ONG, GIEC, politiciens, médias Polco (« politically corrects »)  et nous mènent vers un gaspillage des ressources dont nous aurions bien besoin pour faire face aux vrais dangers qui menacent notre humanité.

Néanmoins, souhaitons cette fois-ci qu’un plus grand nombre de citoyens réalisent qu’on ne peut plus continuer avec des Etats-Providence hypertrophiés qui s’occupent plus de choses secondaires que de leurs vraies responsabilités régaliennes, et que ces Etats, se concentrant plus efficacement sur leurs tâches de base, laissent aux citoyens la liberté de prendre soin de leurs propres affaires et de créer sans les entraver la richesse collective dont nos sociétés ont et auront besoin pour maintenir un niveau de vie bénéfique pour tous.

 par YR – avril 2020

Ref.1 : « Factfulness – Ten reasons we’re wrong about the world and why things are better than you think » by HANS ROSLING with Ola Rosling and Anna Rosling Rönnlund – Sceptre 2018. Voir un résumé : https://www.belgiumforsuccess.be/index.php/fr/men-vision-basee-sur-les-faits

Ref.2 : Bill Gates: La prochaine épidémie ? Nous ne sommes pas prêts

Ref.3 : “L’écologisme, nouveau totalitarisme ?” par Drieu Godefridi, Texquis, mai 2019.

Ref.4 : “Is reality optional ? and other essays” by Thomas Sowell, Hoover Institution Press, First Printing 1993. https://www.hoover.org/research/reality-optional-and-other-essays

Ref.5 : IFRAP / L’Allemagne privatise ses hôpitaux publics en situation d’échec : https://www.ifrap.org/emploi-et-politiques-sociales/lallemagne-privatise-ses-hopitaux-publics-en-situation-dechec

Inscrivez-vous gratuitement pour recevoir chaque jour notre newsletter dans votre boîte de réception

Dreuz ne spam pas ! Votre adresse email n'est ni vendue, louée ou confiée à quiconque. L'inscription est gratuite et ouverte à tous

23
0
Merci de nous apporter votre commentairex
()
x
Merci de cliquer sur J'aime pour soutenir Dreuz