Publié par Ftouh Souhail le 7 mai 2020

Si nous regardons les pages de l’Histoire de ceux qui ont pratiqué les politiques de génocide contre les peuples, nous constaterons sans aucun doute que l’empire ottoman occupe la première place dans le génocide des peuples (…).

L’Empire ottoman s’est répandu comme une épidémie dans le corps du Moyen-Orient, a tué des millions de personnes et détruit des peuples, des communautés, des cultures, des religions et des civilisations entières.

Dreuz a besoin de vous : Le journalisme indépendant ne reçoit aucune aide d’Etat. Dreuz.info ne peut pas exister sans votre soutien financier. Pour contribuer en utilisant votre carte de crédit (sans vous inscrire à Paypal), cliquez sur ce lien Paypal.Dreuz, et indiquez le montant de votre contribution. Nous vous remercions.

Les Ottomans ont commis de nombreux massacres contre les peuples opprimés comme les Arméniens, Syriaques, Grecs et ceux commis par les Ottomans et la Turquie contre le peuple kurde. Cette fois on mentionnera les massacres commis par les Ottomans contre des intellectuels libanais et syriens.

Le 6 mai 1916, à Beyrouth, les Ottomans ordonnent l’exécution des intellectuels arabes à Beyrouth et Damas.

L’ordre a été donné par Talaat Pacha, ministre de l’Intérieur ottoman (1913-1917) pour la pendaison des élites patriotes libanaises. Le gouverneur ottoman siégeant à Beyrouth, Jamal Pacha, exécute cet ordre. 

Pour commémorer cette exécution, le général français Henri Gouraud propose de l’appeler « place des Martyrs » ; le groupe statuaire érigé au centre de la place leur rend hommage.

Aujourd’hui encore, La place des Martyrs (en arabe Sahet al-Shouhada’) est la place centrale de Beyrouth. Elle porte ce nom en souvenir des Libanais pendus par les Ottomans. Des patriotes chrétiens et musulmans sont morts sur le gibet.

Plusieurs notables libanais ont été pendus à cause de leurs sentiments francophiles. À Beyrouth, Joseph Béchara Hani et Philippe et Farid Khazen sont pendus sur la place publique. Ils meurent  courageusement et chrétiennement après avoir reçu les sacrements d’un prêtre maronite . Ahmad Tabbara, propriétaire d’un journal libanais, subit le même sort.

Le ministre ottoman de la Marine et commandant de la Quatrième Armée, Jamal Pacha, était responsable des exécutions publiques et du climat de terreur contre les dynasties arabes et maronites libanaises. L’autorité ottomane était l’obstacle majeur à l’émergence d’un Liban indépendant et souverain. 

Jamal Pacha,chef militaire ottoman, est considéré comme le boucher des
élites intellectuelles arabes en Syrie et au Liban

Un blocus terrestre décrété par le gouverneur ottoman Jamal Pacha, membre du triumvirat militaire de l’Empire ottoman, asphyxia aussi le Mont-Liban, peuplé en majorité de chrétiens maronites protégés par la France.

Estimant que ces derniers pouvaient soutenir une campagne des Alliés, il décida de les affamer avant qu’ils ne s’arment. Officiellement, cette tragédie est tombée dans l’oubli car, ayant touché les chrétiens plus que les musulmans.

L’opinion chrétienne maronite, qui accaparait le discours politique officiel sous le Mandat français et dans la foulée de l’Indépendance, tenait Jamal Pacha pour responsable de la famine qui avait ravagé le Mont Liban, entre 1915 et 1918 entraînant la disparition d’environ le tiers de sa population.

La famine avait plutôt atteint les chrétiens en 1915. Les régions les plus touchées, comme le Mont-Liban, étaient en effet à 80 % chrétiennes.

Selon les chiffres, entre 120 000 et 200 000 Libanais sont ainsi morts de faim au cours de cette période. Le blocus terrestre imposé par Jamal Pacha, le gouverneur ottoman, engendre cette grave famine. Il a empêché le blé de rentrer dans le Mont-Liban, ce qui affama la population. Car cette région montagneuse ne pouvait pas produire au-delà de quatre à cinq mois de denrées pour nourrir sa population (1).

 Certaines femmes ont pu offrir des faveurs sexuelles à des officiers turcs pour nourrir leurs enfants. Les Ottomans voulaient affamer les chrétiens, il ne voulait pas que les denrées rentrent dans le Mont-Liban car les Libanais étant pro-français.

À l’entame de la Première Guerre mondiale, le Liban est encore sous domination ottomane. L’engagement de l’Empire Ottoman au côté de l’Allemagne lors de la Première Guerre mondiale a eu pour conséquence le durcissement  de la politique de répression, à l’égard des Arméniens surtout, mais aussi des Maronites et des Arabes.

Quand la guerre se déclare en Europe, l’Empire ottoman se rapproche de l’Allemagne et de l’empire d’Autriche-Hongrie. En 1914, les Turcs sont entrés dans la Première Guerre mondiale en raison de leur alliance avec les Allemands (2).

Les Turcs doutaient de la loyauté des Kurdes habitant la même région, mais aussi de celle des maronites chrétiens du mont Liban, des juifs de Palestine et du chérif de La Mecque, Hussein Ben Ali (3). Lorsque le conflit se transforma en guerre totale, les tensions s’intensifièrent et finirent par se traduire en politiques étatiques de répression, de déportation et de violences extrêmes contre toutes les populations autochtones (4).

Les Turcs ont révoqué les droits qu’ils accordaient auparavant aux régions du Liban et ont nommé en 1915 le ministre de la Marine Jamal Pacha, surnommé «le boucher», comme gouverneur.

Avec l’arrivée de Jamal Pacha, la souffrance des Libanais a commencé, alors que les ottomans imposaient un blocus sur les rives orientales de la Méditerranée pour couper l’approvisionnement des Britanniques.

Au cours de la même période, Jamal Pacha a concentré ses efforts pour terroriser des intellectuels arabes en Syrie et au Liban et il était déterminé à s’en débarrasser, par peur de la croissance de la pensée nationaliste arabe, et il a ordonné l’arrestation de beaucoup d’entre eux, et il a fabriqué de fausses accusations, par exemple: « coopération avec l’ennemi et renseignement contre l’Empire ottoman.« 

Dans les cellules des turcs, les détenus arabes étaient soumis aux formes de torture les plus sévères, les forçant à fournir les noms des autres nationalistes et des francophiles.

Simultanément, la question du parti de la décentralisation administrative ottomane est apparue en 1912 au Caire par un certain nombre d’intellectuels syriens pour établir le principe de la décentralisation du gouvernement. Sur ordre de Jamal Pacha, un certain nombre des partisans de la décentralisation ont été arrêtés pour jugement et envoyés vers la potence.

Exécutions systématiques des élites à Damas et Beyrouth

Le 20 août 1915, Beyrouth a été témoin des premières exécutions, lorsque les soldats ottomans ont intentionnellement rassemblé des intellectuels arabes sur une place dans laquelle la potence a été érigée et ont exécuté un certain nombre de nationalistes syriens, libanais et palestiniens tels que Abdel-Karim al-Khalil, Muhammad, Mahmoud al-Mahmasani, Nour al-Din al-Qadi, Salim Ahmed Abdelmad Abdin musulman. Le 5 avril 1916, la peine de mort a été exécutée par pendaison contre Youssef El Hani, un expert bien connu de la finance Libanaise.

Le 6 mai 1916, Damas et Beyrouth avaient rendez-vous avec une longue journée, lorsque la place Marjeh à Damas, qui devint plus tard la place des Martyrs, fut témoin de l’exécution de 7 éminents intellectuels et nationalistes arabes, dont le prince Omar al-Jaza’iri, petit-fils du prince Abd al-Qadir al-Jaza’iri et l’écrivain Rushdi al-Shama , Le poète et écrivain Shafiq Bey, et le poète Rafik Rizk Salloum et le penseur et journaliste Abdul Hamid Al-Zahrawi.

Quant à Beyrouth, la place Al-Burj, qui fut plus tard appelée également place des Martyrs, était le terrain de l’exécution de 14 membres de l’élite cultivée libanaise. La liste comprenait l’écrivain et journaliste Abdel-Ghani Al-Areisi, l’intellectuel Salim Al-Jazaery, l’auteur et poète Omar Hamad, et le poète et journaliste George Haddad.

Pour marquer cette journée sanglante à Beyrouth et Damas, le Liban et la Syrie célèbrent chaque année le 6 mai, la fête des martyrs. Les exécutions qu’il a menées ne se sont pas arrêtées là. Au cours des mois suivants, Jamal Pacha a poursuivi cette politique sanglante dans ses efforts pour faire avorter le mouvement national arabe en Syrie et au Liban, et a conduit plus d’intellectuels à la potence.

L’opinion musulmane avait grosso modo répudié l’Empire ottoman et embrassé la cause d’un État arabe ; l’identité nouvelle qui s’affirmait, tenait les Turcs pour responsables de la décadence qui avait frappé les provinces arabes durant « quatre cents ans » de pouvoir sans partage d’Istanbul.

Depuis quelques années une nostalgie de l’empire est ressuscitée par les tentatives d’hégémonie économique de l’AKP [Adalet ve Kalkınma Partisi, parti islamiste actuellement au pouvoir]. 

Aujourd’hui encore le président et dictateur Recep Taieb Erdogan respire les flammes des conflits ethniques et sectaires au Moyen-Orient, complétant l’ancienne politique ottomane. Il cherche à changer la démographie de la région en poussant la population autochtone à migrer par des politiques d’intimidation.

Il utilise également les peuples de la région en fonction de ses propres intérêts, stimule la question du retour du califat islamique dans l’esprit des musulmans sunnites et prétend être l’étincelle qui va restaurer ce califat. Selon ces arguments, il intervient dans les pays voisins, tout en répétant l’histoire sanglante des Ottomans en Syrie.

Plus d’une fois, Erdogan a déclaré : « Ils nous ont forcés à accepter les frontières actuelles. Lausanne n’a pas été une victoire pour nous. Soit la Turquie grandit, soit elle rapetisse ». Erdogan parle à nouveau de la frontière entre Alep en Syrie et Mosou en Irak. Selon Erdogan, les régions du nord de la Syrie et nord de l’Irak étaient censées faire partie de la carte turque. Là où ils ont commis dans ces régions des dizaines de massacres et tué des milliers de personnes.

Par conséquent, la présence du Parti de la justice et du développement (AKP) et d’Erdogan dans la région constitue une menace grave et permanente pour l’Irak, la Syrie et le Moyen-Orient, créant des crises constantes et des contradictions entre les composantes de la région.

La répétition de l’histoire sanglante ottomane au Moyen-Orient ramène la région à des siècles en arrière, détruit les civilisations et pille à nouveau les biens des pays.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Ftouh Souhail pour Dreuz.info.

Parce que Dreuz est censuré pour le crime de désaccord avec la gauche, suivez notre fil Twitter, et retweetez-nous. C’est un important geste de résistance pour faire circuler vos idées.

  •  (1) La déclaration du ministre turc de la guerre Enver Pacha qui expliquait en 1916 : « Le gouvernement ne pourra regagner sa liberté et son honneur que lorsque l’Empire turc aura été nettoyé des Arméniens et des Libanais. Nous avons détruit les premiers par le glaive, nous détruirons les seconds par la faim« 
  •  (2) Les Ottomans sont entrés en guerre le 29 octobre 1914. Ils avaient signé une alliance secrète avec l’Allemagne dès le 2 août, en promettant à Berlin une intervention immédiate, contre les Russes dans le Caucase et contre les Britanniques en Egypte.
  • (3) Durant la Première Guerre mondiale, cet membre de la famille hachémite joua un rôle important en lançant la Révolte arabe et en s’alliant aux Britanniques et aux Français contre l’Empire ottoman. Lors d’une conférence de dirigeants arabes à Damas en mai 1915, il avait été reconnu comme le porte-parole de la nation arabe entière (à ce titre il est fréquemment considéré comme le fondateur du panarabisme). Il proclama l’indépendance du Hedjaz en 1916.
  •  (4) À la lumière de telles circonstances extérieures, la situation intérieure ottomane n’était pas dans le meilleur état, car les politiques de l’Empire ottoman envers les peuples n’étaient pas suffisantes pour garantir le soutien de ces peuples contre tout danger extérieur, car elle s’appuyait sur une politique, basée sur le pillage des richesses du pays qu’il occupait et en plaçant le pays sous l’autorité de dirigeants injustes et cruels. En plus les politiques d’abandon et de négligence du patrimoine civilisationnel et culturel de ces pays, et l’adoption de la politique de turcification linguistique, en particulier dans la région arabe à proximité (Irak et Levant), provoque la colère de ces peuples soumis.

Soutenez Dreuz en partageant cet article

Partagez ce message !

Merci de cliquer sur J'aime pour soutenir Dreuz