Publié par Jean-Patrick Grumberg le 20 mai 2020

La pandémie du coronavirus chinois a des implications bien plus importantes que le chômage, la diminution du pouvoir d’achat et la perspective d’une récession : elle fait craindre la facilité avec laquelle des terroristes étrangers et nationaux peuvent agir pour saper un pays.

Une crise du type de la pandémie mondiale que nous traversons offre à certains acteurs des possibilités qui ne leur sont pas habituellement disponibles, car ces menaces pour nous représentent des opportunités pour eux.

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Les « possibilités » offertes par le coronavirus ne sont pas passées inaperçues des terroristes, qui ont pour seule activité quotidienne de chercher de nouveaux moyens de destruction massive.

L’épidémie venant de Wuhan a eu un impact direct sur la vie de milliards de personnes, ce qui en fait le modèle le plus efficace pour les activités terroristes, et un nouveau modèle de guerre asymétrique.

Les organisations terroristes cherchent activement à paralyser une économie cible en utilisant des technologies simples dans le cadre d’attaques coordonnées et sophistiquées contre des infrastructures clés. Cela va normalement de simples tirs ciblés à des explosifs improvisés, mais peut aussi inclure des armes biochimiques comme le gaz moutarde. Et maintenant le coronavirus chinois.

Quelle que soit sa taille, une attaque ciblée peut perturber suffisamment une nation pour créer l’instabilité et la panique, ce qui est l’intention des groupes terroristes qui ne peuvent pas rivaliser à armes égales avec les armées modernes soutenues par l’industrie.

Savoir-faire

La difficulté de la conception et de la dispersion des armes biologiques varie selon les agents biologiques.

  • Par exemple, le Bacillus anthracis (anthrax) est une bactérie pathogène exceptionnellement mortelle et polyvalente.

    L’anthrax est relativement facile à acquérir et il est considéré comme l’une des principales armes biologiques potentielles. En 2001, cinq personnes sont mortes aux États-Unis après avoir reçu du courrier contaminé par l’anthrax – personne n’a jamais été découvert, arrêté ou inculpé.
  • Inversement, l’utilisation de la biologie synthétique pour concevoir de nouvelles armes biologiques à partir de pathogènes préexistants est beaucoup plus exigeante en termes de besoins, d’expertise, et de laboratoires.
  • Cependant, les chercheurs complètent l’équipement de leurs laboratoires par du matériel imprimé en 3D, rendant ainsi des instruments complexes, autrefois coûteux et hors de portée, facilement accessibles à toute personne intéressée par la biotechnologie. Cela permet de mettre au point des armes biologiques, à la fois dans des laboratoires rigoureux et réglementés que dans des installations éloignées et même dans son propre garage.

De plus, les organisations terroristes ont généralement les mêmes capacités d’infrastructure et scientifiques que les nations industrielles modernes, ce qui leur permet potentiellement de développer des arsenaux biochimiques sous couvert de R&D dans l’industrie médicale, la santé et la recherche agricole.

Danger ou fantasme ?

  1. Le 20 avril dernier, le site Hungary today révélait (4) que :

La Hongrie a reçu des rapports de plusieurs pays sur une émergence limitée du bioterrorisme, selon le directeur général du Service militaire de sécurité nationale, lors d’une réunion de la commission parlementaire des affaires étrangères.

Le groupe terroriste d’Etat islamique et d’autres organisations ont appelé leurs adeptes à répandre le coronavirus, et les signes de ce phénomène sont apparus en Inde, en Egypte et aux Etats-Unis, a déclaré le lieutenant général János Béres au corps.

https://hungarytoday.hu/coronavirus-signs-of-bioterrorism-detected-says-security-chief/
  1. Le 23 avril, nous apprenions (5) que le Pentagone et la communauté du renseignement américaine étudiaient avec plus de ressources la possibilité que des terroristes puissent utiliser le coronavirus comme arme biologique, selon les responsables de la défense et du renseignement, un changement qui reflète l’évolution de la compréhension du virus et de ses risques par l’appareil de sécurité nationale.
  1. Le 30 avril, le chef de la lutte antiterroriste de l’UE a mis en garde (6) les Etats-membres du danger que des militants, des terroristes et des groupes marginaux exploitent COVID-19.

    La pandémie de coronavirus alimente l’extrémisme d’extrême droite et d’extrême gauche en Europe et donne à l’État islamique et aux autres militants une couverture pour regagner de l’influence, a averti Gilles de Kerchove, le chef de la lutte antiterroriste de l’Union européenne.

« Les sommes considérables qui seront dépensées pour faire face aux conséquences économiques, sociales et sanitaires du virus risquent de l’être au détriment de la sécurité. Nous devons éviter qu’une crise ne finisse par en produire une autre », a déclaré Gilles de Kerchove.

  1. De Kerchove a déclaré que son équipe avait vu des appels en ligne pour que des adeptes infectent leurs « ennemis » avec le virus. En Tunisie, il y a eu une tentative de le répandre parmi les forces de sécurité, a-t-il dit.
  2. Andy Weber, ex-secrétaire adjoint à la Défense pour les programmes de défense nucléaire, chimique et biologique sous le président Obama, a déclaré que :

« A l’état naturel, le virus actuel pourrait être utilisé comme arme biologique par des groupes peu sophistiqués. Ou, pour un État-nation ayant un programme d’armes biologiques plus avancé, ce virus pourrait être doté de caractéristiques améliorées ».

Il pourrait être propagé en utilisant des outils facilement accessibles comme un spray ou un pulvérisateur, a dit Weber.

https://www.politico.com/news/2020/04/23/coronavirus-bioweapon-threat-205192
  1. Dans un article publié sur le Washington Institute (7), Mohamed Mokhtar Qandil, chercheur égyptien spécialisé dans l’Islam politique et les groupes extrémistes explique les différentes approches d’ISIS et al Qaida.

ISIS et Al-Qaida ont adopté des approches différentes dans ce qu’ils présentent comme les « leçons apprises » du coronavirus.

Si tous deux s’accordent à dire que le virus est une punition de Dieu, la question de l’exploitation des théories de conspiration ou de la menace de pandémie marque une différence entre les messages des deux groupes.

• Les publications d’ISIS ont démontré un intérêt pour propager le coronavirus et les développements qui en découlent. Dans un éditorial de son journal Al-Naba, ISIS a envoyé un message à ses membres selon lequel leur guerre totale contre leurs ennemis se poursuivrait même pendant la pandémie mondiale.

• ISIS a également promu une explication du virus en accord avec leurs récits apocalyptiques ; ils ont caractérisé la pandémie de coronavirus comme une manifestation de la colère de Dieu.

• Contrairement à la rhétorique d’ISIS, Al-Qaida a adopté une approche différente dans sa tentative de tirer profit de la pandémie. Le message est une rhétorique religieuse visant à gagner la sympathie des musulmans en adoptant un message de soutien communautaire. L’organisation a publié une déclaration intitulée « Comment l’humanité peut s’échapper du ventre de la baleine » : Recommandations et révélations sur la pandémie de coronavirus ».

• Contrairement à son homologue ISIS, Al-Qaida n’a pas appelé ses adeptes à mener des opérations terroristes pendant cette période.

https://www.washingtoninstitute.org/fikraforum/view/Terrorism-Extremism-Coronavirus-ISIS-Al-Qaeda-Resurgence-COVID-19

Comment empêcher que le coronavirus chinois de tomber entre de « mauvaises mains »

C’est impossible !

Des groupes extrémistes attendent l’hiver prochain, lorsque le coronavirus réapparaîtra, pour le propager délibérément

L’idée que des groupes extrémistes attendent l’hiver prochain, lorsque le coronavirus réapparaîtra, pour le propager délibérément est prise très au sérieux par les agences de sécurité occidentales.

L’un des principaux facteurs limitant les attaques terroristes – le discret recrutement d’humains prêts à mourir en « martyres », ne s’applique pas : les candidats viendront des rangs de ceux qui seront infectés par le coronavirus. Nous sommes donc confrontés à un danger véritablement complexe qui ne peut être combattu que d’une façon par la population : la préemption.

Comment empêcher les terroristes contaminés, de contaminer la population

Avec la bonne propagande destinée à informer que l’infection d’un groupe a été provoquée, une attaque aura une valeur de choc psychologique traumatisant

Le 26 mars, CNN a rapporté (1) que les agences américaines de renseignement considèrent la propagation intentionnelle du coronavirus par des groupes terroristes comme une menace croissante aux États-Unis.

Les documents des agences mentionnées n’ont pas été rendus publics, mais un document du Département de la sécurité intérieure (DHS) est cité. Il précise que :

« Les membres de groupes extrémistes s’encouragent mutuellement à propager le virus, si un de leurs membres le contracte, à des groupes ciblés par le biais de fluides corporels et d’interactions personnelles.

https://www.cnn.com/2020/03/25/us/missouri-man-killed-fbi-investigation/index.html

Les experts du Centre James Martin pour les études sur la non-prolifération précisent (2) un certain nombre de points importants :

  • Les terroristes islamistes, et plus généralement les groupes extrémistes, ne sont pas liés par des normes psychosociales qui leur interdisent de transmettre intentionnellement des virus mortels.
  • L’utilisation d’êtres humains infectés pour propager une maladie contagieuse nécessite un savoir-faire technique très limité.
  • Il n’y a besoin d’aucun recrutement.
  • Le coronavirus fournit une arme peu coûteuse.
  • Avec la bonne propagande destinée à informer les groupes infectés que l’attaque a été orchestrée, une bio-attaque aura une valeur de choc psychologique traumatisant : elle minera la capacité de réaction des infrastructures sanitaires et médicales d’un pays, et érodera la confiance dans la capacité du gouvernement à protéger le public.

Prévenir et éviter

Les principaux moyens de prévenir l’utilisation par les terroristes de la pandémie de coronavirus comme outil de terreur se répartissent en trois grandes catégories (3) : la perturbation, la dissuasion et la défense. Et bien sûr, les médicaments et vaccins.

1 La perturbation. Intercepter un terroriste infecté avant qu’il n’atteigne un lieu ou une population cible nécessite des renseignements. Les agences doivent déployer tous les moyens à leur disposition pour identifier les indicateurs d’intention des groupes extrémistes, de leurs membres et des individus susceptibles d’être influencés par ces groupes.

Les sources de données comprennent :

  • Les messages des médias sociaux,
  • Les communications électroniques par courrier électronique et par texte,
  • Les communautés en ligne, les groupes de discussion.
  • Les services de renseignement doivent également orienter leurs activités de surveillance vers l’identification des lieux et des populations cibles potentielles.

Et bien entendu, cela ne réduira pas le risque des « loups solitaires » contaminés.

2 La dissuasion. Dans le contexte du bio-terrorisme, la criminalisation est le principal moyen de s’assurer que les auteurs de ces actes subissent des conséquences graves. L’utilisation délibérée de maladies infectieuses d’origine naturelle à des fins politiques ou idéologiques correspond à la définition du bioterrorisme ; à ce titre, la législation pénale américaine s’applique. Celle des autres pays à risque doit être examinée.

3 La défense. La défense contre une attaque de maladie infectieuse implique une série de mesures qui réduisent les vulnérabilités et les conséquences dans les populations cibles.

Si les populations cibles sont protégées contre les étrangers, que ce soit par une mise en quarantaine, des barrières géographiques ou physiques, elles deviennent moins vulnérables. Une capacité de soins de santé appropriée, y compris des niveaux adéquats d’équipements de protection individuelle, de diagnostics, de thérapies et de soins de soutien, réduit les conséquences d’une attaque. L’immunité collective, par des moyens tels que la vaccination, bien que ne faisant pas l’unanimité, permettrait théoriquement de ne plus considérer le coronavirus comme une arme biochimique. Un médicament la rendrait sans objet.

Conclusion

Il est loin le temps du mythe selon lequel les terroristes étaient des personnes sans éducation à peine sortis du Neandertal. A son apogée, l’État islamique d’Irak et du Levant (ISIS) a recruté des professionnels, des scientifiques, des médecins, des personnes instruites allant des ingénieurs aux médecins.

Les nouvelles technologies comme l’édition de gènes et la synthèse d’ADN ont facilité la création d’agents pathogènes plus virulents.

Et les efforts en matière de sécurité et de réglementation n’ont pas suivi le rythme de la science et de sa démocratisation.

Si le coronavirus n’a pas été intentionnellement libéré dans la nature depuis le laboratoire P4 de Wuhan, ni délibérément conçu comme une arme biologique, c’est qu’il a été accidentellement transmis.

Ce qui laisse supposer que des terroristes bien organisés sont déjà en train de réfléchir, en appliquant des méthodes de coercition sur les laborantins, à comment se procurer des virus fabriqués pour faire avancer la recherche médicale. D’autres groupes, qui ont été pris de court par l’arrivée soudaine du coronavirus de Wuhan, attendent simplement qu’il reviennent avec l’hiver.

Et ils n’ont hélas pas attendu cet article pour y penser.

« Les adversaires potentiels voient bien sûr les mêmes choses que nous », a déclaré Richard Pilch de l’Institut d’études internationales de Middlebury.

« Quiconque recherche une approche radicale – qu’il s’agisse d’un acteur étatique comme la Corée du Nord ou d’une organisation terroriste motivée – peut être influencé par COVID-19 pour envisager la poursuite d’une capacité d’armes biologiques ».

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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  1. https://www.cnn.com/2020/03/25/us/missouri-man-killed-fbi-investigation/index.html
  2. https://t-intell.com/2020/05/13/what-we-learned-from-israels-latest-airstrike-spree-in-syria/
  3. https://thebulletin.org/2020/03/how-to-keep-the-new-coronavirus-from-being-used-as-a-terrorist-weapon/
  4. https://hungarytoday.hu/coronavirus-signs-of-bioterrorism-detected-says-security-chief/
  5. https://www.politico.com/news/2020/04/23/coronavirus-bioweapon-threat-205192
  6. https://www.reuters.com/article/us-health-coronavirus-eu-security/militants-fringe-groups-exploiting-covid-19-warns-eu-anti-terrorism-chief-idUSKBN22C2HG
  7. https://www.washingtoninstitute.org/fikraforum/view/Terrorism-Extremism-Coronavirus-ISIS-Al-Qaeda-Resurgence-COVID-19

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