Publié par Abbé Alain Arbez le 21 mai 2020

Le message de l’Ascension est souvent mal compris : on le ressent un peu comme une absence du Christ, alors que – comme dans l’évangile où Thomas est invité à croire sans avoir vu – il s’agit, en fait, d’une invitation à avoir confiance en la présence invisible mais indéfectible de Jésus parmi les siens. Il a quitté la terre, il n’est plus dans la visibilité spatio-temporelle, mais il est toujours là, bien vivant parmi nous !

Nous retrouvons ce message de l’Ascension dans les évangiles de Luc, de Marc et de Matthieu, mais sous une forme différente dans l’évangile de Jean ! Pour bien comprendre ce que représente l’Ascension pour les contemporains de Jésus et pour nos vies de croyants, il faut utiliser les clés de la bible hébraïque, qui parle déjà de « montée aux cieux » Ainsi, au 2ème livre des Rois, ch. 2, à propos du prophète Elie : « Le Seigneur a fait monter Elie aux cieux dans un tourbillon, il a été enlevé… ».

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On ne trouve pas l’expression « monter aux cieux » dans le nouveau testament, mais Jean dit quand même que Jésus va « monter vers le Père ». Cela nous indique que la montée de Jésus aux cieux avec son corps glorieux n’est pas un voyage dans l’espace. Il y a des images trompeuses de la montée de Jésus vers le ciel, il faut pourtant trouver quel est le vrai sens spirituel de cet événement vécu par les proches du Ressuscité. Pour les Israélites, l’expression utilisée dans les évangiles : « monter aux cieux, s’élever vers le ciel » est spontanément compréhensible. Cela signifie « entrer dans la gloire du Dieu invisible», c’est exactement ce que nous affirmons dans le credo en précisant que Jésus partage la seigneurie et la souveraineté de Dieu, puisqu’il siège « à sa droite ». Dans l’évangile de Jean, quand Jésus dit : « Je m’en vais vers le Père », il n’est pas question d’un lieu, qui serait le ciel, la stratosphère parmi les galaxies ! Mais il est question de passer dans le monde invisible et d’entrer en pleine communion avec quelqu’un : le Père. C’est un nouvel état d’existence, différent de nos conditions de vie terrestres. On voit ainsi pourquoi au matin de la résurrection, Jésus dit à Marie de Magdala : « Ne me retiens pas, je ne suis pas encore monté vers le Père ». Après son passage par la mort et la résurrection, le Christ n’appartient plus au monde limité de l’univers terrestre : il ne peut être enfermé dans un cadre spatio-temporel ou dans une formulation relevant de ce monde.

Les récits ne sont pas là pour être pris au pied de la lettre, mais pour nous faire pressentir un mystère qui nous dépasse et qui va au-delà d’une chronique scientifique des événements. Cette approche exclut toute lecture fondamentaliste.

On sait que pour la Bible hébraïque, c’est Dieu qui est maître du temps et de l’histoire (melekh ha olam) et si nous lisons Ezékiel, un prophète de l’exil, aux ch. 9, 10, 11, on y voit la Gloire du Nom divin quitter le Temple de Jérusalem par la porte qui donne sur le Mont des Oliviers, et s’élever aux cieux au-delà de la Ville sainte. En d’autres termes, la Présence divine n’est pas limitée au sanctuaire, elle peut se manifester où elle veut, jusqu’aux extrémités de la terre s’il le faut, là où le peuple de Dieu, les hommes de toutes nations attendent le signe d’un monde nouveau.

Pour Luc, il est donc évident que Jésus, reflet de la Gloire du Père, s’élève du Mont des Oliviers, Et pour bien comprendre la logique du récit des Actes des Apôtres, il faut se référer à l’histoire du prophète Elie et de son Ascension : c’est ce récit de l’ancien testament qui nous donne la clé d’interprétation. Lorsque Dieu enlève Elie au ciel, se pose le problème d’Elisée qui doit accepter la séparation d’avec son maître, comme les disciples vont devoir vivre la perte de vue de Jésus. Elisée peine à quitter Elie, qui est envoyé au Jourdain: or le Jourdain, c’est la porte d’entrée en Terre promise. Elie frappe les eaux avec son manteau, et les frères prophètes peuvent traverser à pied sec, comme dans l’Exode. C’est clairement une évocation de la Pâque. Elie demande à Elisée: que puis-je faire pour toi avant d’être enlevé? Elisée répond: que me revienne une double part de ton esprit! Elie répond: si tu me vois pendant que je serai enlevé, alors cela arrivera…La transmission d’esprit a lieu: Elisée le disciple regarde Elie le maître qui lui est enlevé.

Luc reprend exactement le même scénario : les disciples regardent Jésus qui leur est enlevé, et ils reçoivent l’héritage de l’Esprit saint! Quand Elie monte aux cieux, le feu est présent, signe de l’Alliance dans l’Exode, quand Jésus disparaît aux cieux, la nuée est là comme lors de la révélation au désert. On voit bien que les références des récits se recoupent : passage, transmission d’Esprit, renouvellement de l’unique alliance entre Dieu et son peuple.

Par ailleurs, nous savons à quel point la figure d’Elie a joué un rôle important à l’époque de Jésus, puisqu’on attendait de le reconnaître pour ressentir l’imminence des temps messianiques. Ainsi, lorsque Jésus a célébré le rituel de la Pâque juive avec ses amis, avec la Sainte Cène, il y avait comme d’habitude une 5ème coupe de vin réservée au prophète Elie, dont on attendait le signal du retour. C’est justement cette coupe singulière que – exceptionnellement – Jésus boit et partage. C’est ce qui est dit à la messe : « à la fin du repas il prit LA coupe », ce geste annonce l’ouverture des temps nouveaux.

Plus nous serons personnellement unis au Christ dans le même Esprit, plus nous serons des témoins de sa présence au cœur des réalités souvent complexes du monde où nous vivons.

Pour faire avancer l’unité fraternelle entre les hommes, telle que Jésus l’a recommandée, nous avons à nous enraciner toujours davantage dans le terreau authentiquement biblique. C’est ainsi que nous pouvons vivre la profondeur de l’alliance et découvrir les perspectives qu’elle offre à toute l’humanité. Ce Dieu de l’Alliance nous parle de l’avenir de notre terre, nous savons que sans la foi en ce Dieu de justice et de paix, aucune éthique terrestre ne saurait résister aux pressions du monde ancien, ni aux influences du mal omniprésent. C’est pourquoi le Christ ressuscité, dans St Matthieu, envoie ses disciples annoncer la vraie vie jusqu’aux extrémités de la terre, afin que tous y aient accès.

Cette fête de l’Ascension du Christ nous dit que Jésus est « monté au ciel », elle nous fait ainsi comprendre, avec le pape Grégoire le Grand, que « le ciel c’est la communion des âmes des justes », ou encore comme disait Maurice Zundel : « le ciel, on n’y entre pas, il faut le devenir ! ».

Que cette fête de l’Ascension du Seigneur nous donne – face aux nombreuses attentes de notre époque tourmentée – de savoir transmettre mutuellement les dons et les charismes de l’Esprit, ceux dont il nous a tous gratifiés au jour de notre baptême et de notre confirmation.

C’est ainsi que notre engagement à la suite du Christ pourra être perçu comme un appel convaincant, pour ceux et celles qui cherchent encore l’invisible à travers les visages humains de l’amour authentique. Amen

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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