Publié par Gaia - Dreuz le 23 mai 2020

Source : Infoequitable

Les responsables de la rédaction estiment que France Inter a le droit de passer sous silence le démenti officiel des autorités israéliennes à de graves accusations diffusées sur l’antenne de la radio publique.  

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Quelques jours après qu’InfoEquitable a saisi la médiatrice de Radio France au sujet d’un reportage accablant pour Israël, celle-ci nous a transmis la réponse de Jean-Marc Four, le directeur de la rédaction internationale de la radio publique.

Dans sa réponse très argumentéeJean-Marc Four justifie le fait que France Inter n’a pas dit un mot d’un démenti officiel israélien à des accusations formulées dans un reportage de la radio publique.

Bref rappel des faits

A l’origine de l’affaire donc, un reportage diffusé le 20 avril 2020 au journal de 7h30

Dans ce reportage, très orienté, la correspondante de France Inter à Ramallah, Alice Froussard, affirme que l’armée israélienne aurait détruit en Cisjordanie des installations médicales palestiniennes destinées au traitement des malades infectés par le coronavirus.

Alice Froussard

Selon la journaliste, 70 structures au total auraient ainsi été détruites par Tsahal dont « deux tentes qui servaient d’hôpitaux de fortune ».

(Le présentateur du journal Sébastien Laugénie affirme lui que « des dizaines de structures médicales ont été détruites ces derniers jours par l’armée israélienne »).

Le reportage est essentiellement basé sur une interview d’Amir Gilutz, le porte-parole de l’organisation israélienne d’extrême-gauche B’Tselem.

La journaliste donne aussi la parole à Yara Asi, une « analyste politique » du think-tank palestinien Al Shabaka et à Karl Schembri, du Conseil norvégien pour les réfugiés, qui, tous deux, reprennent les accusations de B’Tselem.

Car c’est bien B’Tselem qui est en réalité à l’origine de cette campagne contre l’armée israélienne.

Dès le 26 mars, l’ONG avait publié un article accusant Tsahal d’avoir détruit des « tentes » médicales palestiniennes en pleine crise du coronavirus.

Seulement voilà, les accusations de B’Tselem ont été formellement démenties deux jours plus tard par le COGAT, l’organisme dépendant du ministère israélien de la défense chargé de coordonner les affaires civiles en Cisjordanie.

Ce démenti a fait l’objet d’un article publié le 28 mars 2020 sur le site de i24NEWS.

Dans son communiqué, le COGAT affirme que la structure démolie était « un avant-poste construit illégalement et sans permis par un résident de Bardala », un village situé au nord-est de Naplouse.

Le COGAT précise que cet avant-poste n’avait rien à voir avec un quelconque dispositif sanitaire :

« Ni l’Autorité palestinienne, ni aucune autre organisation mondiale n’ont demandé à ériger un centre de traitement pour les patients atteints du Covid-19 », souligne l’organisme israélien qui accuse B’Tselem de « faire le choix d’exploiter une crise mondiale pour diffuser de fausses nouvelles ».

Silence radio de France Inter

Pourquoi donc, trois semaine plus tard, le reportage de la correspondante deFrance Inter ignore-t-il ce communiqué officiel ?

C’est pour obtenir des éclaircissements sur ce manquement qu’InfoEquitable a adressé une demande écrite à la médiatrice de Radio France.

Les arguments du directeur de la rédaction

Publiée sur le site de la médiatrice, la réponse du directeur de la rédaction internationale de Radio France, Jean-Marc Four, nous a plongé dans des abîmes de perplexité.

Pour justifier un reportage aussi déséquilibré, celui-ci avance plusieurs arguments :

« Nous avons donné la parole à B’Tselem… »

– Tout d’abord, Jean-Marc Four souligne que B’Tselem « est une association israélienne basée à Jérusalem et composée d’Israéliens juifs » et qu’en conséquence cette ONG ne peut donc être qualifiée d’« anti-juive ».

Si nous l’avons bien compris, puisque les accusateurs de l’armée israélienne sont « des Israéliens juifs », il n’est donc nul besoin de donner la parole à l’armée israélienne

Il faut à ce stade souligner le merveilleux sophisme qui sous-tend le cheminement intellectuel du responsable de Radio France. Il nous dit en substance : « Le reportage est équilibré puisque nous donnons la parole à B’Tselem… et que ce sont des Juifs ».

Juste un détail qui a peut-être échappé à M. Four : B’Tselem ne s’exprime pas pourl’armée israélienne accusée, mais contre elle.

« Nous ne donnons pas la parole à Tsahal… »

– Ensuite, le responsable de la radio publique souligne que « Le COGAT est une émanation directe de l’armée israélienne, et l’administration des territoires palestiniens est plus militaire que civile ».

Tout le monde sait parfaitement que le COGAT est rattaché au ministère de la Défense. Il est donc parfaitement qualifié pour répondre aux mises en cause des actions de l’armée israélienne dans ces territoires.

Eh bien, non, pas pour France InterPrécisément pour cette raison, la radio publique considère qu’il ne faut surtout pas le considérer comme un interlocuteur légitime et que l’on doit passer sous silence son communiqué.

« Nous donnons le point de vue palestinien… »

– Enfin, dernière réponse – « la plus importante », précise le directeur de la rédaction : « Il s’agit d’un reportage effectué au sein des territoires palestiniens où l’on entend donc un point de vue palestinien, ce qui est logique ».

Qu’il nous soit permis d’objecter à M. Four.

Cette ultime explication est en totale contradiction avec son premier argument où il se félicitait d’avoir interviewé une « association israélienne composée d’Israéliens juifs ».

Si le choix éditorial de France Inter l’a conduit à ne privilégier dans ce reportage que « le point de vue palestinien », pourquoi alors y avoir intégré l’interview de l’ex-journaliste maltais Karl Schembri ?

Basé à Amman, en Jordanie, il est aujourd’hui le conseiller au Moyen-Orient de l’ONG scandinave Norwegian Refugee Council.

Il est vrai que la consultation de son compte Twitter donne une idée assez précise de son « point de vue » sur le conflit israélo-palestinien. Le conseiller de l’organisation humanitaire norvégienne y multiplie les tweets hostiles à Israël.

Au bout du compte, la réponse du directeur de la rédaction internationale de Radio Francene nous parait pas satisfaisante.

En guise de conclusion, nous le renvoyons à la Charte d’éthique professionnelle des journalistes de Radio Francedont nous nous autorisons à lui citer quelques courts extraits.

Un journaliste digne de ce nom :
Tient l’accusation sans preuve, l’intention de nuire, l’altération des documents, la déformation des faits, le détournement d’images, le mensonge, la manipulation, la censure et l’autocensure, la non vérification des faits, pour les plus graves dérives professionnelles;  
Dispose d’un droit de suite, qui est aussi un devoir, sur les informations qu’il diffuse et fait en sorte de rectifier rapidement toute information diffusée qui se révélerait inexacte;

Force est de constater que ces principes ont pour le moins été laissés de côté dans le reportage du 20 avril dernier. 

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