Publié par Jean-Patrick Grumberg le 23 mai 2020

Suite à la décision du Premier ministre Netanyahou d’étendre la souveraineté d’Israël sur les terres juives de Judée et Samarie, Mahmoud Abbas a annoncé mardi ne plus être liée par les accords signés avec Israël et les États-Unis.

Je suppose – mais je peux me tromper – que tous les médias ont rapporté cette information comme des petits perroquets incapables de voir plus loin que le bout de leur nez et de commenter cette décision.

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Alors je vais m’y coller, parce que si vous ne trouvez pas cette analyse sur Dreuz, je crains que vous ne la trouviez nulle part.

Et pour introduire le sujet et fixer le ton, je fais référence à l’un des pires ennemis d’Israël en ligne, Ali Abunimah du site Electronic Intifada, qui a déclaré (1) à Al Jazeera que « Mahmoud Abbas fait régulièrement de telles déclarations, mais qu’il n’y avait aucune raison de prendre celle-ci plus au sérieux que les annonces précédentes ».

Un effet de manche de Mahmoud Abbas – un de plus

Ali Abunimah :

« Mahmoud Abbas a annoncé je ne me souviens plus combien de fois qu’il a suspendu tel ou tel accord, et le fait est, il ne l’a jamais fait.

Le fait est qu’il n’a jamais suspendu un accord.

La réalité est que l’Autorité palestinienne ne peut pas déplacer une salière d’un côté de la table à l’autre sans la permission et l’aide des Israéliens.

On aurait aimé lire cela sous la plume des journalistes du Figaro et du Monde, ils seraient plus crédibles.

Double langage : un pour les Européens, un pour Israël

Haaretz, que personne ne soupçonnera d’être pro-Netanyahou, rapporte qu’en réalité, Abbas n’a aucune intention de changer quoi que ce soit sur le terrain.

Pendant qu’Abbas faisait son annonce à l’attention des Occidentaux, essentiellement les Européens friands de tourments contre Israël, les responsables de l’Autorité Palestinienne (AP) chuchotaient aux Israéliens que peu de choses allaient réellement changer.

  • Haaretz a rapporté que « les responsables palestiniens qui ont participé à la réunion ont déclaré que le président avait l’intention de mettre fin à la coordination, mais qu’il n’avait pas encore « fermé la porte » ».
  • Un fonctionnaire palestinien a déclaré au quotidien d’extrême gauche que « les forces de sécurité peuvent diminuer le niveau d’engagement avec leurs homologues en Israël, mais il n’est pas encore possible de déterminer que la coordination sera complètement arrêtée ».

« Un responsable palestinien de la sécurité a déclaré qu’en dépit des déclarations d’Abbas, chaque mesure prise par l’AP nécessite une coordination avec Israël », a rapporté Haaretz.

Le même responsable ajoute :

« Abbas a déclaré que l’AP est engagée dans la lutte contre le terrorisme, ce qui nécessite une coordination sécuritaire continue entre les États ».

Pour ceux qui ne sont pas familiers du conflit, et ignorent la haine larvée entre le Hamas et le Fatah, ce que Mahmoud Abbas dit vraiment, c’est que sans la protection d’Israël, il sait être menacé de mort par les terroristes du Hamas, et qu’il ne resterait pas très longtemps en vie.

Annuler Oslo, c’est dissoudre l’Autorité palestinienne – ce qu’Abbas n’a pas fait

Si Abbas avait réellement l’intention de déchirer les Accords d’Oslo dont il dit ne plus être lié, il devait dissoudre l’AP, ce qu’il n’a pas fait en raison des aides financières importantes qu’elle reçoit des Européens.

L’AP a été créé comme un organe temporaire, destiné à ne tenir que cinq ans – entre la signature de l’accord d’Oslo (1993) et la création d’un État palestinien par le biais de pourparlers permanents avec Israël.

Et qu’à fait l’AP en près de 30 ans, ou l’OLP, ou le Fatah, trois organes difficiles à séparer les uns des autres ?

  • Elle n’a pas créé de monnaie, et utilise toujours le shekel.
  • Elle n’a pas créé d’infrastructures et achète son énergie à Israël.
  • Elle ne vit qu’en faisant la manche auprès des ONG et des gouvernements auprès de qui Mahmoud Abbas va pleurnicher – tout en soutenant que les Arabes sont un peuple fier.
  • Elle n’a mené aucune élection pour élire un président : Abbas a été élu pour un mandat de 4 ans le 15 janvier 2005 !
    • A la fin de son mandat, le 15 janvier 2009, l’AP a prolongé son mandat jusqu’aux prochaines élections de 2010, en invoquant la constitution de l’OLP.
    • Le 16 décembre 2009, il a été élu pour une durée indéterminée par le Conseil central de l’OLP.
  • Et elle n’a pas été capable de normaliser ses relations avec la Jordanie, dont le souvenir du conflit entre le régime hachémite et l’OLP en 1970, connu sous le nom de Septembre noir, et qui a fait 25 000 morts, fait que la Jordanie se méfie toujours du risque d’un soulèvement palestinien.

La correspondante d’Al Jazeera, Nida Ibrahim, fait également remarquer (3) que les implications du retrait d’Abbas des accords restent très floues.

« S’il a dit que l’OLP n’est plus liée par les accords signés avec Israël, il n’a pas dit qu’il dissolvait l’Autorité palestinienne », a déclaré Ibrahim depuis Ramallah.

https://www.aljazeera.com/news/2020/05/palestinian-president-abbas-accords-israel-void-200519214402347.html

Solution à deux Etats en déchirant les accords d’Oslo qui prévoient… une solution à deux Etats

Le Premier ministre palestinien Mohammad Shtayyeh a ordonné à son cabinet de commencer « à travailler à la traduction [de la décision d’Abbas] sur le terrain ».

Et simultanément, Shtayyeh a affaibli la position d’Abbas en qualifiant la décision de « moment de vérité pour tous ceux qui croient en la solution à deux États ».

Mais ça ne colle pas : c’est l’un ou l’autre mais pas les deux.

  • Si l’AP n’est plus liée par les Accords d’Oslo, que devient le compromis de la solution à deux États, qui était un élément clé des accords ?
  • Comment l’AP revendique-t-elle des fragments des Accords d’Oslo, en insistant sur le paradigme de la solution à deux États, tout en disant ces Accords caducs ?
  • Quelle autre opportunité politique la déclaration d’Abbas offre-t-elle aux Palestiniens ?

Depuis Ramallah, le journaliste Kifah Zaboun fait remarquer cependant que Mahmoud Abbas ne peut pas si facilement se retirer des accords.

« La possibilité pour Abbas de se retirer des accords avec Israël doit affronter à des mécanismes complexes », qui ne dépendent pas de lui mais du droit international, explique Zaboun sur le média arabe en langue anglaise aswsat.com (2), ajoutant :

« il sera compliqué pour le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, de mettre à exécution ses menaces de se retirer de tous les accords signés avec Israël. »

Zaboun a raison, mais peu importe.

En réalité, qu’il continue d’adhérer à ce paradigme international obsolète, ou qu’il l’annule, dans les deux cas, Abbas facilite le plan d’extension de la juridiction et de la souveraineté israélienne auquel une majorité d’Israéliens est désormais favorable (4).

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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  1. https://electronicintifada.net/blogs/ali-abunimah/will-mahmoud-abbas-really-stop-pa-collaboration-israel
  2. https://english.aawsat.com/home/article/2295186/abbass-withdrawal-agreements-israel-challenged-complex-mechanisms
  3. https://www.aljazeera.com/news/2020/05/palestinian-president-abbas-accords-israel-void-200519214402347.html
  4. https://www.jewishpress.com/news/politics/window-of-opportunity-survey-shows-israelis-support-sovereignty/2020/05/22/

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