Publié par Abbé Alain Arbez le 25 mai 2020

Récemment, La Croix donnait la parole à un homme réfugié au Liban, lequel explique les exactions barbares de l’Etat islamique – non pas en décrivant la logique assassine en référence aux injonctions coraniques – mais tout simplement en rattachant les odieux massacres islamistes au Livre de Josué dans la Bible hébraïque !

Il considère que les islamistes ont puisé leur inspiration belliqueuse dans le récit biblique, laissant entendre qu’au fond il ne s’agit de leur part que d’une application un peu radicale du texte inspiré…C’est là encore le coup du « véritable islam » qui ne peut être que pacifique…Belle opération antijudaïque d’autopromotion! Ainsi, cette assertion insensée démontre surtout combien l’allégeance idéologique peut bafouer la connaissance des textes bibliques pour offrir une image de l’islamisme compatible avec les mantras médiatiques.

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Le récit biblique est-il réellement facteur de violence ?

La Bible a une telle réputation de violence, que beaucoup imaginent son Dieu infréquentable. Cet argument permet aux tenants du politiquement correct de minimiser la violence coranique en l’associant à des récits de la Bible pris à la lettre. Le discours biblique fait-il vraiment couler le sang avec complaisance tel un film d’horreur? Certains – marcionites sans le savoir – atténueront ce reproche visant surtout le premier testament en précisant que l’évangile, lui, au moins, nous présente un Dieu non-violent !

Trop simpliste, car paradoxalement, le premier Testament nous offre des passages majeurs, empreints de la tendresse de Dieu, comme avec Osée, ou encore les psaumes, tandis qu’en contrepartie le nouveau Testament recèle des pages où s’affichent la violence humaine et la fureur divine ; c’est le cas de l’apocalypse de Jean, censée clore la révélation judéo-chrétienne…

Mis sur le marché des idées au IIème siècle par Marcion, utilisé durant des siècles d’antijudaïsme arrogant, le cliché du « Dieu des juifs violent et du Dieu bon des chrétiens » ne résiste cependant pas à une analyse sérieuse.

Certes, on trouvera de la violence dans quelques récits des deux parties de la Bible, (ancien et nouveau testament) mais au premier degré cela signifie avant tout que l’Ecriture Sainte n’est pas un livre religieux édifiant, aseptisé, qui nous présenterait une humanité idéale, des vérités à croire préemballées et des règles à pratiquer sans réfléchir.

La Bible n’est pas un prêt à penser ! Comme le disait Calvin avec justesse, les Ecritures saintes sont le « miroir de l’âme humaine ». C’est surtout l’histoire d’une relation vivante et constructive, celle de l’alliance de Dieu avec son peuple – Israel et Eglise – composé d’êtres humains imparfaits mais appelés à se laisser transformer maintenant (olam hazè) par l’Esprit de Dieu pour accéder au monde à venir (olam haba).

Caricatures

Avec le prisme déformant de la culture ambiante et de la confusion relativiste ignorant les genres littéraires, une approche superficielle des Ecritures peut confronter le lecteur à un Dieu repoussant. Un œil superficiel peut se poser des questions : à peine le Créateur a-t-il lancé le monde dans l’aventure de la vie, qu’il décide de l’annuler par le déluge, à l’exception d’une famille. Quand il libère son peuple d’Egypte, il le fait au prix de la mort des premiers-nés égyptiens, et lorsque les rescapés de l’exode arrivent en Terre promise, c’est le bain de sang parmi les tribus de Canaan circulant sur place.

Le risque d’aplatir le récit, de l’anecdotiser et de le déformer à l’aune de nos concepts modernes est donc réel, et on y perdrait facilement le fil conducteur qui nous parle essentiellement, tout au long de la Bible, d’un Dieu de justice, de vérité et de paix, qui fait passer l’humanité des ténèbres à la lumière. Le Dieu de la Pâque est aussi le Dieu des dix commandements, ancêtres des droits de l’homme.

Culturellement, il est clair que pour les anciens, Dieu est à l’origine de toute chose et de tout événement heureux ou malheureux. Il n’y a pas encore la notion de causes secondes ou d’initiative humaine. Encore que la responsabilité des hommes dans les malheurs soit toujours fortement soulignée.

Pourtant, si le Dieu des israélites était dénommé « le Dieu ami des hommes » dans l’antiquité, c’est bien parce qu’il se comportait à l’opposé de la divinité mythologique grecque jouant de manière sadique avec la destinée humaine.

Josué

En ce qui concerne par exemple l’épisode de Josué entrant en Terre promise, les controverses sont fréquentes et les détracteurs de l’Israël moderne y trouvent une référence simpliste.

Toutefois, l’honnêteté intellectuelle minimale exige de faire le lien entre le livre de Josué à tonalité guerrière, et les réalités historiques reconstituées par les spécialistes. Malgré la dureté expressive du texte, on sait aujourd’hui que la constitution d’une confédération de tribus sémites s’est en réalité effectuée pacifiquement dans cette région. Les cités-forteresses jusqu’alors vassales de la puissante Egypte se sont solidarisées librement pour se libérer et les archéologues affirment  scientifiquement que les murailles de Jéricho ne se sont pas effondrées sous un assaut conquérant des Hébreux. La mention de processions répétées autour de la cité de Jéricho reflète plus une prière liturgique qu’une stratégie militaire. Les murailles tombent, à la manière dont la Parole de Dieu déplace les montagnes et ouvre des perspectives nouvelles à ceux qui se sentaient enfermés dans l’oppression.

Alors pourquoi le texte s’est-il forgé une réputation aussi belliqueuse? Sans doute en raison d’une lecture littéraliste – hélas encore pratiquée par certains –  car au moment où ce récit combatif s’articule de cette manière, le fragile Israël tremble devant la sérieuse menace assyrienne et il s’agit, par une épopée volontariste, de redonner un moral de résistants à des populations qui se voient déjà anéanties. Le risque d’en tirer aujourd’hui des conclusions incitant à l’agression reste inexistant à notre époque : les populations ennemies mentionnées n’existent plus de nos jours ! Partir à l’assaut des Amorites ne fera pas beaucoup de victimes en 2020…

A l’inverse, lorsque le coran demande aux « vrais croyants » d’éliminer les adversaires du projet d’Allah, nommément les juifs et les chrétiens, cela représente sans équivoque un risque majeur pour une part considérable de l’humanité contemporaine, puisque les membres de ces deux communautés sont présents en chair et en os dans le monde entier…

Mais dans le débat sur le caractère soi-disant agressif du Livre de Josué, on oublie souvent un autre chapitre du même récit, celui où les éclaireurs envoyés par le même Josué sont sauvés par Rahab, la prostituée étrangère qui les cache dans sa maison. Dans ce cas précis, le message se lit dans un registre nettement pacifiant, car le texte conclut que pour résoudre les problèmes dans l’urgence, on a besoin les uns des autres, au-delà des différences et des classifications sociales.

Culture de vie et non de mort

Sur le terrain de la brutalité, Paul médite sur le mystère de la crucifixion de Jésus, lui, le Pharisien devenu un temps radical, mais ayant finalement renoncé à toute violence après son expérience du Christ ressuscité. C’est pourquoi il annonce avec conviction la fin de ce cercle vicieux : « la mort a été engloutie dans la victoire » (1 Cor 15.54). La scandaleuse croix infligée par Rome au rabbi juif Yeshua a visibilisé la supériorité de l’amour vécu jusqu’au bout, dans une même fidélité envers Dieu et envers les hommes…

C’est la vie qui l’a emporté : de par la « résurrection », son être personnel et sa cause en faveur de l’homme ont survécu à la tentative d’élimination. Cette exaltation d’une dignité humaine victorieuse des tyrannies grâce au lien avec le Dieu de Vie concernera tous les amis de la paix par son message libérateur et créateur d’avenir.

C’est une véritable profession de foi en une humanité délivrée des engrenages mortels de la violence. L’amour étant capable de vaincre la mort, il est, sous toutes ses formes, ce qui fait vivre ; ainsi, toute agressivité mortifère est déjà potentiellement vaincue dans ses prétentions.

Reste à défendre et actualiser la paix dans les situations d’aujourd’hui, à travers le dialogue, le respect mutuel, la réciprocité, mais aussi quand il n’y a plus d’alternative, le rapport de force défensif…

Tout le contraire de ce que revendiquent radicalement des mouvements influents et significatifs au nom du monde musulman, à l’instar des djihadistes et autres salafistes omniprésents.

Nous sommes tous conscients de la complexité géopolitique qui se renforce de jour en jour avec l’accélération des événements, mais c’est bien dans ces réalités périlleuses que l’étendard éthique du respect de la vie se lever avec intelligence face aux complices des protagonistes d’une culture de mort et de domination totalitaire.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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