Publié par Eduardo Mackenzie le 26 mai 2020

Wilfred Burchett (1911 – 1983) faisait le tour du monde en publiant des articles dans certains journaux de référence. 

The Times, le Daily Express et le Financial Times, tous de Londres, ont diffusé ses textes comme des news et des analyses irréprochables. Mais ce n’était pas le cas.

L’histoire de Wilfred Burchett est peu connue en Colombie, mais il serait utile d’en savoir plus, surtout en ces temps sombres où des agents étrangers et des journalistes possédant d’excellentes références se promènent dans le pays, comme chez eux, inoculant des mensonges et, pire encore, fixant des taches à la presse et aux agences d’État, avec l’aide d’idiots utiles locaux.

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Originaire d’Australie, Wilfred Burchett était un « correspondant de guerre » multicarte. Il n’y a pas eu de gros conflit qu’il n’ait pas couverts. Il a été le premier reporter occidental à arriver à Hiroshima après l’explosion de la bombe atomique. En juillet 1951, pendant la guerre de Corée, Burchett s’est rendu de Pékin à la zone neutre de Kaesong pour couvrir les discussions d’armistice. Là, il a non seulement écrit des articles, mais a agi aussi comme agent de recrutement. Son action consistait à « travailler » les journalistes occidentaux venus sur place pour les étudier et découvrir qui était influençable ou non, qui était anti-américain ou qui pouvait être communiste. Ces informations se sont retrouvées entre les mains des services de renseignement nord-coréens et chinois.

La façade du journaliste facilitait son travail principal: servir d’agent d’influence de l’URSS pendant la guerre froide. Le coup médiatique le plus important de Moscou au cours de ces années a été exécuté par lui : Burchett a été l’inventeur du « mensonge de la guerre bactériologique américaine pendant la guerre de Corée, désinformation calculée et orchestrée par la presse communiste du monde entier », résume Jean-François. Revel dans un de ses livres (1).

Cette activité Burchett l’avait commencé bien avant. Après trois ans en Grèce et à Berlin, ses reportages hongrois, sur les processus lancés par la dictature de Matyas Rakozi, avaient la même marque.

Le cardinal Joseph Mindszenty, primat de Hongrie, détenu et torturé pendant 39 jours et condamné à la prison à vie pour avoir dit non à la dictature communiste, était un « coupable », selon Burchett. Six mois plus tard, László Rajk, un haut chef communiste hongrois en disgrâce, a été condamné à mort et pendu sans délai. Burchett considérait Rajk comme un « espion de Tito » et un « instrument du renseignement américain et britannique ». Les purges staliniennes en Bulgarie, où Traycho Kostov, un autre chef communiste, a été accusé de « déviation nationaliste » et exécuté, étaient justifiées  car, selon Burchett,  les condamnés « étaient le bras gauche du bras droit réactionnaire hongrois ».

Tel était le travail de M. Burchett : approuver les crimes de Staline et rédiger des rapports pour faire avaler la pilule communiste à la presse occidentale.

Le renseignement américain et la presse anglo-saxonne ont découvert son jeu, mais le système sino-soviétique a fait tout ce qui était en son pouvoir pour le présenter comme un journaliste de gauche mais indépendant. Burchett était bien considéré et ses textes ont créé l’impact souhaité. Sa gloriole a duré de longues années. Cependant, deux journalistes communistes qui ont travaillé en étroite collaboration avec lui ont fini par dénoncer son mensonge. Tibor Meray, journaliste et écrivain hongrois, également ancien communiste, qui a couvert les dialogues à Kaesong avec Burchett et d’autres, a révélé des points décisifs de l’affaire.

Dans un câble pour le journal communiste français Ce Soir, et plus tard, dans deux autres textes, Burchett a affirmé qu’un avion américain en Corée avait jeté des insectes « porteurs de germes » sur une bande de terre de 200 mètres de long sur 20 mètres de large et que lui, Burchett, avait vu de ses yeux « des légions de mouches et de puces rampant par terre ». Il a ajouté que les « volontaires chinois » (il ne pouvait pas dire qu’il y avait des soldats chinois là-bas) avaient rapidement brûlé ces insectes. Meray, cependant, se souvient qu’il n’a pas vu le bombardement bactérien et que les « témoins coréens » présumés ont parlé de « mouches et moustiques ». « Est-il possible qu’en brûlant, des puces se transforment en moustiques ? », a demandé Meray. Et il a terminé: « Comment savait-il  sur place, sans le moindre examen de laboratoire, que ces insectes étaient infectés ? ».

Dans son article de 1996 « Souvenirs de Wilfred Burchett », il écrivait:

« En février 1952, nous étions tous les deux à Kaesong et nous n’avons pas pu y voir un seul insecte infecté. Par conséquent, il n’a pas pu écrire un article original au sujet de la guerre bactériologique. Burchett avait dû s’appuyer sur les matériaux que lui fournissaient les Chinois et il écrivit son article quand on lui a demandé de le faire » (2).

Des années plus tard, dans ses mémoires de 2001, Pierre Daix, ancien rédacteur en chef de Ce Soir, a également mis à nu l’activité de l’Australien:

« J’installai en grand les câbles de Burchett … Fausses nouvelles, excitation à la haine, toute la panoplie du déshonneur pour un journaliste y figure ».

Ce bourrage de crâne sur la « guerre bactériologique » en Corée a eu un curieux écho en Colombie. Treize ans plus tard, les chefs des Farc ont servi le même plat: l’armée colombienne a lancé « des moyens bactériens contre les guérilleros » de Marquetalia, a déclaré le chef communiste Gilberto Vieira en 1965 lors d’un débat à la Chambre des représentants. Il n’a jamais réussi à en avoir la preuve. Cependant, la légende a perduré. Le politologue Eduardo Pizarro a répété cette légende dans un texte de 1991 et a grossi le crime: selon lui, les « moyens bactériologiques » avaient été lancés « contre les habitants » de Marquetalia.

En Corée du Nord, les camps de prisonniers de guerre, où se trouvaient des soldats australiens, ont été décrits par Wilfred Burchett comme des hôtels de luxe en Suisse, suscitant l’indignation car beaucoup savaient que ces prisonniers vivaient dans des conditions effroyables  qui violaient les dispositions de la Convention de Genève.

En 1951, le journal communiste français L’Humanité achète à Burchett une série d’articles sur la Chine populaire et le gouvernement de Mao Tse Tung. Au cours des six mois qu’il y a passés, le journaliste n’a vu que des merveilles et n’a jamais changé d’avis. En 1973, dans un livre sur la Chine, Burchett loue le Grand Bond en Avant de Mao, une autre opération collectiviste qui, de 1958 à 1961, a provoqué une catastrophe: ce pays passe de la faim à la famine qui a tué 45 millions de paysans.

Burchett a évidemment encensé l’URSS pendant des années. Il a parlé du « nouvel humanisme » soviétique et a souligné, avant tout, les « avancées » de ce pays en matière « scientifique et économique », dans un texte pour le National Guardian américain. Sa capacité à travestir la réalité a également profité à Pol Pot et aux Khmers rouges dans ses notes sur les événements au Cambodge. Le grand journaliste a expliqué que ce pays « garantit à chacun le droit au travail et un niveau de vie équitable » car il possède l’une des « constitutions les plus démocratiques et révolutionnaires de tous les temps ».

Pendant la guerre au Vietnam, Burchett a écrit derrière les lignes communistes. Il voyageait protégé par des soldats nord-vietnamiens et a accepté de porter l’uniforme du Viêt-Cong. C’est pourquoi il a perdu le droit d’utiliser le passeport australien, mais cela ne l’a pas empêché de voler partout où il voulait: pour cela, il avait d’autres passeports, comme le cubain, le bulgare et le nord-coréen.

Burchett était payé par le KGB depuis 1957. Lorsque le schisme sino-soviétique a éclaté, Burchett s’est rangé du côté de Pékin et a perdu ces émoluments. Selon l’écrivain Robert Manne, il existe des preuves de ces paiements. Yuri Krotkov, dramaturge et ancien membre du KGB, a fait défection et s’installe au Royaume-Uni en 1963. En 1969, il témoigne devant un comité du Sénat américain où il a parlé des liens de Burchett avec le KGB. Les amis de Burchett ont crié que Krotkov était un menteur, mais plus tard, le célèbre dissident russe Vladimir Bukovski a découvert, pendant le gouvernement d’Eltsine, dans les archives secrètes du KGB, le mémorandum de la décision de la terrible agence de police d’accorder à Burchett 20 000 roubles et des paiements mensuels de 3 000 roubles. « Chaque détail de la note du KGB du 25 octobre 1957 est cohérent avec le témoignage à Washington de Yuri Krotkov », a écrit Robert Manne. « Ainsi, il s’est avéré que Krotkov n’était pas un menteur mais un narrateur de la vérité » (3).

Y a-t-il aujourd’hui des journalistes qui suivent l’exemple de l’agent Burchett ? Qui pourrait en douter? La plupart des envoyés spéciaux et des correspondants étrangers en Colombie sont des gens intègres. Cependant, il y a des cas bien étranges. Quand un certain Nicholas Casey, du New York Times, se fait photographier sur une moto avec des gens armés des Farc, et quand il intrigue, avec de fausses nouvelles,  sur l’armée colombienne, pour détériorer les relations entre les États-Unis et la Colombie, fait-il du journalisme? Quiconque suit les traces de Burchett sait qu’il sera un jour démasqué, non seulement par les ennemis de telles méthodes, ou  par les journalistes qui respectent leur profession, mais par ses propres amis et complices, comme cela est arrivé au journaliste australien.

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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