Publié par Magali Marc le 27 mai 2020

Après une interruption de dix ans, le Dialogue Quadrilatéral concernant la sécurité de l’Australie, de l’Inde, du Japon, et des États-Unis – officieusement connu sous le nom de «Quad» – a été ressuscité en 2017 dans le but de maintenir une « région indo-pacifique libre, ouverte et inclusive ». Malgré leurs différences, ces quatre pays ont un intérêt commun à maintenir un équilibre stable des pouvoirs dans la région surtout face aux ambitions impérialistes du président chinois Xi Jinping.

Pour les lecteurs de Dreuz, j’ai traduit l’article de Sumantra Maitra*, paru sur le site de The Federalist, le 26 mai.

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Comment une nouvelle alliance asiatique pourrait donner l’avantage aux Occidentaux contre la Chine

Le moment est venu d’officialiser le Dialogue Quadrilatéral **. Les États-Unis devraient aider l’Australie dans cette entreprise et en prendre la tête.

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Lorsque je travaillais comme journaliste politique en Nouvelle-Zélande, j’ai interviewé Winston Peters, qui est maintenant vice-premier ministre. M. Peters est un homme extrêmement intelligent mais politiquement instable, qui était conservateur dans ses débuts, puis a rompu pour créer un nouveau parti appelé New Zealand First (ça vous dit quelque chose ?), et qui est maintenant dans une coalition avec le gouvernement travailliste.

Sa politique était très en avance sur son temps en 2011, lorsqu’il promouvait un mélange de conservatisme social et de redistribution économique. Mais la plus controversée de ses politiques était un courant virulent de rhétorique anti-Chine – non pas contre les étudiants chinois dans les universités, un problème sérieux dans cette partie du monde, mais particulièrement contre la frénésie d’investissement et d’achat des Chinois.

M. Peters a compris une décennie avant tout le monde que nous arrivons à un point d’inflexion où la Chine utiliserait sa force économique, alors que l’Australasie serait en première ligne de cette nouvelle bataille.

À l’époque, le consensus était que la Chine allait devenir un citoyen mondial responsable. On demandait aux étudiants de contribuer aux Instituts Confucius et aux publications et de participer à des bourses et à des programmes d’échange ou de passer un an à l’étranger.

Pourtant, la semaine dernière, la Chine a entamé une guerre commerciale avec l’Australie, a sanctionné des sénateurs américains, s’est mise à dos les Britanniques, au point que les conservateurs sont aujourd’hui le parti le plus sino-sceptique d’Europe, a intimidé une Union européenne incapable, a eu un affrontement avec l’armée de l’air indienne à la frontière de l’Himalaya et a prévu d’envoyer des inquisiteurs à Hong Kong.

Concernant Hong Kong, la Chine est en train de remettre en question le principe d’un «pays deux systèmes», l’Accord de 1997 avec le Royaume-Uni et les États-Unis sur le statut de Hong Kong, mettant fin une fois pour toutes à la rhétorique de la «montée pacifique».

Les signes étaient toujours là.

De la diplomatie de la dette des Chinois en Afrique, à la base navale chinoise de Djibouti, à l’achat par la Chine de ports au Pakistan et au Sri Lanka, à la construction navale chinoise qui vise à avoir six groupes de porte-avions dans le Pacifique d’ici 2030, éclipsant la flotte américaine du Pacifique et reflétant la course navale anglo-allemande, il a été évident tout au long de l’histoire quelle direction prendrait l’hégémonie chinoise.

La Grande-Bretagne fait allusion à une éventuelle évacuation et relocalisation des citoyens et résidents de Hong Kong nés en Grande-Bretagne qui ont la double nationalité et qui constituent une main-d’œuvre très instruite et très pro-occidentale.

Même les réalistes en matière de politique étrangère, qui sont généralement beaucoup plus discrets sur les mésaventures à l’étranger, sont unanimes sur cette question : La Chine reste la plus grande menace, non seulement en raison de son renforcement militaire et de sa volonté de remettre en cause le statu quo, mais aussi en raison d’un mercantilisme économique sans précédent depuis le XVIIIe siècle.

Mais, curieusement, c’est aussi la preuve d’une panique délirante.

Il y a deux raisons à cela.

  • 1. Premièrement, le processus décisionnel chinois est insulaire et opaque. Ils ont prévu une domination lente et tranquille, mais n’ont jamais été mis sous les feux de la rampe ou subi de contre-attaque. En cela, ils ne sont pas comme l’Union soviétique, qui recherchait activement la concurrence et a donc souvent imité les normes culturelles occidentales. La politique chinoise a été furtive et s’est appuyée sur le mercantilisme.
  • 2. Deuxièmement, les dirigeants chinois ont réalisé que le chat est sorti du sac, et donc, pour utiliser un terme de relations internationales, ils appuient sur l’accélérateur de la polarité. Pour dire les choses simplement, ils ont réalisé qu’il n’y avait pas de retour en arrière, et qu’il valait mieux qu’ils gagnent au moins quelques satellites et alliés, que ce soit par des incitations, par des pressions ou par la force.

Si cela souligne l’attitude agressive de la Chine, cela met également en évidence une certaine panique et une mauvaise compréhension de leur position dans la hiérarchie mondiale.

Comme l’a écrit Jack Snyder dans son ouvrage phénoménal (Myths of Empire: Domestic Politics and International Ambition, 1991, Cornell Unniversity Press), l’agression des grandes puissances est souvent un symbole soit d’insularité et d’incompréhension idéologiques, soit de pure surestimation et d’illusion impériales. Dans le cas de la Chine, il peut s’agir d’une combinaison des deux.

Depuis des décennies, les mandarins de la politique étrangère nous disent que les Chinois jouent un jeu d’échecs hybride à sept dimensions inspiré de Sun-Tzu-Confucius-Zhou-Enlai-Deng-Xiaoping-Empire du Milieu. Ils nous ont dit qu’ils sont aussi amoraux et cyniques que nous pouvons l’imaginer, et imbattables en stratégie. Il semble que cette impression soit simplement due au fait qu’ils n’ont jamais eu à régner, ni à faire face à une vraie crise.

Car lorsqu’une crise internationale a éclaté, les dirigeants chinois ont paniqué et se sont mis à dos tous les grands centres de pouvoir simultanément.

En conséquence, il y a des pourparlers en Australie pour relancer le Quad, le système de sécurité commencé vers 2007, qui unit l’Inde, le Japon, l’Australie et les États-Unis dans une alliance et une organisation navale asiatique du Traité de l’Atlantique Nord destinée à faire contrepoids à la montée de la Chine.

Il s’agit d’une entreprise extrêmement importante, qui permettrait de redistribuer le fardeau de la sécurité indo-pacifique entre les puissances régionales puissantes et démocratiques qui sont déjà, sous une forme ou une autre, alliées aux États-Unis.

Il semble que les Chinois ne soient pas d’aussi fins stratèges qu’on nous l’a dit. Ils sont plus ouvertement impériaux et n’ont tout simplement aucune idée de la façon dont on utilise la diplomatie pour imposer un ordre impérial comme l’ont fait les Anglo-Américains.

En réalité, ce qui a été évident ces derniers mois, c’est à quel point les compétences diplomatiques chinoises sont mal affûtées, maladroites ou tout simplement médiocres.

Leur attitude n’est pas celle d’une superpuissance en devenir, et encore moins d’une grande puissance.

C’est la façon de faire d’une puissance moyenne paniquée, qui vit dans sa bulle, d’un pays à l’esprit d’entreprise qui s’est soudainement enrichi mais ne sait pas comment gouverner, qui a des illusions d’impérialisme et une totale incompréhension de la façon dont le monde fonctionne.

Si les théoriciens du réalisme ont raison, les actions impériales et les excès des Communistes chinois, confrontés à des forces structurelles, auront pour conséquence que d’autres grandes puissances feront contrepoids, et qu’ils seront les architectes de leur propre dégringolade, comme l’histoire nous l’a si souvent montré.

* Sumantra Maitra est chercheur doctoral à l’université de Nottingham, au Royaume-Uni, et l’un des principaux contributeurs au magazine The Federalist.

** Dialogue quadrilatéral sur la sécurité entre l’Australie, l’Inde, le Japon et les États-Unis

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Traduction de Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

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