Publié par Eduardo Mackenzie le 7 mai 2020

Le 2 juin de l’année dernière, Nicholas Casey du New York Times a quitté la Colombie sans pouvoir présenter les preuves des accusations (absurdes) qu’il avait lancées en mai contre le général Nicacio Martinez Espinel, commandant de l’armée colombienne.

Casey avait eu 15 jours pour présenter des preuves sur les “new kill orders” attribués arbitrairement par le journaliste au général, mais il n’a pu en présenter une seule.

Furieux que le gouvernement n’ait pas obtempéré et congédié le général Martinez, Casey a fui le pays et a allégué qu’il avait « reçu des menaces ». De qui? Comment? Cette pirouette n’a pas effacé de la mémoire les photos de 2016 dans lesquelles Casey apparaît sur une moto avec des hommes armés des Farc.

La semaine dernière, Casey est revenu avec un nouveau canular par le biais du magazine Semana, qui vient de publier un de ces textes d’intoxication contre les forces militaires colombiennes dont Casey raffole. Résultat: douze membres du renseignement militaire ont été limogés le 1er mai 2020 avant même que le ministère de la Défense n’ait mené sa propre enquête. Pourquoi enquêter sur les militaires, disent certains, si Semana avait déjà investigué sur eux ?

Nicholas Casey et son comparse Joshua Goodman, de l’agence AP, pensaient qu’il était facile d’accabler le commandant de l’armée colombienne, qu’il suffisait de lancer un dossier calomnieux, sous la forme d’un « reportage » bourré d’insinuations et de mensonges, pour le liquider politiquement et contribuer à la paralysie des forces armées.

Ils n’ont pas réussi. Le général Martinez a maintenu sa position et l’armée et l’opinion colombienne ont continué d’admirer son travail. Le 17 juin 2019, le gouvernement a attribué au général son quatrième soleil, le plus haut insigne qu’un soldat puisse atteindre en Colombie. Le 27 décembre 2019, lorsque le général Martinez a démissionné pour des raisons familiales, le président Ivan Duque a nommé le général Eduardo Zapateiro comme nouveau commandant de l’armée et a écrit: « Ce changement se fait dans le cadre d’une transition ordonnée, car les généraux Nicacio Martinez et Eduardo Zapateiro ont préparé le Plan Bicentenario, qui a assené des coups contondants aux structures criminelles et  a réduit le nombre d’enlèvements et d’homicides en cette année historique pour le pays. »

Les 11 soldats et le général X (dont le gouvernement n’a pas donné les noms) retirés pour « utilisation irrégulière des capacités de renseignement militaire », selon le ministre de la Défense, sont les nouvelles victimes de Semana. Le ministre Carlos Holmes Trujillo a laissé entendre que ces licenciements n’avaient pas été le résultat d’une enquête interne du Commandement général, mais que celle-ci viendrait plus tard.

Le ministre qui destitue d’abord et qui enquête ensuite, a tenté de rassurer l’opinion. Il a déclaré que « les décisions prises n’affectent pas le développement des opérations militaires» et que les sanctions visent à « renforcer la sécurité » du pays. Nonobstant, la question demeure : le démantèlement d’une unité du renseignement militaire, sans enquête préalable et invoquant l’accusation d’un magazine connu pour son antimilitarisme, peut-il  renforcer la sécurité en Colombie?

En utilisant de fausses révélations et des accusations sans preuves, Semana s’est habitué à forcer la main à certains gouvernements et à démanteler des secteurs entiers du renseignement militaire. Ainsi, l’hebdomaire en est venu à imposer une nouvelle doctrine: en Colombie, les forces militaires et de police ne peuvent pas collecter de renseignements. C’est le cœur du texte intitulé « Les dossiers secrets » (1). L’opinion n’a pas oublié le scandale que ce média a déclenché alors que  le renseignement militaire colombien tentait, tout à fait légitimement, de savoir ce qui se passait à La Havane lorsque Santos et les Farc négociaient en secret. 

L’article de Semana parle d’ « espionnage ». Il présente son texte comme la révélation de l’année. Cependant, lorsqu’on le lit attentivement, un fait apparaît: l’acte que le magazine qualifie d’illégal est quelque chose qui n’est ni de l’ «espionnage» ni illégal. Le ballon se dégonfle. La soi-disant « surveillance informatique des journalistes », que Semana présente comme un délit, n’est rien d’autre qu’une opération de collecte d’informations ouvertes, via les réseaux sociaux vis-à-vis de personnes et de personnalités. Ces données se retrouvent sur les sites web, dans la presse, dans les livres, études et archives disponibles. Il s’agit notamment d’une opération de suivi légitime, physique ou électronique, de personnes qui entrent en contact avec des gros bonnets du narco-terrorisme, sous prétexte de faire du journalisme, alors qu’en réalité les informations présentées au public sont nulles mais l’impact de propagande est élevé.

Nicolas Casey a été impliqué dans une affaire de guerre psychologique lorsqu’il a tenté de dégager, avec des mensonges, le commandant de l’armée colombienne. Une telle opération ne devait-elle pas être analysée, jusque dans ses moindres détails, par l’État colombien? Je suis de ceux qui disent que oui, et qu’en agissant ainsi, le renseignement militaire protégeait la Constitution. Que ce serait-il passé si un journaliste colombien s’était aventuré aux États-Unis et, après avoir palabré avec des bandits, comme ce fut le cas avec Casey, avait lancé une campagne de calomnies contre un haut commandement militaire ?

La collecte d’informations est un droit et un devoir de l’Etat colombien. Aucune démocratie n’accepte de se priver de la collecte de renseignements. Le faire, serait renoncer à connaître les plans de l’ennemi. Les États les plus stables et les moins menacés par le terrorisme et le crime organisé collectent, classifient et exploitent les renseignements et ont une politique de contre-espionnage. Même l’État du Vatican dispose de services de renseignement hautement sophistiqués. Pensez-vous que sans cela, le pape Jean-Paul II et le président Ronald Reagan auraient pu faire tomber le communisme soviétique en 1991?

Semana ignore-t-elle que les ambassades assurent le «suivi», informatisé ou non, de chaque acteur politique, économique, médiatique, académique du pays d’accueil et que cette activité est acceptée? Ignore-t-elle que l’ambassade de Cuba à Bogota, par exemple, recueille des informations ouvertes ou non sur des milliers de Colombiens et d’étrangers en Colombie? Cependant, Semana ne remet pas en cause cette « surveillance informatique » des journalistes et des individus.

Le livre blanc du gouvernement français « sur la sécurité intérieure face au terrorisme » précise: « L’efficacité de l’activité des services de renseignement et de sécurité (…) réside dans la capacité de ces services à anticiper l’action violente et à analyser l’ensemble des mécanismes qui concourent au développement du phénomène terroriste pour mieux le contrer. Cela justifie l’amélioration de nos capacités de surveillance des communications électroniques, la facilitation de l’accès (…) à certains fichiers administratifs et une meilleure identification des voyageurs dangereux. »

Pourquoi la Colombie devrait-elle faire exception ? Ce pays n’est-il pas excessivement affecté par des organisations narco-terroristes et par des dictatures étrangères qui travaillent depuis des décennies à démolir notre mode de vie?

La vieille obsession des Farc, dans toutes ses formes, est que son principal adversaire, le responsable de sa défaite historique, ne puisse pas recueillir des informations sur eux ou sur leurs appareils de surface, ni sur leurs alliés extérieurs. La subversion anticapitaliste et les cartels de la drogue sont les premiers intéressés à saboter le renseignement et le contre-espionnage de l’État. Ils cherchent à empêcher la force publique, et le pouvoir exécutif, de traiter des renseignements, et pouvoir disposer d’un cadre juridique leur permettant d’obtenir des renseignements sur les acteurs séditieux.

Ceci est le débat qui est sur la table. Semana ne veut pas, certes, un débat politique. Elle veut démanteler, je ne sais pas pourquoi, certains axes de l’Etat colombien. L’article ne mentionne ni ne décrit un seul acte criminel. Ce qu’il fait, c’est donner abusivement un caractère criminel à des actes de collecte d’informations qui sont légaux.

Il est bien connu qu’il existe deux courants de pensée face au problème de l’espionnage. «Pour les uns, l’histoire présente un décor dont les portants sont tirés par les fils invisibles de l’action secrète; pour d’autres, l’espionnage est une activité parasite, généralement malpropre, presque toujours inutile, qui n’a d’effet ni sur la conduite des guerres ni sur le déroulement de la politique », résume Jean-Pierre Alem, spécialiste de ce domaine. Semana adopte la deuxième posture. Le point est alors: la démocratie colombienne peut-elle disposer de manière autonome de services de renseignement et recevoir l’aide des gouvernements alliés luttant contre les mêmes calamités? Semana dit que non.

L’article ne cite pas un seul cas de censure de la presse, ni une seule attaque contre un journaliste en Colombie. Cependant, pour distraire l’attention, il diabolise la collecte d’informations en l’appelant «espionnage». Il y a un paragraphe révélateur dans l’article de Semana: «Ils [les militaires] vont tenter de s’en tirer, en prétextant que les informations recueillies à partir de sources ouvertes en tant que telles ne sont pas des renseignements. Le problème est que le produit final, c’est-à-dire les rapports qui sont faits sur la base de ces données, sont des renseignements et ont un objectif spécifique, qui dans ce cas n’est pas clair. »

Sans révéler quel crime ou «but spécifique» les militaires auraient commis avec les «informations recueillies», Semana suggère que le mal réside dans les renseignements eux-mêmes. Ce groupe de rédaction s’oppose notamment au fait que les forces militaires et de police établissent « des rapports (…) sur la base de ces données ». Il dit que ce « produit final » est «renseignement » et que c’est le problème. Par conséquent, ce qui dérange Semana, c’est la capacité de l’État à collecter des renseignements, pas les excès. Semana ne se soucie pas des cas isolés, des «déviations» (imaginaires) de cet acte, mais plutôt du principe même de pouvoir surveiller, vérifier et identifier les acteurs susceptibles de mettre en danger les institutions démocratiques.

Semana a sollicité le soutien du professeur Catalina Botero, de l’Université de los Andes. Elle fascine quand elle dit qu’on ne peut pas espionner les gens « qui disent ou font des choses avec lesquelles l’État n’est pas d’accord ». Mesure-t-elle la portée de ses paroles? Catalina Botero dit, en effet, que l’État doit s’abstenir de surveiller et de capturer des terroristes, des trafiquants, des corrompus, des assassins, des ravisseurs et des violeurs, car ils «font des choses avec lesquelles l’État n’est pas d’accord ». Pour cette raison, selon le professeur Botero, ces individus doivent jouir de liberté et d’impunité. Cela fait longtemps que le progressisme est amoureux des criminels.

Semana a également sollicité le soutien de Patrick Leahy. Personne n’oublie que ce sénateur, porte-parole de l’aile la plus à gauche du Parti Démocrate américain, a mis en péril, en 2002, la continuité du Plan Colombie, grâce auquel le gouvernement du président Álvaro Uribe a pu vaincre les Farc.  Critique injuste de l’armée colombienne, Leahy a soutenu en 2019 l’aventure de Nicolas Casey.  A cause de cela, Patrick Leahy a été publiquement retoqué par la sénatrice colombienne María Fernanda Cabal. Leahy, aujourd’hui allié du socialiste Bernie Sanders, valide les accusations de Semana et menace de réduire ou d’annuler « l’aide militaire américaine à la Colombie ».

Quatre autres personnages apparaissent entre les lignes. Semana dit qu’ils sont aussi des «profilés» par le renseignement militaire lorsqu’ils passent par la Colombie. Il s’agit de José Miguel Vivanco, de Human Rights Watch, du photographe Lynsey Addario, du photographe Stephen Ferry et du journaliste John Otis. Curieusement, tous les quatre sont liés d’une façon ou d’une autre à l’Open Society Fondations, l’ONG du milliardaire Georges Soros. John Otis est l’envoyé d’un magazine financé par l’OSF. Catalina Botero fait également partie de la galaxie Soros. Semana se garde bien d’évoques ces faits.

Comment ne pas déduire que le rapport de Semana est commandé par Soros, qui paie généralement bien ces efforts de pénétration et d’influence? Soros utilise ses millions pour créer des associations qui promeuvent l’abolition des frontières, la déstabilisation des États et la manipulation de la justice.

Le plus inquiétant, c’est que tout ce bruit autour de la « surveillance des journalistes » n’est qu’une partie du plan. Comme un iceberg, la partie immergée est immense : la réduction de l’aide militaire américaine à la Colombie. L’objectif de la campagne est donc vaste, très dangereux et a de riches sponsors.

Après six décennies de combats acharnés contre les Farc, une organisation totalitaire hautement expérimentée, la Colombie ne semble pas avoir réalisé que la désinformation et le mensonge sont des armes de destruction massive et que ces armes doivent être combattues aussi sérieusement que les autres.

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

(1).- https://especiales.semana.com/espionaje-desde-el-ejercito-nacional-las-carpetas-secretas-investigacion/

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