Publié par Joëlle de Paris le 11 mai 2020

Les premières paroles d’Hashem

(par respect, on dit Hachem qui signifie «Le Nom») :

  • à Abraham, vers – 1850, n’ont pas été « Tu fonderas une nouvelle religion qu’on appellera judaïsme » mais
    « Va pour toi (Lekh lekha) (loin) de ton pays, de ton lieu natal et de la maison de ton père, au pays que je t’indiquerai. Je te ferai devenir une grande nation; je te bénirai, je rendrai ton nom glorieux, et tu seras un type de bénédiction. …(Genèse, 12,1-2)
  • à Moïse, vers -1450, après les présentations d’usage devant le Buisson Ardent, n’ont pas été « Je vais sortir mon peuple d’Egypte pour lui donner ma Torah » mais
    « J’ai vu, j’ai vu l’humiliation de mon peuple qui est en Égypte; j’ai entendu sa plainte contre ses oppresseurs, car je connais ses souffrances. 8 Je descends le secourir de la main égyptienne et pour le faire monter de cette terre vers une terre fertile et spacieuse, vers une terre où coulent le lait et le miel, vers le lieu du Cananéen, du Héthéen, de l’Amorréen, du Phérézéen, de Hévéen et du Jébuséen. (Exode 3-7 à 8) (7)
  • à Josué, successeur de Moïse, vers -1410: « Mon serviteur Moïse est mort. Maintenant, dispose-toi à traverser le Jourdain avec tout ce peuple, pour entrer dans le pays que je donne aux enfants d’Israël. (Josué, 1-1 à 3)

A partir de -1380, Israël sur sa terre a été dirigé par des Juges puis des Rois. En -586, les Babyloniens détruisirent le 1er Temple de Jérusalem construit par le roi Salomon vers -950, puis les Romains détruisirent le 2ème Temple en 70, et Jérusalem en 135.

Depuis, une petite présence juive s’est toujours maintenue en Israël principalement à Jérusalem, Hébron, Safed et Tibériade, pour étudier la Torah, ne survivant à la misère, aux persécutions et aux épidémies que grâce à l’aide financière des Juifs de la diaspora.

De tout temps, des Juifs en exil ont voulu monter en Israël, mais seuls ou en petit nombre, et pour des motifs religieux et non nationalistes (3):

car on n’émigre pas en Israël, on monte en Israël.

  • Déjà après la destruction du 1er Temple, Ezra le prêtre n’avait réussi à ramener de Babylone que quelques milliers d’exilés judéens en – 459, la majorité préférant rester à Babylone où ils avaient bien réussi (3)
  • En 135, l’empereur romain Hadrien interdit Jérusalem aux Juifs et baptise la région Palestine du nom des ennemis biblique d’Israël, les Philistins
  • Au IVe siècle, les Juifs persécutés par le pouvoir chrétien byzantin, ont l’habitude de venir prier le long des ruines du Temple, seul endroit de Jérusalem où ils ont accès contre paiement.


Mur des Lamentations

  • Lors de la conquête arabe au VIIème s., 70 familles juives sont autorisées à s’installer à Jérusalem.
  • Le rabbin basque Benjamin de Tudèle, (1130-1173), auteur d’un célèbre récit de voyage, raconte avoir vu quelque 200 Juifs à Jérusalem.
  • Le Rabbin talmudiste catalan Moïse Nahmanide (1194-1270), rapporte n’avoir vu que deux habitants juifs dans une Jérusalem en ruine ravagée par les Mongols
  • En 1099, les Croisés chrétiens de Godefroy de Bouillon brûlent vifs les Juifs de Jérusalem dans leur synagogue et rétablissent l’interdiction aux Juifs d’habiter Jérusalem.
  • Le rabbin séfarade Maïmonide (1138-1204) est passé par Jérusalem, alors aux mains des Croisés qui interdisent aux Juifs d’y habiter (1)
  • Rabbi Yehouda Halévy (1075-1141) déchire ses vêtements en découvrant Israël dévasté et désolé, et selon la légende se fait écraser par un cavalier arabe pendant qu’il chantait son Ode à Sion (2)
    https://www.youtube.com/watch?v=VM0KmmR_0RI Yéfé Nof (paysage magnifique, expression tirée du psaume 48-3), poème de Yéhuda Halévi chanté par Etti Ankri
  • Au 16ème s. l’empire ottoman accueille en Israël des dizaines de milliers de Juifs suite à l’expulsion des Juifs d’Espagne
  • en 1660, puis en 1834, les Arabes massacrent les Juifs de Safed.
  • entre 1700 et 1840, quelques milliers de Juifs ashkénazes, menés par Rabbi Yéhuda Hahassid de Pologne, puis par des disciples du Gaon de Vilna de Lituanie, montent en Israël (4)
    Synagogue Hourva de Yehuda Hahassid
  • Mark Twain, qui a visité Israël en 1867, le décrit ainsi dans son livre The Innocents Abroad :Nous avons parcouru quelque distance dans un pays désolé dont la terre serait assez riche si elle n’était abandonnée aux plantes sauvages – une étendue silencieuse et affligée… La désolation qui règne ici dépasse l’imagination. Nous avons atteint Thabor en toute sécurité, et sans avoir jamais rencontré âme qui vive en chemin. Nous avons accéléré vers le but de notre périple, la célèbre Jérusalem. Plus nous avancions, plus il faisait chaud, et plus rocailleux et dénudé, repoussant et lugubre devenait le paysage… Pas un arbre nulle part, ni un arbrisseau. Même l’olivier et le cactus, ces amis que l’on rencontre sur les sols inhospitaliers, avaient presque entièrement déserté le pays. »

A la fin du 19ème, il y avait seulement 24000 en Israël (10), il y en a aujourd’hui 6,7 millions.

Pourquoi n’est-ce qu’à la fin du 19ème siècle que les Juifs commencèrent à revenir en Israël, en nombre et pour des motifs plus politiques que religieux?

Il faut d’abord se demander par quel miracle un petit peuple chassé de sa terre a survécu intact à 2500 ans d’exil :

Le Retour en Israël des juifs d’Ethiopie, déportés par les Assyriens en -722 ou descendants de Juifs ayant accompagné le fils du roi Salomon et de la reine de Saba au Xè siècle avant EC )

À titre de comparaison, imaginez des dizaines de milliers de Burgondes résidant en Allemagne, en Angleterre, en France, qui continuent d’adorer le dieu Thor, de prier en langue burgonde et de pleurer la destruction du Royaume Burgonde par Rome en 436, et décident de retourner dans leur Danemark d’origine pour y fonder tous ensemble un état burgonde…. (9)

Les Trois Serments

Ce nom poétique désigne un passage du Talmud :
« Pourquoi ces trois serments (Cantique des Cantiques 2: 7 , 3: 5, 8: 4) sont-ils nécessaires?

-l’un, pour que les Juifs ne montent pas en Eretz Yisrael comme une muraille, mais petit à petit,

l’autre, le Saint Béni soit-Il a ordonné aux Juifs de ne pas se rebeller contre la domination des Nations,

le dernier, le Saint béni soit-Il a adjuré les Nations du monde de ne pas asservir trop durement les Juifs. » (8)
Déjà les rabbins du Talmud n’étaient pas d’accord pour dire si les Juifs peuvent/doivent monter en Israël avant les temps messianiques: Rabbi Zeira, qui pensait que «les Juifs ne doivent pas monter en Eretz Israel comme une muraille, c’est-à-dire en masse, tandis que les individus peuvent immigrer comme ils le souhaitent.(8) » s’est caché de son professeur Rav Yehuda, tenant de l’opinion inverse, pour ne pas lui dire qu’il quittait Babylone pour monter en Israël …(11)

J’ai retenu trois arguments en faveur du retour à Sion (ou sionisme):

  • Avec les votes de la Société des Nations en 1920 et de l’ONU en 1947, les Nations ont autorisé le retour des Juifs en Israël : il n’y a donc pas « rébellion » au sens du 2ème serment,
  • Avec la Shoah, on peut dire que les Nations ont violé le 3ème serment,
  • La renaissance agricole d’Israël montre que ce retour a été agréé (parce que quand Israël fâché, Israël vomit ses habitants (Lévitique 18, 28)

Et tant pis si les Nations ne veulent plus d’un Israël juif avec Jérusalem capitale éternelle et indivisible. Apparemment, elles n’accepteraient qu’un état musulman avec Jérusalem comme capitale, comme en témoigne le cataclysme planétaire causé par la visite d’un député israélien sur le Mont du Temple il y a 20 ans:
« Pour mémoire, en 2000, la seconde Intifada, dite d’Al-Aqsa, avait démarré alors que le chef du Likoud et criminel de guerre, Ariel Sharon, avait effectué une visite provocatrice sur l’esplanade afin de saborder le processus de paix. » (12)

Ça y est, le peuple juif a été jusqu’au bout du monde et retour, amenant un peu d’Israël dans toutes les Nations puis ramenant un peu de toutes les Nations en Israël.

Le Rav Dynovitz enseigne, en regardant par la fenêtre l’emplacement du futur 3ème Temple de Jérusalem, que depuis 2500 ans notre judaïsme est un judaïsme de l’exil, réduit à une simple religion (7).
Le Juif de l’exil prie et étudie mais ne met pas les mains dans le cambouis pour gérer un état.
Il ressemble aux Explorateurs sortis d’Egypte qui auraient voulu rester étudier dans le désert logés, nourris, blanchis par Hashem lui-même, plutôt que d’entrer en Israël, une des fautes bibliques les plus durement sanctionnées :
« Vos cadavres resteront dans ce désert, vous tous qui avez été dénombrés, tous tant que vous êtes, âgés de vingt ans et au-delà, qui avez murmuré contre moi! Jamais vous n’entrerez, vous, dans ce pays où j’avais solennellement promis de vous établir! (Nombres, 14 ,29-30)

Parfois, Hashem attend de nous de l’action et non des prières, par exemple pour parachever la sortie d’Egypte, quand les Hébreux se sont retrouvés coincés entre la mer et l’armée égyptienne après avoir été libérés par D.ieu lui-même :(7)
L’Éternel dit à Moïse: « Pourquoi m’implores-tu? Ordonne aux enfants d’Israël de se mettre en marche. (Exode 14-15)
C’est grâce à un dénommé Na’hchone Ben Aminadav, qui a avancé dans la mer, que celle-ci s’est ouverte (c’est ce qu’on appelle se jeter à l’eau) : par cette action, il a gagné pour sa descendance de la tribu de Yéhuda la royauté d’Israël : il est l’ancêtre du roi David et donc du Messie. (6)

Arrêtons de nous voiler la face, nous juifs sommes en exil, pas en diaspora, terme grec signifiant dispersion.

« Lorsque Rabbi Yéhouda Halévy (celui qui a déchiré ses vêtements un peu plus haut dans l’article) expose au roi des Khazars la situation du peuple juif en exil, dépourvu de son royaume, de sa terre et de son Temple, son interlocuteur s’exclame : ‘S’il en est ainsi, vous êtes comme un corps sans tête et sans cœur’ ! Et le Sage de lui répondre :

Nous n’avons même pas de corps ! Nous sommes des ossements desséchés et éparpillés, ceux-là mêmes qui apparurent en songe à Yé’hezkiel’. » (Kozari II, 29-30 en 1140).

Le prophète Amos a prophétisé en Judée vers -750:
« Je ramènerai les captifs de mon peuple Israël: ils restaureront leurs villes détruites et s’y établiront, planteront des vignes et en boiront le vin, cultiveront des jardins et en mangeront les fruits. Je les replanterai dans leur sol, et ils ne seront plus déracinés de ce sol que je leur ai donné, dit l’Eternel, ton Dieu. » (Amos 9 – 14 à 15)

Sources :

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