Publié par Jean-Patrick Grumberg le 3 juin 2020

Hier mardi 2 juin, The Lancet a publié (1) une « Expression de préoccupation » (EOC) concernant l’étude qu’il a publié le 22 mai dernier, et qui concluait que les gens qui prennent de l’hydroxychloroquine mourraient souvent d’un arrêt cardiaque.

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La discrète note précise (1) que « d’importantes questions scientifiques ont été soulevées au sujet des données » dans le document et notant qu' »un audit indépendant de la provenance et de la validité des données a été commandé par les auteurs non affiliés à Surgisphere et est en cours, avec des résultats attendus très prochainement ».

Lorsque le 22 mai, l’étude est parue dans The Lancet, j’ai été étonné de la vitesse à laquelle les instances internationales se sont jeté dessus pour discréditer le médicament, et à quelle vitesse ils ont annulé toute étude en cours. Que ce soit l’OMS, les politiques ou les hôpitaux, personne n’avait montré un tel enthousiasme lorsque les premières études encourageantes pour soigner le coronavirus chinois avaient été publiées. C’était louche, pour ce journaliste sérieux, c’est à dire soupçonneux.

The Lancet doute de l’étude qu’il a accepté de publier

L’étude a utilisé des dossiers hospitaliers fournis par une société d’analyse de données peu connue appelée Surgisphere pour conclure que les patients atteints de coronavirus et prenant de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine étaient plus susceptibles de présenter un rythme cardiaque irrégulier – un effet secondaire connu que l’on pense rare – et avaient plus de chances de mourir à l’hôpital.

  • En quelques jours, de grands essais randomisés de ces médicaments – du type qui pourrait prouver ou infirmer l’analyse de l’étude rétrospective – ont été interrompus.
  • L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a par exemple interrompu le recrutement pour son étude sur l’hydroxychloroquine.

Et presque aussi vite que les grandes organisations ont dénoncé le médicament, les résultats du Lancet ont commencé à être critiqués – et Surgisphere a été scruté à la loupe par des chercheurs et des journalistes indépendants.

Ils ont mis en évidence de nombreux signaux d’alarme dans l’article du Lancet, notamment le nombre étonnant de patients concernés et des détails sur leurs caractéristiques démographiques et la posologie prescrite qui semblent peu plausibles.

« La crédulité [de l’étude] a commencé à s’effilocher et à s’effilocher et à s’effilocher », a déclare Nicholas White, un chercheur sur la malaria à l’université Mahidol de Bangkok.

  1. Donc The Lancet a publié une « expression de préoccupation » (EOC) disant que « d’importantes questions scientifiques ont été soulevées au sujet des données ».
  1. Et quelques heures auparavant, le New England Journal of Medicine (NEJM), une autre grande revue scientifique respectable, a publié sa propre mise en garde à propos d’une deuxième étude utilisant les données de Surgisphere, publiée le 1er mai.

« Récemment, des préoccupations importantes ont été soulevées quant à la qualité des informations contenues dans cette base de données », a noté le NEJM dans son communiqué.

« Nous avons demandé aux auteurs [Surgisphere] de fournir des preuves que les données sont fiables ».

  1. Une troisième étude COVID-19 utilisant les données de Surgisphere a également attiré l’attention. Dans une prépublication publiée début avril, le fondateur et PDG de Surgisphere, Sapan Desai, et les co-auteurs, concluent que l’ivermectine, un médicament antiparasitaire, a réduit de façon spectaculaire la mortalité chez les patients COVID-19. En Amérique latine, où l’ivermectine est largement disponible, cette étude a conduit les responsables gouvernementaux à autoriser ce médicament – bien qu’avec des précautions – créant une augmentation de la demande dans plusieurs pays.

Des conséquences dommageables

Pendant ce temps, les questions qui tournent autour de l’article suspect du Lancet ont laissé les dirigeants des essais de chloroquine interrompus se demander s’il fallait les reprendre.

« Le problème est que nous nous retrouvons avec tous les dommages qui ont été faits », déclare M. White, co-chercheur d’un essai d’hydroxychloroquine pour la prévention du coronavirus chinois qui a été interrompu à la demande des autorités réglementaires britanniques la semaine dernière.

Les gros titres proclamant des effets mortels rendront difficile le recrutement de patients pour les études, dit-il.

« Le monde entier pense maintenant que ces médicaments sont toxiques ».

Le 28 mai, plus de 200 cliniciens et chercheurs publiaient une lettre ouverte au Lancet et aux co-auteurs de l’étude, demandant la publication des données de Surgisphere au niveau des hôpitaux, une validation indépendante des résultats, et la publication des commentaires des pairs qui ont conduit à la publication dans le Lancet.

Des doutes grandissants sur la crédibilité de Surgisphere qui a publié l’étude du Lancet

  • La faible présence en ligne de Surgisphere – le site web ne donne le nom d’aucun de ses hôpitaux partenaires ni celui de son conseil consultatif scientifique – a suscité un scepticisme intense.
  • Le médecin et entrepreneur James Todaro, du fonds d’investissement Blocktown Capital, s’est demandé dans un billet de blog pourquoi l’énorme base de données de Surgisphere ne semble pas avoir été utilisée dans des études de recherche évaluées par des pairs avant mai.
  • Dans un autre billet, le spécialiste des données Peter Ellis, de la société de conseil en gestion Nous Group, s’est demandé comment LinkedIn pouvait ne répertorier que cinq employés de Surgisphere – aucun sauf son PDG, Sapan Desai, n’ayant de formation scientifique ou médicale – si la société fournit réellement des logiciels à des centaines d’hôpitaux pour coordonner la collecte de données sensibles à partir des dossiers médicaux électroniques.
  • Mardi matin, le nombre d’employés de Surgisphere sur LinkedIn était tombé à trois.
  • Carlos Chaccour, de l’Institut pour la santé mondiale de Barcelone, se demande comment une si petite entreprise a pu conclure des accords de partage de données avec des centaines d’hôpitaux dans le monde entier qui utilisent de nombreuses langues et systèmes d’enregistrement de données différents, tout en respectant les règles de 46 pays différents en matière d’éthique de la recherche et de protection des données.

Dans une vidéo, Didier Raoult n’hésite pas à qualifier les auteurs de l’étude de Pieds Nickelés, à propos de l’incompétence des auteurs de l’étude du Lancet

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

  1. https://www.thelancet.com/lancet/article/s0140673620312903

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