Publié par Magali Marc le 4 juin 2020

Il est clair que la Chine communiste utilise ses investissements et ses projets d’infrastructure pour «infiltrer» des pays et s’introduire en douce à l’aide de projets de main-d’œuvre qui lui donnent la possibilité d’accéder à des technologies de pointe. Même avant la pandémie du virus de Wuhan, les États-Unis demandaient à leurs alliés, dont Israël, de mettre fin à leurs liens avec la Chine dans les domaines présentant des risques pour la sécurité. Historiquement, ces demandes américaines ne sont pas venues uniquement de l’Administration Trump.

J’ai déjà traduit un article qui traitait de ce sujet: https://www.dreuz.info/2020/05/23/les-americains-sinquietent-de-la-cooperation-disrael-avec-la-chine-dans-des-domaines-sensibles/ .
Pour les lecteurs de Dreuz, j’ai traduit l’article de Douglas J. Feith, paru dans le Jerusalem Post, le 1er juin.

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Le facteur chinois dans les relations américano-israéliennes

Au fil des ans, les désaccords concernant la Chine ont créé des tensions dans les relations entre les États-Unis et Israël.

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Pour l’instant, ce sont des irritants, mais s’ils sont mal gérés, ils pourraient sérieusement entraver la coopération stratégique. Il existe des moyens de limiter le risque, mais les responsables israéliens et américains vont devoir s’y mettre.

Les relations des États-Unis avec la Chine – et donc les relations de la Chine avec le monde – sont entrées dans une nouvelle ère en 2017, lorsque l’Administration Trump est arrivée au pouvoir. Les États-Unis ont intensifié leur opposition, commencée timidement pendant les années Obama, aux actions hostiles de la Chine dans les domaines militaire, diplomatique et économique. Dans cet effort, Washington a obtenu le soutien, à des degrés divers, d’alliés étrangers.

Israël demeure naturellement concentré sur l’Iran et d’autres préoccupations stratégiques régionales.

Mais si Israël ne parvient pas à se positionner correctement face au nouveau grand défi stratégique mondial, cela pourrait nuire gravement à son économie.

Si les différends actuels entre les États-Unis et Israël au sujet de la Chine portent sur des échanges et des investissements non militaires, les deux premiers affrontements de ce type concernaient des contrats militaires.

  • 1. À la fin des années 1990 (présidence de Bill Clinton), les responsables de la défense américaine se sont opposés au projet israélien de vendre à la Chine un système de radar destiné à la gestion des combats aériens. Baptisé Phalcon, ce système était une version israélienne de l’AWACS (système aéroporté d’alerte et de contrôle) de l’armée de l’air américaine. Israël a cédé aux pressions américaines, a annulé la vente, a remboursé près de 200 millions de dollars et a versé au gouvernement chinois plus de 150 millions de dollars en dommages et intérêts.
  • 2. Le second affrontement s’est produit sous l’Administration de George W. Bush et a impliqué divers éléments de défense, dont le missile anti-radar Harpy d’Israël. Le problème, qui concernait en grande partie la transparence et les possibilités de consultation préalable sur les opérations de défense israélo-chinoises, a eu des conséquences de grande envergure. Tout d’abord, en 2005, Israël a mis fin à son commerce de défense avec la Chine. De plus, le directeur général du ministère de la défense israélien a été licencié pour avoir perdu la confiance des responsables de la défense américaine, la Knesset a promulgué une nouvelle législation sur le contrôle des exportations et Israël a conclu un accord de partage d’informations avec le Pentagone.

Ces actions n’ont pas seulement limité les dégâts. Elles ont permis de résoudre des problèmes de politique et de communication, de clarifier les choses et de jeter les bases d’une coopération bilatérale plus étroite en matière de défense pour l’avenir.

Le conflit aurait pu faire de graves dégâts s’il n’avait pas été géré de manière discrète et constructive des deux côtés par des fonctionnaires qui appréciaient les relations entre les États-Unis et Israël.

Pourtant, même sans ventes militaires, les relations économiques d’Israël avec la Chine se sont développées au point que la Chine est maintenant le deuxième partenaire commercial d’Israël, après les États-Unis.

En 2018, selon l’Institut israélien des exportations, la Chine a importé pour plus de 4,6 milliards de dollars de marchandises israéliennes et a exporté vers Israël plus de 10,9 milliards de dollars de marchandises chinoises. Ces chiffres sont en forte hausse par rapport à 1992, où les importations de marchandises chinoises ne s’élevaient qu’à 38,7 millions de dollars et les exportations à 12,8 millions de dollars.

Le commerce des services est également en hausse, mais les données sont plus sommaires. Comme nous le verrons, les investissements chinois en Israël ont également connu un boom ces dernières années.

Les relations entre les États-Unis et Israël sont désormais fortes et remarquablement harmonieuses, mais la Chine est redevenue un problème.

Il s’agit de liens sino-israéliens qui sont commerciaux et non strictement militaires. La question de savoir comment les États-Unis et leurs alliés devraient réglementer les relations commerciales avec la Chine à des fins de sécurité nationale est une question qui pose de difficiles défis intellectuels.

Les relations sino-américaines avant l’arrivée de Xi Jinping

L’ordre mondial n’a jamais été remis en question par une puissance montante aussi puissante qui joue un rôle aussi important dans l’économie mondiale.

Les responsables américains n’ont généralement pas – jusqu’à récemment – considéré les affaires non militaires avec la Chine comme un problème stratégique.

Pendant quarante ans et plus après la célèbre rencontre de Nixon-Mao en 1972, les États-Unis ont soutenu la croissance économique de la Chine, en aidant son développement technologique et son entrée dans l’Organisation mondiale du commerce. De telles politiques, pensaient les responsables américains, favoriseraient la libéralisation chinoise, ce qui, à terme, rendrait la Chine moins répressive sur son territoire et moins menaçante à l’étranger. L’espoir était que la Chine et les pays démocratiques du monde convergent.

Le président Xi Jinping, cependant, a complètement démoli ces belles théories de libéralisation et de convergence.

Comment Xi Jinping a changé la donne

Sous la direction de Xi Jinping, qui a débuté en 2013, le Parti communiste chinois (PCC) n’a pas cherché à obtenir une croissance économique par le biais de la libéralisation. Au lieu de cela, il s’est appuyé sur un plus grand soutien de l’État et sur l’utilisation de la technologie, tout en augmentant la répression interne et en adoptant des lignes de conduite agressives envers les pays voisins, les États-Unis et d’autres pays.

Les responsables chinois cherchent à obtenir une prédominance militaire – au minimum en Asie – afin de mettre fin au rôle militaire des États-Unis dans le maintien de l’ordre international.

Parmi les mesures prises pour accroître et affirmer la puissance stratégique de la Chine figurent l’initiative «Belt and Road» (IRB) (NdT: Nouvelle route de la soie en français) et la poursuite sans relâche du transfert de technologies des pays innovants vers la Chine.

L’IRB a fait de la Chine le financier, le constructeur, le propriétaire et/ou l’exploitant d’aéroports, de ports maritimes, d’entrepôts, d’autoroutes et d’autres projets d’infrastructure qui relient la Chine à travers l’océan Indien et l’Asie centrale vers l’Afrique, l’Europe, les Amériques et au-delà.

Grâce à cette initiative, les responsables chinois augmentent leur puissance économique, leur savoir-faire technologique, leur influence politique et leurs capacités de renseignement et militaires.

Les entreprises chinoises en Israël

En Israël, des entreprises chinoises ont été (ou sont maintenant) responsables de l’expansion du port d’Ashdod et de la construction de systèmes de transport importants, notamment le système de métro léger de Tel Aviv et les tunnels du Carmel.

Une société chinoise a un contrat exclusif pour exploiter une nouvelle installation de conteneurs dans le port de Haïfa pendant vingt-cinq ans, à partir de 2021.

Et, si une ligne de chemin de fer d’Eilat à Ashdod obtient l’approbation du gouvernement israélien, une société chinoise est prête à la construire.

En attendant, les entreprises chinoises sont également actives en Israël en tant qu’investisseurs commerciaux.

En 2017, leurs investissements dans la haute technologie israélienne s’élevaient à environ 600 millions de dollars, une augmentation impressionnante par rapport aux 232 millions de dollars de 2013.

La Chine a besoin de technologies étrangères pour réaliser ses ambitions stratégiques ; certaines sont acquises de manière légitime, d’autres sont subtilisées.

Les fonctionnaires chinois et les employés des entreprises chinoises sont devenus célèbres pour avoir détourné la propriété intellectuelle par le biais de la rétro-ingénierie**, de pressions excessives pour le transfert de technologies et de vols purs et simples.

Ce qui est en jeu, c’est plus que des droits de propriété privée. La technologie en question, même si elle n’est pas spécifiquement militaire, peut jouer un rôle important en matière de sécurité nationale.

Le contrôle du PCC sur les «entreprises privées» chinoises

La Chine utilise la haute technologie pour la surveillance, la répression politique intérieure et la sécurité nationale à l’étranger. Si elle acquiert une technologie de premier ordre, la Chine peut l’appliquer et la vendre dans le monde entier, ce qui rend les autres pays vulnérables aux perturbations, aux interférences et à la surveillance des autorités chinoises.

La vente de technologies de surveillance à des étrangers est un moyen pour la Chine d’exporter sa propre marque d’autoritarisme.

La Chine transfère des technologies liées à la sécurité à des partenaires militaires du monde entier, dont l’Iran, ennemi d’Israël et des États-Unis.

Les responsables militaires et de la sécurité intérieure chinois exploitent systématiquement les technologies détenues par les entreprises commerciales chinoises, même celles qui sont privées.

En 2017, Xi lui-même a annoncé la création d’une commission du gouvernement chinois afin de promouvoir une «fusion militaro-civile», une politique visant à garantir que les autorités militaires ont accès à toutes les technologies exploitables acquises par les entreprises chinoises.

Les conséquences pour Israël

Bien qu’Israël soit un petit pays, il occupe une place importante dans la vision du commerce extérieur et des investissements de la Chine, car les entreprises israéliennes sont très douées pour créer, appliquer et vendre des technologies.

Les Israéliens ont toujours été désireux d’accueillir les Chinois en tant que clients et investisseurs, mais il y a des inconvénients à le faire.

  • 1. Tout d’abord, il y a le risque de vol de la technologie israélienne et la possibilité pour les entreprises chinoises de l’utiliser pour concurrencer l’entreprise d’origine israélienne.
  • 2. Deuxièmement, la Chine pourrait transférer la technologie ou d’autres informations aux ennemis d’Israël en Iran ou ailleurs.
  • 3. Troisièmement, il y a le risque moral (et de relations publiques) qu’Israël soit impliqué dans l’oppression de Chinois accusés de s’opposer au PCC.
  • 4. Et enfin, il y a la possibilité que la Chine exploite la technologie israélienne de manière à mettre en danger les forces armées américaines ou d’autres intérêts américains importants, mettant ainsi en péril l’ensemble des relations entre les États-Unis et Israël.

Ce sont là des dangers auxquels les responsables américains sont de plus en plus attentifs.

Afin de sauvegarder la relation avec les États-Unis, les responsables israéliens devront faire preuve d’une sensibilité similaire.

Les responsables américains ont exprimé leur malaise face aux activités économiques de la Chine en Israël.

Des articles de presse ont souligné la désapprobation des États-Unis quant au rôle que les entreprises chinoises vont jouer dans les opérations du port de Haïfa et dans la construction d’une grande usine de dessalement à Nahal Sorek (NdT: le 27 mai 2020, Israël a octroyé le contrat à un consortium local mené par la firme IDE et la banque Leumi ).

Les responsables américains ont également mis en garde leurs homologues israéliens contre l’autorisation de transferts vers la Chine de savoir-faire de fabrication, de capacités de surveillance et d’autres technologies israéliennes.

Les responsables israéliens ont pris ces préoccupations au sérieux, mais pas autant que les Américains, qui s’inquiètent à propos de la Chine, le souhaiteraient.

À l’instigation de Washington, le gouvernement israélien a récemment créé un comité inter-agences pour examiner les investissements étrangers.

Les États-Unis en ont un depuis les années 1970, mais pas Israël.

Les critiques du contrat du port chinois de Haïfa ont déclaré que si un comité d’examen israélien avait existé lorsque le contrat a été envisagé pour la première fois, il aurait pu signaler les dangers pour la sécurité nationale.

Israël a maintenant un tel comité, mais sa compétence est limitée et ne s’étendra pas à tous les investissements de haute technologie pertinents. La limitation a été conçue pour éviter d’offenser la Chine, et a donc plutôt contrarié les responsables américains.

Certaines idées anciennes doivent céder le pas à de nouvelles idées.

Par exemple, la Chine ne se libéralise pas et ne converge pas avec l’Occident, mais travaille vigoureusement à contester les intérêts vitaux des États-Unis dans le monde.

Les technologies commerciales ne sont pas sans rapport avec les préoccupations de sécurité nationale simplement parce qu’elles ne sont pas à «double usage» militaire et civil. Les métadonnées sur de larges populations, même civiles, sont une préoccupation de sécurité nationale, tout comme les technologies de surveillance et les logiciels et matériels de communication commerciaux.

Israël et les États-Unis pourraient protéger leur relation stratégique en travaillant ensemble sur une évaluation commune de la menace concernant la Chine.

Avec de nombreux ennemis dans leur voisinage immédiat, les Israéliens n’ont jamais considéré la Chine comme un problème de sécurité nationale.
Mais le monde est en train de changer. Cela ne signifie pas que la Chine doit être classée comme un ennemi. Cela ne signifie pas non plus que tout commerce avec la Chine doit cesser, que ce soit pour Israël ou pour les États-Unis. Cela signifie que les deux pays doivent voir la Chine clairement, à la lumière des ambitions, de la stratégie et des actions de Xi.

Les Israéliens, quel que soit le degré auquel ils sont prêts à considérer les Chinois comme un danger direct pour leurs intérêts, devraient comprendre comment les responsables américains de la sécurité nationale perçoivent la Chine – et comment les enchevêtrements entre Israël et la Chine affecteront les relations stratégiques entre Israël et les États-Unis.

Il serait utile que les institutions israéliennes – les ministères des affaires étrangères et de la défense, par exemple, et le bureau du Premier ministre, la Knesset, les groupes industriels, les journalistes et les universitaires – invitent les Américains concernés (officiels et privés) à tenir des discussions.

Les forums officiels américano-israéliens existants – tels que le groupe politico-militaire conjoint, coprésidé par des fonctionnaires du département d’État et du ministère des affaires étrangères, et le groupe consultatif sur la politique de défense, coprésidé par des fonctionnaires de la défense des États-Unis et d’Israël – pourraient régulièrement aborder le sujet.

Plus généralement, ils pourraient échanger des idées sur la meilleure façon de réglementer le commerce et les investissements étrangers afin de protéger les infrastructures et les industries essentielles et, d’une manière générale, de préserver la sécurité nationale.

Les préoccupations en matière de sécurité nationale concernant la Chine se multiplient dans l’ensemble de l’échiquier politique américain.

En cette époque d’extrême polarisation politique, ces préoccupations sont un rare exemple d’un consensus généralisé, à gauche comme à droite.

À mesure que les liens économiques d’Israël avec la Chine s’intensifieront, ils feront l’objet d’un examen de plus en plus désapprobateur de la part des responsables américains, quel que soit le vainqueur de la course à la présidence de 2020.

Le président américain Donald Trump, comme les Républicains en général, est fortement pro-Israël au motif qu’Israël est un allié précieux et digne de confiance des États-Unis.

Les hauts fonctionnaires de l’Administration Trump ont néanmoins (ou, peut-être, pour cette même raison) exprimé publiquement leurs inquiétudes quant aux liens d’Israël avec la Chine.

Le candidat démocrate à la présidence Joe Biden a une longue histoire d’amitié pour Israël, mais il a critiqué de nombreuses politiques pro-israéliennes de Trump.

Dans les sondages, les Démocrates montrent généralement moins de soutien pour Israël que les Républicains, et il y a un segment organisé du Parti Démocrate qui est franchement hostile et qui souhaite que les États-Unis prennent leurs distances avec Israël.

Si Biden devient président, on peut s’attendre à ce que les fonctionnaires ayant des vues anti-israéliennes citent les liens d’Israël avec la Chine comme motif pour douter de la fiabilité d’Israël en tant que partenaire américain.

En tout état de cause, les partisans de l’alliance stratégique américano-israélienne, des deux côtés, ont intérêt à aborder la question de la Chine.

Les responsables israéliens pourraient mieux étudier la façon dont les responsables américains envisagent la Chine, et les responsables américains pourraient mieux communiquer leur façon de penser.

* Douglas J. Feith est senior fellow à l’Institut Hudson et a été sous-secrétaire à la défense sous le président américain George W. Bush de juillet 2001 à août 2005.

** La rétro-ingénierie, ou ingénierie inversée, est l’activité qui consiste à étudier un objet pour en déterminer le fonctionnement interne ou la méthode de fabrication dans le but de se l’approprier.

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Source : https://www.jpost.com/opinion/the-china-factor-in-us-israeli-relations-629964

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