Publié par Abbé Alain Arbez le 6 juin 2020

Beaucoup de gens ressentent la Trinité comme une sorte d’énigme arithmétique étrange qui serait venue se nicher au cœur de la théologie…

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Pourtant, parler du Dieu un et trine (tri-unité) ne consiste pas à parler de trois dieux ou de trois individus en Dieu, comme on l’a imaginé parfois (c’est l’hérésie du tri-théisme). Car le christianisme est foncièrement monothéiste, il hérite pleinement du Dieu unique de la révélation hébraïque qui rayonne au centre même de son credo. Cette appellation trinitaire veut simplement résumer le fait que Dieu est relation d’amour, Esprit de communion. Mais c’est surtout l’affirmation forte d’un lien de cohérence totale entre le Père, créateur invisible porteur du projet de vie en ce monde, et le Fils, visage humain de l’amour divin en la personne de Jésus. Avant qu’on utilise l’expression « trois personnes » qui peut prêter à confusion, l’Eglise primitive parlait de trois « hypostases » au cœur du Dieu Unique. 

C’est dans l’évangile de Matthieu – et lui seul – qu’on trouve cette curieuse phrase : « allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ». L’évangéliste – qui écrit dans la 2nde partie du 1er siècle – met donc dans la bouche du Ressuscité une formule trinitaire, une façon de s’exprimer que le Jésus historique n’a évidemment jamais prononcée au cours de sa vie terrestre. Car ici, c’est le Christ vivant par-delà sa mort, le Christ de la foi d’après Pâques qui exprime l’envoi universel en mission, de façon très théologique. On peut dire que cette formule pascale reflète essentiellement le credo des premières communautés qui, après la résurrection, baptisent d’abord au nom de Jésus, puis au nom du Dieu trois fois saint : Père, Fils et Esprit. Dieu a envoyé son Verbe, et le ressuscité envoie les disciples pour annoncer l’amour.

Cette formulation est en fait l’aboutissement d’un processus de proclamation de foi élaboré qui s’alimente directement à la parole biblique. Notre credo, il est vrai, ne parle pas de « trinité », mais il évoque clairement le Père, le Fils et l’Esprit comme l’unité d’un seul Etre, ce qui suppose une relation trinitaire. Si nous parcourons l’Ecriture sainte, il apparaît que dans le Nouveau testament, il est question très souvent du Père, du Fils et de l’Esprit. Il est intéressant à ce sujet de relire les formulations successives des conciles, qui ont surtout voulu répondre à un grave défi face aux attaques des sectes gnostiques. On parle beaucoup, ces dernières années, de l’évangile de Judas et des apocryphes. Il faut savoir que ces pseudo-évangiles, un peu comme des virus, menaçaient l’intégrité de la vraie foi, et que le seul anticorps était une formulation dogmatique protectrice, dans le but de préserver l’essentiel par un noyau dur inattaquable et pérenne. Mais le paradoxe de la situation qui en a résulté, c’est qu’il a fallu utiliser  – dès le 2ème siècle – des concepts grecs… pour défendre des convictions de foi hébraïques!

Cela traduit bien la réelle difficulté du langage humain pour évoquer le mystère de Dieu sans faire de la mythologie. Dans la peinture du Moyen Age, on a quelquefois représenté la trinité sous la forme d’une seule tête à trois visages, qui a finalement été interdite par l’autorité ecclésiale, en raison de son ambiguïté. Le reproche a d’ailleurs fréquemment été fait aux chrétiens qu’ils auraient abandonné le monothéisme des origines, en raison d’expressions culturelles ou iconographiques douteuses. Or, il est bien évident que le christianisme est une foi strictement monothéiste, comme le judaïsme, dont il est issu. On n’imagine pas un instant Jésus, fin connaisseur de la bible hébraïque annoncer trois divinités, dont lui-même serait l’une d’entre elles! Jésus ne s’est d’ailleurs jamais mis en avant comme individu, il a toujours proclamé le règne du Père et l’effusion imminente de l’Esprit. « Ma parole n’est pas de moi, elle provient du Père qui m’a envoyé… » (Ev. de Jean)

Soyons plus précis : la toute première tradition chrétienne au 1er siècle n’a pas enseigné que Jésus était un Dieu à la manière des héros grecs du paganisme. Elle a affirmé en revanche que Dieu était parfaitement incarné dans la personne historique de Jésus, lui-même récapitulant la tradition hébraïque, et que l’Esprit actualisait maintenant sa présence par la diffusion de son message dans le monde.

Dans la bible hébraïque, où les premières communautés judéo-chrétiennes ont puisé toutes leurs expressions de foi fondamentale, on trouve constamment le terme Adonaï Elohim, pour parler de Dieu, un Dieu qui est aussi appelé Père de son peuple et Père de chaque être humain. Deuxième manière (encore biblique) de parler de Dieu, Davar Elohim, Parole de Dieu, soit dans la création, soit dans la communication aux prophètes d’un message vital pour l’humanité. Troisièmement, on trouvera dans l’Ecriture le mot Ruah Elohim, l’esprit de Dieu, qui agit dans les membres du peuple élu, mais qui agit aussi chez des incroyants bien inspirés comme le roi Cyrus, modèle de « messie » libérateur, et pourtant pas juif.

Dans l’ancien testament, apparaissent donc déjà: Dieu Père de son peuple, la Parole de Dieu issue de lui, et l’Esprit de Dieu artisan de relations. Cela ne fait pas pour autant trois dieux: Dieu est unique!

Ces trois expressions du Dieu unique dans la bible hébraïque, le nouveau testament les reprend et les juxtapose. Dieu est appelé abba, Père, comme le faisait Jésus et certains pharisiens. Jésus, qui se désignait lui-même essentiellement comme Fils de l’Homme, est reconnu comme Verbe de Dieu et Expression humaine de Dieu par les disciples de l’après résurrection. Et l’Esprit – qui transforme le monde de l’intérieur – va être perçu comme l’intelligence de l’amour, dans la conscience des croyants. Un Esprit qui rend contemporains du Christ et de sa passion tous ceux et celles qui – par delà les époques, reconnaissent en lui le parfait Fils de Dieu. Nous voyons que la question de la trinité, plus qu’une nouvelle définition de Dieu, est avant tout un enjeu christologique, une interprétation du projet de Dieu sur terre. Il s’agit de situer l’identité et la fonction salvatrice du Christ. « Celui-ci est mon Fils bien aimé, écoutez-le ! »

L’évangile de Matthieu est le seul à mettre en relief cet aspect et à le faire de cette façon aussi explicite. Surtout, et c’est fondamental : il associe : la formule trinitaire, le baptême et l’envoi en mission. Cela nous rappelle que les chrétiens poursuivent l’œuvre entreprise par Jésus et ses apôtres. Même en tant qu’apôtres, chargés de mission pour la Bonne Nouvelle, ils sont encore disciples, ils ont encore à apprendre. Tous, comme disciples, nous avons chaque jour quelque chose à apprendre de l’Esprit, dans la relation avec le Christ qui reflète le visage du Père parmi nous, et dans le discernement des événements du monde. 

 Pensons-y en faisant le signe de la croix: au nom du Père, sur le front, siège de la pensée: Dieu est créateur, unique intelligence supérieure pour tout ce qui existe. Au nom du Fils, sur la poitrine: lieu de la chair et de la naissance; Jésus a pris chair d’une femme nommée Marie, au sein du peuple juif, Dieu s’est incarné historiquement. 

Au nom du St Esprit: sur les épaules, lieu de la force active, lieu de ce que l’on supporte. Dieu est agissant dans notre humanité, et l’esprit d’amour permet la communion des cœurs. Que ce geste trinitaire, (le signe de la croix), nous aide à chaque instant à être réceptifs à l’Esprit, créateur d’humanité en nous, lui qui nous rend capables d’être fils et filles de Dieu en Jésus Christ, et qui nous permet ainsi de rendre gloire au Père par toute notre vie… 

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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