Publié par Magali Marc le 20 juin 2020

Le premier ministre Justin Trudeau a perdu la face à l’ONU, mercredi (le 17 juin) alors que la campagne du Canada pour obtenir un siège au Conseil de sécurité s’est soldée par une douche froide. La Norvège et l’Irlande ont remporté chacune un siège dès le premier tour, remportant 130 et 128 voix, contre 108 pour le Canada, afin de représenter le groupe « Europe de l’Ouest et autres » au Conseil de sécurité des Nations unies. D’après Bianca Mugyenyi, coordonnatrice de l’Institut canadien de politique étrangère, le Canada doit sa défaite à « son militarisme, à son appui à des compagnies minières controversées, à son indifférence envers les traités internationaux, à ses positions antipalestiniennes et à ses politiques climatiques ».

Pour les lecteurs de Dreuz, j’ai traduit les articles de Lorrie Goldstein et de Lorne Gunter parus dans le Toronto Sun, le 18 juin.

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C’est l’échec de Justin Trudeau, pas celui du Canada

(article de Lorrie Goldstein)

L’échec du Canada à obtenir un siège temporaire au Conseil de sécurité des Nations unies est une humiliation personnelle pour le Premier ministre Justin Trudeau, qui pensait réussir là où l’ancien Premier ministre Stephen Harper avait échoué.

M. Trudeau qui convoitait cette nomination, l’a en fait perdue à partir du moment où il a été élu premier ministre le 19 octobre 2015.

Bien qu’il n’ait annoncé la candidature du Canada qu’en février 2016, M. Trudeau a clairement indiqué, le soir des élections, qu’il souhaitait que le Canada, et lui-même, aient une plus grande visibilité dans le monde, saisissant l’occasion de marquer des points face aux Conservateurs de Stephen Harper qui venaient de perdre le pouvoir.

« Je veux dire ceci aux amis de ce pays dans le monde entier », a proclamé M. Trudeau dans son discours de victoire. « Beaucoup d’entre vous s’inquiètent de ce que le Canada ait perdu sa voix compatissante et constructive dans le monde au cours des dix dernières années. J’ai un message simple pour vous au nom de 35 millions de Canadiens – nous sommes de retour ».

Sauf que ça n’est pas ce qui s’est produit sur la scène internationale pour M. Trudeau qui voulait tant que le Canada soit membre du Conseil de sécurité.

Il n’y a pas d’erreur possible.

M. Trudeau a misé sur sa réputation politique, sur un énorme capital politique et sur des millions de dollars provenant de nos impôts afin de mener une campagne qui a notamment permis de flatter les pires dictateurs du monde, lesquels figurent parmi les 193 pays membres de l’ONU qui ont rejeté la candidature du Canada.

Ce n’était pas censé se terminer de cette façon.

Le plan de M. Trudeau était de réussir en 2020 là où M. Harper avait échoué en 2010, lorsque le Canada n’a pas réussi à obtenir un siège au Conseil de sécurité face à l’Allemagne et au Portugal.

Cette défaite a généralement été considérée comme étant due au soutien de Stephen Harper à Israël, à son scepticisme concernant la tarification du carbone et à la réduction de l’aide étrangère canadienne pour certains pays africains.

Avant de lancer officiellement la candidature du Canada au Conseil de sécurité, M. Trudeau a dirigé une importante délégation canadienne lors des négociations qui ont abouti à l’Accord de Paris sur le climat en décembre 2015. Il a signé le traité, alors que M. Harper avait retiré le Canada de l’Accord de Kyoto en 2011.

Lorsque M. Trudeau a finalement lancé sa candidature pour un siège au Conseil de sécurité en février 2016, lors d’une visite du secrétaire général des Nations unies de l’époque, Ban Ki-moon, à Ottawa, il s’est engagé à «revitaliser» le rôle du Canada dans les opérations de maintien de la paix des Nations unies et à en faire un promoteur de la paix et de la sécurité, tout en proclamant le soutien du Canada aux droits de l’homme, à l’égalité des sexes et à la diversité.

Au début, il semblait que M. Trudeau pouvait gagner le siège du Conseil de sécurité principalement grâce à son charme.

À l’époque, il était salué dans le monde entier comme un nouvel arrivant sur la scène internationale, frais et progressiste à l’inverse de l’impressionnant Donald Trump, qui allait bientôt devenir président des États-Unis.

Se décrivant lui-même comme un «féministe», M. Trudeau était acclamé par les foules partout dans le monde, bénéficiant d’une couverture médiatique nationale et internationale extrêmement positive au cours de l’une des plus longues périodes de « lune de miel» dont un premier ministre canadien ait jamais bénéficié.

Puis, durant ces quatre dernières années, la situation a commencé à se dégrader concernant sa candidature à un siège au Conseil de sécurité.

M. Trudeau a été critiqué pour ne pas avoir annulé une entente de vente d’armes au Saoudiens de 11,3 milliards de dollars qui avait été approuvée par le gouvernement Harper.

Lors des élections, l’an dernier, M. Trudeau est passé d’un gouvernement majoritaire à un gouvernement minoritaire. Il a été révélé pendant la campagne qu’il avait posé à plusieurs reprises pour des photos sur lesquelles il avait peint son visage en noir, notamment lorsqu’il était enseignant, à l’âge de 29 ans.

M. Trudeau s’est excusé, mais l’image internationale de quelqu’un qui s’était vanté de son engagement en faveur de l’égalité raciale était ternie.

Sa tournée en Europe et dans les Caraïbes en février de cette année, destinée à susciter un soutien à sa candidature au Conseil de sécurité, a été interrompue en raison des blocages des chemins de fer nationaux au Canada par des manifestants opposés à l’installation de nouveaux pipelines.

Son retour tardif au pays pour faire face à cette crise a incité les critiques à l’accuser de se soucier davantage de gagner un siège au Conseil de sécurité pour satisfaire son ego, que des dommages économiques causés par les blocages.

Tandis que que cette crise prenait fin, le Canada était confronté à la pandémie du virus de Wuhan, confinant M. Trudeau à Ottawa.

Malgré les promesses initiales de M. Trudeau de s’impliquer davantage auprès des Nations unies, la Norvège et l’Irlande comptaient plus de militaires au sein de la Force de maintien de la paix de l’ONU que le Canada, ces deux pays consacrant aussi une part plus importante de leur budget annuel à l’aide étrangère.

Dans les derniers jours qui ont précédé le vote à l’ONU, M. Trudeau, par l’intermédiaire de l’ambassadeur du Canada à l’ONU, Marc-André Blanchard, et d’autres responsables, a fait pression en vain sur les ambassadeurs de l’ONU afin de contrecarrer deux campagnes internationales exhortant les membres de l’ONU à ne pas voter pour le Canada, arguant qu’il était trop pro-israélien et qu’il n’avait pas fait assez pour lutter contre le changement climatique.

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Le siège au Conseil de sécurité était une question d’image pour les Libéraux obsédés par le symbolisme

(article de Lorne Gunter)

Lorsque les conservateurs de Stephen Harper n’ont pas réussi à obtenir un siège temporaire de deux ans au Conseil de sécurité en 2010, les Libéraux et leurs partisans dans les médias ont fait une crise de nerf.

Ils ont estimé que c’était le mépris du gouvernement Harper pour les organisations internationales et l’engagement plutôt tiède des Conservateurs envers le changement climatique qui leur valaient cette répudiation.

Ils ont prétendu que les Conservateurs ne croyaient pas que notre pays devait se présenter comme étant un «honnête négociateur» sur la scène internationale.

M. Harper, ont-ils dit, était trop concentré sur les questions intérieures, trop proche d’Israël et pas assez respectueux du maintien de la paix et des diplomates professionnels.

L’échec du Canada en 2010 était le résultat de l’«abandon» par le Premier ministre Harper des obligations internationales de notre pays.

Ils appelèrent ça un «un fiasco», un «profond embarras», « un jour sombre dans les annales de la politique étrangère du Canada » et la preuve que le monde était furieux de la « négligence du Canada dans son rôle de puissance moyenne qui joue dans la cour des grands ».

Le matin suivant l’élection de 2015, Justin Trudeau a déclaré au monde « le Canada est de retour, et nous sommes là pour aider ».

Trois semaines plus tard, le nouveau Premier ministre a visité le bâtiment Lester B. Pearson, le siège du Ministère des affaires étrangères. Là, les fonctionnaires soi-disant impartiaux se sont alignés dans le hall et ont salué M. Trudeau comme s’il était une rock star et qu’eux étaient des gamines de 13 ans.

M. Trudeau a emmené la plus grande délégation officielle de tous les pays aux négociations sur le climat à Paris en décembre 2015. Puis, quelques semaines plus tard, il a annoncé que le Canada ferait tout son possible pour obtenir un siège au Conseil de sécurité en 2020.

M. Harper n’avait pas fait beaucoup d’efforts pour obtenir une place au sein du «SecCon» (Security Council). Il ne pensait pas que l’ONU a beaucoup d’importance (Elle n’en a pas).

M. Trudeau, en revanche, a tout mis en œuvre lors de sa campagne pour obtenir un siège – tout sauf ce qui comptait, en fait. Il a participé à des conférences internationales, a organisé des tournées de charme dans des capitales étrangères pour obtenir plus de votes.

Au cours des trois mois qui ont suivi le déclenchement de la pandémie, il a téléphoné ou parlé en vidéoconférence à plus de 40 dirigeants internationaux pour leur demander de voter pour le Canada.

Ce mardi (le 16 juin, la veille du vote), l’emploi du temps de M. Trudeau montre qu’il a appelé une douzaine de présidents et de premiers ministres.

Il est difficile de comprendre l’obsession des Libéraux pour siéger au Conseil de sécurité.

Le Canada n’y serait que pour deux ans. Il ne pourrait pas passer outre les vetos des cinq membres permanents. En outre, le SecCon a ignoré ou complètement bâclé la réaction à la plupart des menaces de ces deux dernières décennies – le Rwanda, le Koweït, Srebrenica, le Kosovo, l’Afghanistan, l’Iran, le Congo, Gaza, la Syrie, ISIS.

Cependant, pour les Libéraux obsédés par le symbolisme, une place au Conseil de sécurité aurait été plus prestigieuse que vraiment utile en tant que plate-forme pour faire le bien sur la scène internationale.

Cela aurait été une justification de leur image mentale selon laquelle le Canada devient une superpuissance morale lorsqu’ils sont au pouvoir.

Ils ont donc fait de la lèche à la Chine et à l’OMS. Ils ont fait de la lèche aux fans de Greta.

Ils ont bloqué des projets d’oléoducs, interdit des pétroliers et ont pratiquement arrêté le développement futur des sables bitumineux et des pipelines. Ils ont réprimandé l’Administration Trump pour s’être retirée de l’accord de Paris sur le climat et de l’OMS.

Et ils ont mis Israël de côté et encouragé les Falestiniens pour obtenir le soutien des pays musulmans.

Mais là où ça compte – l’aide étrangère, la diplomatie et le maintien de la paix – les Libéraux ont fait beaucoup moins que les Conservateurs qu’ils ont si durement critiqués.

Le moins grand nombre de soldats de la paix que le gouvernement Harper ait jamais eu sur le terrain était de 88. Les Libéraux de Justin Trudeau n’en ont actuellement que 35 – le plus faible total jamais atteint au Canada.
Notre corps diplomatique professionnel – la foule en liesse qui a accueilli M. Trudeau dans l’édifice Pearson – a continué de se réduire.

Et les Libéraux consacrent sensiblement moins de dépenses que les Conservateurs aux projets d’aide à l’étranger.

Je ne devrais pas me réjouir autant de voir mon pays perdre ce vote, mais vu l’arrogance des libéraux, il m’est difficile de ne pas le faire.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Traduction de Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

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