Publié par Ftouh Souhail le 6 juillet 2020

La rareté de l’eau est un élément essentiel dans les régions arides du Proche-Orient. A cause des barrages turcs sur le bassin Tigre-Euphrate, deux pays connaissement actuellement une pénurie grave d’eau et la salinisation des terres, à savoir l’Irak et la Syrie.

L’État turc poursuit sa politique en utilisant le fleuve Euphrate comme une arme contre les habitants du nord et de l’est de la Syrie, ainsi qu’en réduisant les heures de production d’électricité dans ce pays et en menaçant aussi la production agricole sur les rives du fleuve.

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La Turquie empêche aussi en Irak l’écoulement normal du Tigre et de l’Euphrate à cause des barrages turcs qui diminuent le quota de l’eau sans coordination avec Bagdad.

L’Etat turc utilise les deux fleuves comme une arme contre les deux peuples irakiens et les syriens.

Pourtant un accord précédent avec l’Irak stipule que la Turquie doit pomper l’eau à la hauteur de 500 mètres cubes par seconde et que l’Irak obtient 60% sur cette quantité.

La proportion d’eau entrant dans le territoire syrien est estimée seulement à 200 mètres cubes par seconde, pourtant un accord de 1987 conclu entre le gouvernement syrien et l’État turc prévoit que la Syrie obtient un quota de 500 mètres cubes par seconde, selon cet accord international.

Cette diminution se répercute négativement sur la production locale de terres agricoles. L’Euphrate a connu le taux de déclin le plus important depuis le début de la crise syrienne, qui s’élève à 80% dans le nord et l’est de la Syrie, affectant principalement l’agriculture irriguée.

Les habitants sur la rive de l’Euphrate dépendent aussi de la pêche, qui joue un rôle important dans les domaines économique et nutritionnel. Ainsi, le déclin du niveau de la rivière représente une menace pour les poissons et les menace d’extinction.

Le besoin de la région en eau pour générer le courant électrique en Irak et la Syrie est aussi affecté.

Le fait de ne pas pomper des quantités suffisantes vers l’Euphrate se reflète négativement sur le manque de courant électrique pour les peuples de la région et pour les stations d’irrigation qui ont besoin de bonnes quantités d’électricité pour les faire fonctionner. Certaines stations d’irrigation, sont hors service au milieu d’un été très chaud.

La quantité d’eau potable de bonne qualité disponible par personne et par an est de 3850 m3 en Turquie, mais seulement 1420 m3 en Syrie et
et 2110 m3 en Irak.

La Turquie, qui empêche l’écoulement normal du Tigre et de l’Euphrate, provoque aussi la dégradation à grande échelle des sols par salinisation en Irak et en Syrie.

La Turquie est rendue responsable de la baisse du niveau des eaux de l’Euphrate et du Tigre, en Syrie et en Irak mais aussi de la dégradation de la qualité des eaux fluviales, sources principales de leur eau d’irrigation. 

La Syrie et L’Irak se considèrent comme une victime de leur voisin turc qui pompe en masse leau, réduisant leur capacité hydrologique et surtout aggravent les problèmes de qualité de l’eau à consommer en raison de l’augmentation de la salinisation. Ankra a construit des barrages sur le Tigre et sur l’Euphrate, avec ses immenses projets de mise en valeur de l’Anatolie Orientale.

Cette politique de développement du Sud-Est anatolien a aussi pour résultat de nuire aux pays en aval, en particulier la Syrie qui se voit amputée d’une partie de l’eau de l’Euphrate. La Turquie rejette toute tentative de diviser l’eau sous prétexte que “c’est de l’eau turque”.

Un tel contexte est propice à accroître toutes les tensions entre les deux pays arabes et la Turquie. Le bassin du Tigre et de l’Euphrate est partagé entre la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. Les 4 pays ont des besoins légitimes et des vues sur les eaux des deux fleuves.

Il s’agit de fleuves internationaux, ce qui implique un partage de leur eau entre les différents pays qui sont en compétition pour l’accès aux ressources transnationales du bassin du Tigre et de l’Euphrate.

La tutelle turque totale sur le bassin mésopotamien 

Jusqu’au début du XXe siècle, l’Empire ottoman gérait l’ensemble du bassin du Tigre et de l’Euphrate, ce qui assurait une unité et permettait de régler les problèmes lorsqu’ils surgissaient. Après la Première Guerre mondiale, le Bassin du Tigre et de l’Euphrate s’est trouvé divisé par la création de nombreux États-nations et donc sa gestion aussi.

L’Etat le plus puissant dans le bassin du Tigre et de l’Euphrate est le pays d’amont. En effet, la Turquie possède actuellement le pouvoir sur la gestion de cette ressource en Syrie en l’Irak.

La Turquie considère que les deux cours d’eau ont leurs sources sur son territoire, donc ils lui appartiennent. La Turquie est le pays d’amont, alors que la Syrie et l’Irak sont les pays d’aval (1).

La Turquie considère les fleuves de l’Euphrate et du Tigre comme sa propriété, et l’approvisionnement en eau de la Syrie et de l’Irak comme une fonction de sa bonne volonté (2).

Les Syriens se souviennent des traitements infligés aux peuples de la région par Jamal Pacha, quand il était gouverneur ottoman de la Syrie et qui méprisait les Arabes et il a obligé certaines familles syriennes à abandonner leurs terres.

La Syrie revendique aussi le sandjak d’Alexandrette qui faisait partie du mandat syrien que la Société des Nations avait attribué à la France et que les turcs occupent aujourd’hui. En outre, Damas estime qu’il devait lui revenir en tant que partie intégrante du territoire syrien, mais la France l’a remis à la Turquie en 1939. Depuis, cette province est devenue la province du Hatay, qui intègre de grandes ressources d’eau aux mains des turcs.

Un autre point de friction dans cette province est le fleuve Oronte (Asi en turc), qui naît au Liban mais se termine justement en Turquie dans la région du Hatay. Ses eaux sont utilisées à 90 % par les Turcs.

La tutelle turque sur l’eau concerne aussi l’Irak, véhiculant des sentiments d’humiliation chez les Irakiens.

Les barrages de Güneydo_u Anadolu Projesi (GAP)(3) et celui d’Atatürk construit en 1991 sur l’Euphrate turc (9e du monde, construit par les Turcs sans aide extérieure) privent en eau les régions majoritairement kurdes de Kirkouk, Mossoul et Erbil .

En février 1991, la Turquie a pratiquement bloqué l’écoulement de l’Euphrate pour remplir le réservoir du barrage Atatürk, ce qui a provoqué une crise très grave aussi en Syrie.

Les turcs poursuivent la réalisation de projets à buts multiples dans le bassin mésopotamien pour l’électricité, l’irrigation, la prévention des inondations et le stockage sans aucune coopération avec les pays riverains (4).

La situation géographique de l’Irak lui donne une position d’ultra vulnérabilité puisqu’il est encerclé par des pays (Turquie, Syrie, Iran) capables de lui couper son approvisionnement en eau. C’est ainsi que la question de l’eau est dans la politique extérieure de Bagdad au coeur de tensions incessantes.

La Turquie a atteint des capacités de stockage énormes.

Le « Projet d’Anatolie du Sud-Est », lancé par la Turquie, en est un exemple marquant. Destiné à soutenir la croissance économique nationale mais aussi à asseoir la domination politique régionale du pays, il comprend la construction de 19 centrales électriques et de 22 barrages le long du Tigre et de l’Euphrate ! Tous les travaux n’ont pas été menés à terme mais la Turquie est en position de force, en contrôlant les sources et en refusant tout accord de répartition équitable des ressources.

Selon les calculs de divers auteurs, la capacité de stockage de la Turquie sur l’Euphrate est d’environ 90 milliards de m(elle n’utilise que 47,6 milliards de m3).

Les turcs ne cessent d’étendre leurs terres agricoles et augmenter leurs réserves d’eau au détriment des pays arabes voisins (d’où les barrages installés sur Tigre et de l’Euphrate) pour une population turque toujours plus nombreuse.

Le but inavoué est de chasser les populations kurdes de cette région où ils sont majoritaires au nord de la Syrie d’Irak de façon à supprimer tout risque de rébellion. D’une certaine manière, il s’agissait bien là d’une guerre de l’eau liée à des facteurs ethniques.

En exemple, le barrage d’Illisu sur le Tigre qui avait suscité une grande polémique en Turquie et dans la région, car il a submergé la ville ancienne d’Hasankeyf et ses monuments, qui constituent une partie du patrimoine historique et donc de la mémoire des Kurdes. Il a été en outre précédé par le déplacement de quelque 30000 personnes majoritairement kurdes.

La Turquie, ennemie de la question kurde, mène une politique des ressources en eau écartant une possible autonomie hydraulique d’un susceptible Kurdistan libre.

Le bassin du Tigre et de l’Euphrate a connu de nombreux conflits de ce type dans le passé et, sans aucun doute, ces conflits ont rendu toute solution dans la région très difficile à trouver (5). Plus d’un million de personnes sont mortes dans des guerres du bassin depuis 1918, et il n’y a aucun signe que ce chaos finisse un jour.

Le niveau d’eau du Tigre a fortement diminué en Irak. Le lit du fleuve diminue constamment.

La Turquie derrière la crise de l’eau majeure en Irak

Le manque d’eau déstabilise une partie de la Syrie et de l’Irak, qui sont en position de dépendance à la Turquie. 

Le Tigre et l’Euphrate, les deux principaux fleuves qui irriguent depuis des millénaires la Mésopotamie jusqu’au golfe arabo-persique, ont atteint leur niveau le plus bas.

Les eaux salées sont remontées dans le canal Chatt-el-Arab, à la confluence, rendant l’eau impropre à la consommation, anéantissant les poissons et le bétail, appauvrissant les cultures. Dans certaines zones, la salinité de l’eau a été vingt fois supérieure à la moyenne, faisant craindre un nouvel exode.

L’Irak aurait besoin de 50 milliards de mètres cubes d’eau par an pour satisfaire ses besoins agricoles, domestiques et industriels, contre 30 milliards aujourd’hui. Cette eau provient quasi-exclusivement des fleuves.

De nombreuses écoles sont obligées de fermer à cause du manque d’eau. L’agriculture, qui utilise 80 % de l’eau en Irak, est la première affectée. De nombreux agriculteurs fuient leurs terres pour rejoindre les bidonvilles. 

Les pénuries sont également alimentaires et une crise de faim majeure pourrait frappe plus de 60 millions de personnes. Des centaines de milliers d’enfants souffrent de retards de développement résultant à la malnutrition. 

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Ftouh Souhail pour Dreuz.info.

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(1) Outre le fait qu’elle est en amont, la Turquie contribue à la majorité de l’eau du bassin, ce qu’Ankara considère comme une source de droit. Ainsi, si la Turquie n’a que 28% du bassin de l’Euphrate, sa contribution au débit est de 88 ou 98,6% tandis que la Syrie en détenant 17 % de ce bassin ne contribue que pour 12 ou 1,4%. De son côté l’Irak, quoique représentant 40% du bassin, ne contribue en rien au débit de l’Euphrate.

Pour le Tigre, avec 12% du bassin versant, la Turquie contribue à 51% de son débit. La Syrie n’a qu’une infime partie (0,2%) du bassin et n’apporte donc pas d’eau au Tigre. Par contre l’Irak avec 54% du bassin fournit 39% de son débit.

(2) Il ne faisait plus de doute que l’utilisation des eaux de l’Euphrate par les pays d’amont aurait des répercussions à l’aval. Un accord international sur la répartition de l’eau était nécessaire pour limiter les conflits. Cependant, les piètres relations interétatiques avaient empêché alors toute coopération.

(3) Le GAP est un des plus grands projets intégrés du monde qui comptera 22 barrages permettant l’irrigation de 1700000 ha, soit 19% des terres irrigables. Ce projet a fait de la Turquie une grande puissance agricole.

(4) En hydrologie, l’absence de coopération conduit à des résultats catastrophiques, parce que les meilleures aires d’irrigation et de stockage sont rejetées pour des raisons politiques.Le refus de coopérer est une décision délibérée de la Turquie qui rend cette coopération impossible,malgré les déficits hydriques sur Tigre et de l’Euphrate et les fortes concentrations de minorités nationales dans ces différents pays qui se partagent le bassin.

(5) Signalons au passage l’Oronte qui est un fleuve disputé entre la Syrie et la Turquie. Damas refuse la souveraineté de la Turquie sur le Hatay où coule l’Oronte.

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