Publié par Abbé Alain Arbez le 9 juillet 2020

On le sait, une langue évolue en permanence. Mais on peut constater de plus en plus de signes d’appauvrissement rapide du français parlé (et écrit).

Cela se manifeste dans le quotidien par des détournements de sens, des formules abêtissantes, des tics de langage simplistes. Ce qui indique clairement une déculturation générale de la francophonie, d’ailleurs les indicateurs montrent une baisse énorme du niveau culturel général des jeunes générations, avec une réduction alarmante du vocabulaire.

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On entend constamment des expressions répétitives inadéquates et vulgarisées. Elles sont  étonnamment contagieuses dans le public comme dans les médias. Les fléchissements du langage se signalent d’abord au niveau grammatical. Ainsi – idéologie du genre oblige – une confusion du masculin et du féminin affecte les participes passés : même un officiel de la communication n’hésite pas à dire à la télé : « les décisions que j’ai pris… ». Les verbes auxiliaires sont également confondus avec un participe passé : « elle s’est faite agresser ».       

Il y a aussi les grossières erreurs, dans les commentaires de radio ou de TV, ou les articles de journaux : « La situation n’est pas prête de changer » au lieu de « n’est pas près de changer ». La serveuse au restaurant qui vous dit : « Je vous amène du pain… », alors qu’on « amène » une vache et on « apporte » un verre d’eau. Sans oublier les cent-z- euros et les deux mille-z-enfants

Le pire, ce sont ces expressions quotidiennes, répétées ad nauseam dans les bureaux, les services de toutes sortes, face à un client : « pas de souci ! » L’infirmière, le livreur, l’employé de bureau, confrontés à un problème, tous semblent préoccupés de rassurer votre tranquillité mentale : « pas de souci ! »

Ces locutions nouvelles se répandent comme une épidémie dans la discussion ordinaire. Dans le même registre, les disciples du « on va dire » répètent la formule cinq fois par phrase. Maintenant, cette expression mouton de panurge annonce tout et son contraire ; on ne se risque pas à énoncer quelque chose de fiable, car tout est devenu relatif et conventionnel ! Alors, « on va dire » que….

Il y a aussi l’expression omniprésente et fatigante « voilà ». Comme si le simple fait de la prononcer affirmait une évidence. Certaines personnes la casent à chaque recoin de phrase, elle peut même carrément remplacer un mot quand on est en panne de discours. « Elle m’a bien dit que voilà, elle ressent ceci ou cela… »

On retrouve « voilà » dans tous les milieux, mais ce démonstratif creux a son site « banlieue » (« wallah ») où, avec l’accent, elle joue un rôle magique d’identification. En fait, voilà devrait normalement refléter ce qui vient d’être dit, mais « voilà » vient remplacer « voici », plus approprié pour annoncer ce qui va être développé ensuite. Certaines interviews négligées ne contiennent que des voilà, comme tout était si évident : « cette femme, voilà, a découvert que, voilà, son ami était voilà, spécial, et voilà, elle décide de voilà, prendre une autre orientation » etc…Cette hésitante prise à témoin, avec son mouvement haché, est pénible à suivre.

Puis il y a les reporters qui nous expliquent en direct une situation. Alors, dans ce cas, on a droit à un « effectivement » toutes les deux secondes. Pire que le redondant « car en effet » d’autrefois, le « effectivement » se veut objectif et explicatif. Et certains croient pouvoir vous convaincre par la méthode coué :  « effectivement ».

Autre expression envahissante typiquement désagréable : « du coup »…  C’est un véritable syllogisme qui parie sur votre acceptation immédiate. Certains alignent 4 ou 5 « du coup » dans une seule phrase. Avec « du coup », tout devient automatiquement légitime. C’est comme un raccourci incisif dans un raisonnement. Mais c’est au fond une référence violente, car quel est le coup qui contraindra à admettre quelque chose instantanément ? En fin de compte, ce terme « du coup » remplace d’autres formules, comme  « alors » ou « de ce fait » ou « dès lors » ainsi que « par conséquent » ou « c’est pourquoi », tout de même plus élégantes et moins simplistes. La mode à l’espagnole a fait entrer le fameux « au final » à la place de « finalement », ou « en fin de compte ». Formule étrangère à la langue mais omniprésente.

Il faut bien constater – sans juger personne – que l’espace d’une expression de pensée vraiment individualisée usant de toutes les nuances de la riche langue française se restreint jour après jour, au profit d’un volapük bizarre et passe-partout.

La contagion du bla-bla médiatique aidant et du remplissage continuel d’un vide exténuant, nous voilà formatés à quelques pauvres locutions utilitaires, et laissés en partage aux réducteurs de têtes…

Sommes-nous vraiment condamnés à reproduire sans fin un vocabulaire de perroquet anémié qui nous tire tous vers le bas, accélérant ainsi les symptômes d’Alzheimer chez les oublieux de cette belle langue française de plus en plus sérieusement malmenée ?

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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