Publié par Abbé Alain Arbez le 10 juillet 2020

Déjà bien avant l’époque où Jésus donne son enseignement en tant que rabbi en Israël et en Judée, certains de ses contemporains juifs se sont posé des questions en ce qui concerne la Torah, Loi de Moïse. (torah provient d’une racine de mot qui signifie : viser un objectif comme on tire une flèche. Et le péché, hatat, veut dire : manquer la cible…) Il est bien question ici de choix de vie conformes à la volonté de Dieu.

Quelqu’un demande un jour à rabbi Hillel : comment résumer la Torah ? Le sage répond : « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. Le reste est secondaire… » Face aux influences grandissantes de l’humanisme grec à cette période historique, des intellectuels de Jérusalem se demandent : la loi de Moïse n’est-elle pas dépassée ? Il faut évoluer avec son temps ! Des juifs attirés par la « modernité » du mode de vie païen se laissent ainsi contaminer par la vision hellénistique. Marie de Magdala faisait sans doute partie de cette intelligentsia, mais la rencontre avec le Maître l’a libérée de sept démons spécialisés dans l’attirance idolâtrique vers des philosophies périlleuses.

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Or le mouvement pharisien – élan de réveil né de la période résistante des Maccabîm et fidèle à la foi des pères – a cherché à montrer au peuple la pertinence de la Loi comme guide quotidien indispensable au croyant qui respecte le Dieu de l’alliance.

Par une riche tradition orale, la « torah she be alpe », les écoles pharisiennes ont appris aux pratiquants de l’Ecriture à ne pas se satisfaire de citations bibliques, mais à cheminer dans la recherche et le questionnement en interaction avec les situations de la vie. Le judaïsme des pharisiens et de Jésus n’est pas une « religion du Livre », mais une exploration fidèle et interprétative de la Parole vivante de Dieu. Pourtant, sans repères éthiques, tous les prétextes peuvent éloigner de la volonté de Dieu et faire glisser insensiblement vers le paganisme et ses faux objectifs de vie, destructeurs d’humanité.

Jésus est bien dans cette même ligne enracinée et critique lorsqu’il affirme avec force : je ne dis pas que la Loi est périmée ! Au contraire, il faut l’accomplir parfaitement…De ce fait, Jésus n’enseigne pas un amour désincarné, il pose des exigences éthiques concrètes qui se traduisent clairement dans des actes et des gestes. Ce que l’évangile de Jean formule avec réalisme en termes de « commandements », car les belles intentions, même embellies de passages bibliques, ne suffisent pas !

Jésus a donc étendu l’impact créatif de la Torah en-deçà des repères habituels. « Je ne suis pas venu pour abolir, mais accomplir ». C’est ainsi seulement que l’on respecte Dieu, non pas en appliquant une sorte de code, mais en élargissant le champ d’action de la foi et en montrant une vraie considération pour les autres. Car Jésus refuse que l’on rende un culte à Dieu du bout des lèvres, et que par exemple on s’imagine naïvement « être en règle » parce qu’on observe des préceptes de base : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas être infidèle à son conjoint…Pour Jésus, « ne pas faire le mal » est totalement insuffisant pour prétendre réellement faire le bien et assumer sa vocation.

C’est pourquoi, en tant que maître spirituel imprégné de la sagesse des pères, il demande davantage encore, que l’on n’entre même pas dans le jeu de l’agressivité, de l’insulte, que l’on ne cultive pas l’ambiguïté qui conduit à la faute ; et qu’ainsi, l’on soit clair dans sa tête et dans son coeur, car – la psychologie moderne confirme le bon sens biblique – nos actes découlent de nos références mentales.

« Si ton oeil, ta main, entraînent ta chute, arrache-les ! » Si notre façon de voir la vie et d’agir nous conduit à la catastrophe, il vaut mieux prendre une décision de changement radical avant qu’il ne soit trop tard.

Au temps de Jésus, certains parmi les Pharisiens, (pas tous !) sont fiévreusement légalistes ; ils observent la Loi avec minutie, mais sans y mettre assez de cœur pour Dieu et pour leurs frères. Ils se rassurent de leurs observances. A ce sujet, les groupes pharisiens se critiquent d’ailleurs entre eux avec des reproches cinglants et même des insultes pires que celles des évangiles envers les notables faussement religieux.

A l’opposé de toute démagogie, et au lieu d’édulcorer les exigences de la Loi, Jésus met la barre des commandements encore plus haut, afin que la « justice » du croyant soit autre chose qu’une attitude minimaliste d’obéissance à un cadre extérieur. « J’inscrirai ma loi dans vos cœurs… »(Jérémie)

Mais pires que les intermittents de la foi, du style  « croyant mais pas pratiquant », certains chrétiens sont si réducteurs dans leur mission de baptisé qu’ils disent : « Je fais ce que je dois faire, qu’on ne me demande pas plus ». Ou encore : « J’observe certaines exigences. C’est suffisant ! »

Avec l’enseignement et le témoignage de Jésus, où s’entremêlent justice et miséricorde, on est dans une perspective tout autre : chaque être humain est perfectible, chacun peut être sauvé. Or si Dieu nous aime infiniment, nous ne pouvons jamais comptabiliser nos comportements en réponse à sa volonté, il s’agit d’avancer chaque jour au large et en profondeur.

Nous progresserons au souffle de cet Esprit qui seul élargit notre liberté et nous fait devenir ce que Dieu attend de nous !

« Demandez, et vous recevrez ! » « Frappez, et la porte s’ouvrira ! »

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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