Publié par Manuel Gomez le 30 juillet 2020

Les événements d’Algérie n’ont pas débuté, comme on se plaît à le dire, le 1er novembre 1954, mais bien avant. On pourrait avancer la date du 8 mai 1945, avec les émeutes de Sétif, sur lesquels nous reviendront, mais bien avant d’autres événements laissaient prévoir que « les lendemains ne seraient pas de tout repos. 

Je ne vais pas remonter jusqu’à l’époque de l’après-conquête mais une première révolte de grande ampleur se situe en 1871, déjà après une défaite militaire française. 

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La première manifestation de l’insurrection intervient dès janvier 1871, sous la forme d’une manifestation violente des spahis qui refusent d’être envoyés sur le front de métropole. Les intéressés estimant leur engagement valable uniquement pour servir en Algérie. Cette émeute, d’abord déclenchée à Aïn Guettar et à Mondjebeur, s’étend ensuite au Tarf et à Bou Hadjar, ainsi qu’à Bône encerclée pendant trois jours. Quelque vingt colons sont tués, jusqu’à ce qu’une répression très forte soit engagée. 

C’est alors qu’éclate la révolte des tribus kabyles, dite des Mokranis (1871). 

Les autorités françaises et la presse régionale présentent ce soulèvement comme consécutif au rejet des Arabes du décret Crémieux. En effet, la condition laïque afin d’accéder à la nationalité française, très mal expliquée par le gouvernement français, comme il en a l’habitude, est rejetée par les imams qui font croire aux Arabes qu’ils doivent abandonner leur religion musulmane pour pouvoir devenir français. Ce qui est totalement faux.  

C’est alors qu’un notable Kabyle, le Cheikh El Mokrani, est rétrogradé au titre de bachaga par la nouvelle autorité civile, mise en place en remplacement de l’autorité militaire, décision qu’il n’accepte pas.  

Il décide donc de se révolter mais, en homme d’honneur, il en avise auparavant le général Augerand, puis il entre en rébellion dès mars 1871. 

La révolte des spahis amplifiée par la prise en main par du Cheikh El Mokrani, dont l’influence est très forte, constitue la plus importante insurrection durant l’occupation française.  

Le mouvement soulève deux cent cinquante tribus, près du tiers de la population algérienne.  

Les insurgés sont contraints à la reddition à l’Alma, le 22 avril 1871, et le 5 mai le bachagha El Mokrani meurt au combat près de l’oued Soufflat. Les troupes françaises marchent sur Dellys et Draâ El Mizan. Le cheikh Haddad se rend le 13 juillet, après la bataille d’Icheriden. L’insurrection prend fin après la capture de Bou-Mezrag, le 20 janvier 1872

La répression est sévère. Elle se traduit, une fois l’insurrection matée, par des internements de Kabyles et des déportations en Nouvelle-Calédonie.  

Déjà, dès 1925, le maréchal Lyautey écrivait : « Il est à prévoir, et je le crois comme une vérité historique, que dans un temps plus ou moins lointain, l’Afrique du Nord évoluée, vivra sa vie autonome, se détachera de la métropole. Il faut qu’à ce moment-là, et ce doit être le suprême but de notre politique, cette séparation se fasse sans douleur et que les regards des indigènes continuent toujours à se tourner avec affection vers la France. » 

Il fut certainement une époque « où les regards des indigènes se tournaient avec affection vers la France » même si, déjà en 1926, au mois de juin, Messali Hadj, sous le contrôle du Parti Communiste Français, fondait « L’Etoile Nord-Africaine », premier véritable mouvement nationaliste, qui sera interdit à deux reprises, en 1929 puis en 1937, alors que justement il paraissait accueillir favorablement le projet Blum-Violette, de 1936, qui proposait d’élargir l’accès à la nationalité française à tous les indigènes. 

Ce fut l’époque, après la première guerre mondiale, où, en Algérie, la paix religieuse régnait. Toutes les religions se pratiquaient librement, les musulmans dans les mosquées, les juifs dans les synagogues et les chrétiens dans les églises, sans que ne se manifeste aucun problème, on n’y pensait même pas. 

Tous les Algériens susceptibles d’accéder à une élite, d’en avoir les capacités, ont pu y accéder au même titre que les européens, sans que jamais le moindre « apartheid » ait existé, ni dans les écoles, ni dans les collèges, lycées et universités. 

C’est la défaite de la France, en 1939/1940, qui a marqué le début d’une véritable hostilité contre le pays qui les avait dominés et qui venait de se faire vaincre par l’Allemagne et ce fut le renouvellement d’un nouveau « vent d’indépendance ». 

Messali Hadj, toujours présent et seul véritable leader des mouvements indépendantistes, avait fondé le PPA en 1939 qui, tout comme « L’Etoile Nord-Africaine », fut interdit la même année. 

C’est alors qu’eut lieu la seconde véritable mutinerie contre la France, le 25 janvier 1941. 

L’invasion de la France par les troupes allemandes eut des conséquences particulières pour l’Algérie.   

En effet, tout comme après 1871, les Arabes considéraient que la défaite et l’occupation de la France étaient les signes que cette grande nation, qui les avait conquis, commençait à s’ébranler.  

Elle n’avait plus l’armée invincible, la plus forte, ses régiments étaient défaits, balayés.  

Or, les Arabes qui sont des guerriers, des combattants, respectent la force, l’ennemi, l’adversaire, qui leur impose toute sa puissance, qui les soumet.  Ils méprisent, par contre, celui qui se trouve à terre, à genoux, comme ils méprisent l’ennemi qui, une fois victorieux, accorde le pardon. Pour eux, l’adversaire vaincu doit être achevé. 

Dans les esprits, donc, commençait à souffler un nouveau vent d’indépendance, de révolte, toujours latente chez eux, dont il fallait se méfier.   

Le 25 janvier 1941 se développe une mutinerie de plusieurs unités de tirailleurs et de spahis, casernées à Maison-Carrée. 

A l’heure du couvre-feu, huit cents soldats indigènes se révoltent.   

Ils massacrent le capitaine de service et une douzaine de sous-officiers métropolitains, forcent les portes de l’armurerie et s’emparent de nombreuses armes de guerre et de munitions, se rendent maîtres de la caserne, puis, descendent en ville, où ils abattent tous les civils européens qu’ils rencontrent.   

Au petit jour, les îlots de résistance sont réduits, des insurgés s’échappent et prennent le maquis.   

Il faudra plus de quinze jours de ratissage pour s’emparer des derniers mutins, leurs munitions épuisées. 

Les meneurs, comme toujours, ne sont pas recherchés et quelques sous-officiers indigènes, sont immédiatement passés par les armes, sur place.   

Avant l’exécution ils lèvent l’index de la main droite vers le ciel, appel à la « djihad », la guerre sainte, et signe de ralliement de Messali Hadj, fondateur du P.P.A., dissous en 1939. 

Des documents, retrouvés sur les cadavres, prouvent que la cinquième colonne n’est pas étrangère à ce soulèvement, en accord avec Messali Hadj.   

Les Allemands, avec l’aide des italiens, jouaient avec intelligence la carte arabe, pour s’approprier le Maghreb.   

Déjà, en 1871, la marine allemande n’avait pas hésité à tirer des salves d’artillerie, afin de provoquer la rébellion des arabes, lors de l’insurrection des Béni M’Nasser. 

Depuis l’occupation de la France, en 1940, ils multipliaient les bons traitements aux ouvriers musulmans, dans toute la zone occupée, et cela se savait en Algérie, où toute la population indigène se trouvait nettement rangée derrière le régime de Vichy (qui venait, avec beaucoup d’habileté, de révoquer le décret Crémieux), aux côtés des nazis. 

En 1943, Ferhat Abbas, dont on n’avait pas entendu parler auparavant, rédige son « Manifeste au peuple algérien ». Il demande au maréchal Pétain de faire de l’Algérie une province française, avant qu’il ne soit trop tard. Il sera entendu quelques années après. 

Il attire l’attention du chef de l’Etat sur les inégalités outrageantes qui frappent sa communauté, par exemple : La Croix-rouge française envoyait un colis individuel à chaque combattant de souche européenne, et un colis pour quatre combattants musulmans. Il lui faisait remarquer que ses compatriotes, qui mouraient à égalité, ne mangeaient pas quatre fois moins. 

Il est vrai que les chefs d’Etat français ont trop souvent eu tendance à oublier qu’au cours des deux guerres mondiales les troupes venues d’Afrique du Nord, composées essentiellement de français du Maghreb et de musulmans, afin de libérer, une fois de plus, le territoire national, ont subi, en pourcentage des troupes engagées, un nombre plus élevé de tués et de blessés que les troupes de métropole (Archives Nationales). 

On peut estimer, à juste titre, que la première véritable émeute rattachée « aux événements d’Algérie », est celle organisée le 8 mai 1945, à Sétif. 

Ferhat Abbas fonde, le 14 mars 44, les « Amis du Manifeste de la Liberté » (A.M.L.) qui compte jusqu’à cinq cent mille adhérents. Il s’agit pour lui d’internationaliser le problème algérien.   

Toujours pharmacien à Sétif, il réclame, le 28 avril 45, l’autonomie de l’Algérie, sous une forme fédérative, et prépare activement le soulèvement de Sétif.   

Entre le 8 et le 10 mai, de cette même année, une première manifestation dégénère rapidement et ce seront les vrais débuts de « la guerre d’Algérie » 

Le 8 mai 1945 l’Algérie entière fêtait la fin des hostilités et la victoire des Alliés. Il n’est pas question de revenir longuement sur cet épisode, il a été largement débattu, mais ne perdons jamais de vue qu’à cette date c’est de Gaulle qui détient le pouvoir en France et que le gouvernement mis en place par ses soins est un gouvernement d’obédience communiste. 

Qu’Alger, Oran et d’autres grandes villes se sont données des municipalités de gauche, voir communiste, comme Sétif d’ailleurs. Et que les Partis Socialistes et Communistes d’Algérie sont majoritaires à l’Assemblée Nationale française. 

Les partis nationalistes algériens appellent à manifester ce même jour mais ils ont été manipulés à leur insu par un agent du MI6 anglais, Chekib Arslan, qui est payé pour développer un mouvement insurrectionnel en Algérie et il s’y emploie. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, un accord est passé en Syrie entre les services secrets anglais et un agitateur professionnel islamiste, Chekib Arslan, qui réclamait la guerre sainte contre la France. Les Britanniques exigent le soutien des arabes dans la lutte qui les oppose aux israéliens et, en échange, ils soutiendront tous les efforts des islamistes partout où ils combattront les Français. 

Fort de cette assurance formelle, Arslan se rend dans le Constantinois et organise le soulèvement sanglant qui se déroule dans les régions de Sétif et Guelma. Le feu était allumé et il ne devait plus s’éteindre. 

Il ne s’agissait pas là de l’unique intervention de services secrets appartenant à des puissances étrangères, déjà dès 1916 le père Charles de Foucauld avait été assassiné par des Senousis venant de Libye et agissant sur ordre des services secrets allemands qui, tout comme les Anglais, s’intéressaient fortement aux gisements de pétrole découverts dans le Sahara. Découverts par qui ? Par Kilian Conrad, géologue français, qui fut très probablement assassiné dans sa chambre d’hôtel de Grenoble, le 29 avril 1950, alors qu’il se savait traqué par des agents étrangers. 

Donc la manifestation politique est autorisée par les autorités françaises à la condition qu’il n’y ait ni armes, ni drapeau algérien. 

Pourquoi cette dernière condition ? Quelques jours avant, le 1er mai, ce drapeau algérien est brandi pour la première fois par des membres du PPA. La répression est, paraît-il, brutale : deux morts à Alger et 1 à Oran ! Les autorités françaises souhaitent éviter que cela ne se reproduise. 

Les revendications politiques sont de deux ordres totalement opposés :  

1/ Pour le clandestin Parti Populaire Algérien de Messali Hadj, éloigné dans un premier temps vers El Goléa, puis Brazzaville, puis incarcéré, il s’agit de retrouver sa position de leader du nationalisme algérien, qui lui est contestée par Ferhat Abbas, et de promouvoir l’indépendance de l’Algérie.  

2/ Pour Ferhat Abbas et son parti « Les Amis du manifeste de la liberté » il s’agit de la reconnaissance égalitaire de tous les habitants de l’Algérie et l’accession à la citoyenneté française. 

On a pu constater dans les années qui ont suivi 1945 la guerre sanglante que se sont livrés aussi bien en Algérie qu’en métropole les partisans du PPA et du FLN dont le bilan fut de plusieurs milliers de morts. 

Le complot est élaboré en secret quelques semaines auparavant. Il sera provoqué par quelques hommes seulement infiltrés parmi les manifestants mais également par quelques membres extrémistes compromis avec les nazis et des éléments incontrôlés et irresponsables. La population indigène a été victime de l’inconséquence des comploteurs. Les dirigeants espèrent un soulèvement populaire qui fasse tache d’huile mais finalement ce fut une insurrection ratée qui ne servit nullement la cause séparatiste. 

Donc parmi les manifestants (environ cinq mille) nous retrouvons ces deux courants contraires et souvent opposés. 

Nous sommes payés pour savoir comment se terminent les manifestations pacifistes (26 mars 1962 rue d’Isly à Alger), cette manifestation risquait d’être détournée à des fins politiques et c’est la raison pour laquelle la troupe avait été mise en alerte dès 7 heures du matin, surtout après la tentative manquée de Messali Hadj de quitter Reibell, près de Guelma, où il était assigné à résidence. 

La manifestation se dirige vers le centre-ville de Sétif. Un meneur déploie le drapeau algérien. Un coup de feu part et le jeune Algérien est tué. Qui a tiré ? Un policier débordé, un membre d’un parti opposé ? Tout comme pour la rue d’Isly, 17 ans plus tard, on ne saura jamais (officiellement) qui a tiré. 

Aussitôt à la suite des meneurs c’est la ruée vers le centre-ville où les émeutiers hurlant des slogans meurtriers : « Tuez les chrétiens, tuez les juifs, tuez tous les non croyants » massacrent tout ce qu’ils rencontrent, enfants, femmes, vieillards, qui participaient à l’allégresse générale du retour à la paix. Vingt-huit européens sont ainsi assassinés.  

Qui sont les premières victimes ? La petite Arlette Nakache, 9 ans, Gaston Gourlier, régisseur municipal du marché aux bestiaux, Louis Clarisse ou le maire de Sétif, secrétaire du Parti Communiste, qui tentait de s’interposer et est abattu par l’un des meneurs qui s’acharne sur lui et lui tranche les deux mains ? Peu importe, ce sera un carnage. 

Le soir même à Guelma une nouvelle manifestation se développe, ce qui prouve bien la préméditation de ce soulèvement et non plus une manifestation de joie pacifique. Le sous-préfet Achiary, un résistant, reçoit les ordres du général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire de l’Etat français, d’intervenir par la force. Il fait tirer sur la foule et le cortège se disloque laissant un mort et six blessés. Il fait arrêter deux mille cinq cents membres qui seront jugés sommairement par des tribunaux d’exception similaires à ceux qui fonctionnent en France métropolitaine. Plusieurs dizaines seront condamnées à mort. 

La preuve de cette préméditation organisée et armée, dès le lendemain les fermes européennes sont encerclées et attaquées dans plusieurs villages autour de Sétif, Bougie et Djidjelli et les occupants désarmés massacrés, des femmes violées, des actes de barbarie insoutenables. Le chiffre officiel, il sera confirmé plus tard par la commission Tubert, est de cent deux morts et cent dix blessés. 

Ordre est donné à l’armée, sous la direction du général Duval, d’intervenir mais les effectifs disponibles pour le maintien de l’ordre sont dérisoires. Sur un territoire grand comme quatre fois la France la subdivision de Sétif ne peut disposer que de trois mille sept cents hommes, dont une grande partie de recrutement indigène algérien qui ne peut être employée. Les moyens matériels sont également insuffisants, lents et vétustes. Pas d’hélicoptères et très peu de moyens tout-terrain. La troupe devait avancer à dos de mulet ou à pied et les populations avaient largement le temps de s’enfuir à l’annonce de son approche car les colonnes militaires étaient forcément repérées de loin. Les contacts furent quasiment inexistants et les soldats ne rencontraient que des mechtas vidées de leurs habitants. 

Cependant la punition immédiate des tueurs par les deux mille hommes déployés sur le terrain, dont les tirailleurs sénégalais, qui on le sait ne portent pas les Algériens dans leur cœur, et les légionnaires, peut se comptabiliser à environ deux mille cinq cents morts (ce chiffre est calculé d’après la consultation des listes du ravitaillement et des listes électorales des consultations de 1945 et 1946. Si d’autres chiffres avancés, très exagérés, s’étaient avérés exacts ces listes les auraient forcément confirmés.) 

Le quotidien communiste « Alger Républicain », sous la plume du professeur Henri Aboulker, et l’hebdomadaire « Egalité » dirigé par Ferhat Abbas, réclament des sanctions exemplaires mais s’élèvent contre le massacre massif et aveugle d’innocents. 

Il y aura quatre mille sept cent quatre-vingt-une arrestations mais seulement deux mille quatre cent quatre-vingt-quatre individus furent déférés devant les tribunaux militaires. Devant les atrocités commises, la justice française prononce cent soixante-douze condamnations à mort, dont trente-huit par contumace (Il n’y aura que trente-quatre exécutions). Sur neuf cent vingt-quatre peines criminelles prononcées trois cent seize furent amnistiées d’office. Soixante-quatre peines de travaux forcés à perpétuité, trois cent vingt-neuf travaux forcés à temps.   

En mars 1946 une amnistie totale libère ces assassins. Nombreux sont ceux qui referont surface entre 1954 et après 1962.  

Parmi ces « libérés » on trouve Ahmed Françis, Boumendjel, Mostefaï, Mohamed Khider, Larbi ben M’did, Si M’Hamed, Ben Khedda et, bien sûr, Ferhat Abbas. Tous formeront, quelques années plus tard, le noyau dur du F.L.N. Une fois de plus les politiciens français n’ont rien compris à la mentalité musulmane, en pardonnant aux vaincus. 

Le général Duval, commandant les troupes de la répression, dira :   

« Je vous ai donné la paix pour dix ans, mais il ne faut pas se leurrer, elle ne se maintiendra qu’avec de sérieuses réformes ». 

Comme toujours, les gouvernements français s’occuperont d’autres taches considérées comme bien plus importantes.  Le général Duval ne se sera trompé que d’une année. 

Le général Tubert, qui deviendra quelques mois plus tard maire d’Alger et leader du Parti Communiste, est désigné par le général de Gaulle pour diriger une commission d’enquête sur les évènements qui viennent de s’apaiser.  

Le quotidien communiste « L’Humanité » n’hésitait pas à écrire que les émeutiers algériens étaient des pronazis puisqu’ils étaient pétainistes. 

Voici l’éditorial écrit quelques jours plus tard par Maurice Thorez, leader du Parti Communiste et vice-président du Conseil du gouvernement gaulliste : « Les instruments criminels, ce sont les chefs des PPA, tels Messali Hadj et les mouchards camouflés dans les organisations qui se prétendent nationalistes et qui, lorsque la France était sous la domination fasciste, n’ont rien dit, ni rien fait, et qui maintenant réclament l’indépendance. Il faut tout de suite châtier, rapidement et impitoyablement, les organisateurs des troubles et passer par les armes les instigateurs de la révolte et les hommes de main qui ont dirigé l’émeute. » 

En 1945 le Parti Communiste n’aidait pas les Arabes à conquérir leur indépendance, bien au contraire, il fallait les exterminer. Ce ne sera plus le cas dix ans plus tard puisqu’il ne sera plus au pouvoir et que la France est désormais engagée dans une guerre qu’il faut absolument l’aider « à perdre ». Il s’y emploiera en fournissant à l’ennemi de la France toute l’aide physique, financière et morale grâce à ses réseaux et à ses militants aussi bien en métropole que sur place, en Algérie. 

Il n’est pas question d’établir une expertise comptable du nombre des morts au cours de ces deux mois. Quel que soit ce nombre il a été trop élevé, mais tout de même il faut raison garder et ne pas affirmer de contre-vérités flagrantes (45.000 morts) comme n’hésitent pas à le faire tous les gouvernements algériens qui se sont succédé depuis l’indépendance. 

Les deux sources que l’on pourrait considérer comme les plus sérieuses, les plus crédibles, ne sont pas davantage d’accord : le rapport de la commission Tubert (1945) est de cent deux morts et cent dix blessés parmi les Européens et d’environ dix mille chez les Algériens. 

M. Ben Mebarek, à l’époque administrateur de la région de Sétif et chargé de comptabiliser les victimes algériennes, l’estime à deux mille cinq cent. 

M. Belaid Abdessalam, ancien Premier ministre a affirmé dans un important hebdo algérien que ce chiffre de quarante-cinq mille avait été retenu par les gouvernements algériens à des fins uniquement de propagande. 

Des chercheurs algériens du Centre de recherche historique sur l’Algérie, messieurs Mesli et Arroua, déclaraient en 2005 que ce chiffre de quarante-cinq mille était très exagéré et que le bilan humain se situait entre huit mille à dix mille. 

Je le répète quel que soit ce chiffre il sera toujours trop élevé mais n’ignorons pas à qui incombe la responsabilité initiale de ces évènements sanglants, en tous les cas pas aux Français d’Algérie.  

Dans son testament politique, publié en 1994, Ferhat Abbas, pourtant l’un des principaux responsables de cette manifestation qu’il voulait pacifiste et qui fera partie de ceux qui seront condamnés à mort en tant que leader de son parti et futur membre dirigeant du FLN,  témoigne et accuse : «  les organisateurs des émeutes qui ont poussé à la violence contre des paysans français désarmés et les émeutiers qui tels des chiens sauvages se sont jetés sur le maire de Sétif, secrétaire du Parti Communiste (son ami) auquel un salaud a sectionné les deux mains à coups de hache » 

En décembre 1948, le vœu de Ferhat Abbas, en 1943, réclamant que l’Algérie devienne une province française, était exaucé :  l’Algérie rentrait dans la République Française Une et Indivisible : elle était découpée en trois départements français.  Nous étions sauvés, c’était un coup fatal porté aux « indépendantistes », jamais elle ne deviendrait algérienne, la constitution française était là, dorénavant, pour s’y opposer. 

Les élections législatives de 1951 donnent en Algérie des résultats sensiblement identiques à ceux de la métropole, c’est-à-dire une nette victoire de la gauche : 

  • Alger –            31700 voix communistes (20,7%) 
  • Constantine – 10300           ‘’   ‘’              (12,6%) 
  • Oran –             35000           ‘’   ‘’             (26,5%) 

Sur 34 députés seulement 15 sont de droite. 

En Algérie : 

  • Le Parti Communiste Français 103 députés (26,5%) 
  • La SFIO 104 députés (14,5%) 
  • Le RPF 118 députés (21,7%) 

Après les municipales, le 6 mai 1953, De Gaulle supprimera le RPF. 

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Manuel Gomez pour Dreuz.info.

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