Publié par Piotr Stammers le 18 juillet 2020

La Chine est très active dans le domaine de l’espionnage, et pas seulement l’espionnage industriel et le vol de la propriété intellectuelle.

Un tribunal français a condamné à la prison deux anciens agents du service de renseignement après les avoir reconnus coupables d’avoir partagé des secrets avec la Chine.

A l’issue d’un procès à Paris mené dans le plus grand secret, les anciens agents de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) française ont été condamnés pour « partage de renseignements » avec une puissance étrangère.

Les sites EN24News.com et Francetvinfo rapportent l’information suivante :

Le tribunal a condamné Henri Magnac, 73 ans, et Pierre-Marie Hyvernat, 69 ans, à des peines de 8 et 12 ans de détention. L’épouse de ce dernier a été condamnée à 4 ans de prison, dont deux avec sursis, pour dissimulation de trahison.

Lors du procès, qui s’est déroulé à huis clos toute la semaine, le ministère public avait demandé la peine maximale de 15 ans de prison pour Pierre-Marie Hyvernat et de 10 ans pour Henri Magnac, qui avait été inculpé en 2017.

https://www.en24news.com/en/2020/07/two-former-french-secret-agents-sentenced-to-8-and-12-years-in-prison-for-treason-in-favor-of-china-2.html

Etrangement, l’Obs ne mentionne que l’initiale des noms des espions, en précisant « la loi nous interdit de révéler le nom d’un agent des services secrets » (5), tandis que l’AFP et Francetvinfo, deux organismes d’Etat, mentionnent leurs noms en clair (2), et l’AFP a même diffusé une dépêche d’agence avec leurs noms en clairs, cités dans un média … chinois (6).

https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/armee-et-securite/deux-ex-agents-secrets-francais-condamnes-a-8-et-12-ans-de-prison-pour-trahison-au-profit-de-la-chine_4041911.html

Les deux hommes, aujourd’hui à la retraite, ont été inculpés et détenus en décembre 2017, bien qu’ils aient été autorisés à sortir sous caution.

Henri Magnac

  • En 1997, Henri Magnac un sinologue et un diplômé en langues orientales né le 18 novembre 1946, était nommé comme « l’homme de la DGSE à Pékin », c’est à dire chef des services secrets en poste à Pékin, où il était officiellement le deuxième secrétaire de l’ambassade. Il fut envoyé là-bas sans sa femme, qui restait à Paris.
  • Puis il eut une liaison avec l’interprète chinoise de l’ambassadeur. Problème : la jeune Chinoise rendait compte de ses activités au puissant ministère de la sécurité d’État chinois (MSE), le principal service de renseignement chinois, également connu sous le nom de Guoanbu. Pierre Morel, l’ambassadeur, s’était inquiété de cette relation et avait demandé que Magnac soit rappelé en France en 1998.
  • Cependant, il avait eu accès à de nombreuses informations sensibles concernant les réseaux français établis en Asie, l’identité des agents infiltrés et leurs méthodes.
  • BFM Business note (4) que Henri Magnac a créé l’entreprise Reference Chine Consultants en 1999, au 111 avenue Victor Hugo à Paris.
  • Magnac quitta le service de renseignement et créa une entreprise d’importation de meubles chinois.
  • Il pris sa retraite quelques années plus tard, et retourna en Chine en 2003, où il épousa l’ancienne interprète, s’installant avec elle sur l’île de Hainan, dans le sud de la Chine, qui sert de base nucléaire sous-marine. Henri Magnac y ouvrit un restaurant.

Pierre-Marie Hyvernat

  • Pierre-Marie Hyvernat a été recruté dans les années 90 par Henri Magnac pour ses missions en Chine.
  • Il a commencé sa carrière au milieu des années 1970 à la section en charge du contre-espionnage à la DGSE (3).
  • Il a mené différentes missions au Moyen-Orient où il était chargé de traquer les espions russes, avant de finir sa carrière dans un poste administratif à Dijon.
  • Il se rendait ainsi régulièrement au Moyen-Orient, notamment au Liban où il rapportait des informations sur la pénétration soviétique et celle du Hezbollah. « C’est quelqu’un qui a toujours eu un logiciel anti-communiste très poussé, comme une grande partie de la maison à cette époque » raconte un ex du boulevard Mortier.
  • Puis il intègre ensuite la cellule contre-prolifération de la DGSE et assure plusieurs missions de recueil de renseignements et d’entrave des actions de prolifération dans les domaines nucléaire, balistique ou chimique.
  • Hyvernat se rendait régulièrement à Maurice et en Asie pour livrer des informations sensibles à son agent traitant Guoanbu. Sans que l’on sache de quelle nature.Il est ensuite parti avec de grosses sommes d’argent. Ce manège aurait duré, y compris après son départ à la retraite en 2016 : l’agent double aurait pris l’habitude de demander à d’anciens collègues d’essayer de collecter suffisamment d’informations pour satisfaire son contact.
  • Cependant, Hyvernat se retrouve au placard à la DGSE, et il atterrit à Dijon au milieu des années 2000. Sans affectation précise, il crée avec son épouse une société de conseil en 2016, quelques mois avant son départ à la retraite.
  • Il s’est présenté (1) en 2017 aux élections législatives en Saône-et-Loire sous les couleurs du Front national.
  • Il a été arrêté à l’aéroport de Zurich en décembre 2017 alors qu’il transportait de l’argent liquide après avoir rencontré un contact chinois sur une île de l’océan Indien, précise Francetvinfo (2).

Bien qu’un certain nombre de théories différentes aient été avancées, les deux hommes semblent avoir été sous surveillance pendant plusieurs mois avant d’être arrêtés.

Le journaliste Franck Renaud a couvert l’affaire Henri M. dans son livre sur le service diplomatique français, « Les diplomates« *.

« Il est assez rare que d’anciens officiers de renseignement soient pris la main dans le sac. La tradition c’est plutôt de régler les problèmes en interne », expliquait lundi 6 juillet à France Inter Eric Dénécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R).

« Aujourd’hui on se trouve dans une situation où de plus en plus de personnes restent finalement peu de temps à la DGSE, cinq ans ou dix ans, pour aller travailler dans le privé après », poursuit le spécialiste du renseignement.

« C’est une affaire qui a causé plus que quelques problèmes à la DGSE », qui a dû rapatrier plusieurs agents en Chine à l’époque, a déclaré Renaud à l’AFP.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Piotr Stammers pour Dreuz.info.

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  1. https://www.politologue.com/legislatives/candidats/annee/2017/circonscription/circonscription.5.xw
  2. https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/armee-et-securite/deux-ex-agents-secrets-francais-condamnes-a-8-et-12-ans-de-prison-pour-trahison-au-profit-de-la-chine_4041911.html
  3. https://www.challenges.fr/entreprise/defense/du-liban-a-dijon-l-etonnant-parcours-d-un-espion-de-la-dgse-accuse-de-trahison-en-chine_590381
  4. https://dirigeants.bfmtv.com/Henri-MAGNAC-3511051/
  5. https://www.nouvelobs.com/monde/20180526.OBS7250/revelations-sur-henri-m-ex-espion-francais-accuse-de-trahison-au-profit-de-la-chine.html
  6. https://news.mingpao.com/pns/國際/article/20200712/s00014/1594491226670/法兩前特工替華做間諜囚8至12年

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