Publié par Manuel Gomez le 1 août 2020

Et par la même occasion, à la dernière déclaration de Benjamin Stora, sur « Le monde », l’historien reconnu (par qui ?) de la guerre d’Algérie et du nationalisme algérien. 

« La France doit regarder son passé en face, elle doit assumer un certain nombre de choses. La France est devenue grande, car elle a décolonisé. C’est cela qui a fait le prestige de la France dans le monde ». 

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Et l’Algérie ? Que doit-elle regarder en face : son passé, sa colonisation, ses massacres, ce qu’elle doit à la France, sa faillite actuelle ? L’Algérie, contrairement à vos affirmations, n’est pas un partenaire essentiel pour la France, c’est la France qui est un partenaire essentiel pour l’Algérie !  

Ne le perdez jamais de vue, Benjamin Stora. 

Au début des années 50, je suis journaliste au quotidien « Alger-Républicain », grâce à l’appui d’Albert Camus, son éditorialiste. 

J’ai l’occasion de rencontrer chaque semaine Ferhat Abbas, qui tire son hebdomadaire « Egalité » justement sur les presses d’Alger-Républicain. 

Il me permet d’assister à quelques réunions, dans local en sous-sol qui lui sert d’imprimerie, derrière le cinéma « Majestic ». 

A travers les âpres discutions, entre les responsables de divers mouvements, je prends conscience de la progression des idées indépendantistes. Il est souvent question d’un rassemblement des différents partis qui souhaitent l’indépendance de l’Algérie, notamment le MTLD/MNA de Messali Hadj et l’UDMA de Ferhat Abbas. Il est fortement question que se forme un Comité Révolutionnaire d’Union et d’Action (CRUA), qui se dessine sous la direction de Mohamed Boudiaf. 

Mais d’autres mouvements, aidés financièrement par l’Egypte de Nasser et la Syrie, forment et entraînent dans ces pays des milliers de jeunes Algériens à qui, une fois équipés, on indique les filières pour rallier les maquis qui s’organisent dans le bled. 

Grâce à Ferhat Abbas, je gardais de fréquents contacts avec de jeunes journalistes arabes, ce qui me permettait de mieux comprendre les motivations profondes de certains rebelles.   

L’un des dirigeants m’étonne un soir en me déclarant « Nos pires ennemis, contrairement à ce que l’on peut croire, ne sont pas les Français colonialistes de métropole.  Ce sont, au contraire, les Français d’Algérie, comme vous, comme toi.  Les colonialistes nous donnent une idée révoltante mais vraie de la France. Vous, par contre, vous nous donnez une idée trompeuse parce que conciliante.  Vous nous affaiblissez dans notre volonté de lutter pour notre totale indépendance ».  

Cette analyse me confirmait que nous risquions de perdre l’Algérie par les erreurs des Français de métropole, de leurs représentants successifs, et que ceux qui manifestaient un intérêt pour une Algérie où seraient unis la communauté des Français d’Algérie et les Arabes, comme c’était le cas de Ferhat Abbas et de quelques autres intellectuels, notamment d’Albert Camus, détenaient certainement la vérité. 

Devant le choix politique pris par « Alger Républicain », organe du Parti Communiste, qui soutient ouvertement les partisans de l’indépendance, je ne pouvais que donner ma démission, pour entrer aussitôt à « La Dépêche d’Algérie »

D’ailleurs Albert Camus prend également la décision de démissionner de « L’Express » en 1955. Il part en claquant la porte estimant que ce magazine, malgré une méconnaissance totale des faits, avait opté pour une position incluant l’indépendance de l’Algérie, et cela il ne pouvait l’accepter.  

C’est cependant dans L’Express qu’il a publié ces quelques phrases, qui mettent en évidence ses sentiments concernant les Français d’Algérie. : « Entre la métropole et les Français d’Algérie, le fossé n’a jamais été plus grand. A lire une certaine presse il semblerait vraiment que l’Algérie soit peuplée d’un million de colons à cravache et à cigare, montés sur Cadillac. Quatre-vingt pour cent des Français ne sont pas des colons, mais des salariés ou des commerçants. Le niveau de vie bien que supérieur à celui des Arabes est bien inférieur à celui de la métropole. En voici deux exemples : le SMIG est fixé à un taux nettement plus bas que celui des zones les plus défavorisées de la métropole et en matière d’avantages sociaux un père de famille de trois enfants perçoit à peu près 7200 francs contre 19.000 en France. Qui sont les profiteurs de la colonisation ? » 

« Les gouvernements successifs de la métropole, appuyés sur la confortable indifférence de la presse et de l’opinion publique, sont les premiers et les vrais responsables du désastre actuel. Ils sont plus coupables en tout cas que ces centaines de milliers de travailleurs français qui survivent en Algérie avec des salaires de misère et qui, par trois fois en trente ans, ont pris les armes pour venir au secours de la métropole et qui se voient récompensés aujourd’hui par le mépris des secourus. » 

« Une grande, une éclatante réparation doit être faite, selon moi, au peuple arabe. Mais par la France tout entière et non avec le sang des Français d’Algérie, et ceux-ci, je le sais, ne refuseront pas de collaborer, par-dessus les préjugés, à la construction d’une Algérie nouvelle. » 

Albert Camus a eu le mérite de nuancer l’identité des Français d’Algérie. Il est vrai qu’en 1955 la très grande majorité d’entre eux n’étaient pas des colons, ils étaient arrivés en Algérie en tant qu’immigrants en provenance de presque tous les pays riverains de la Méditerranée. Ils furent des réfugiés politiques de la révolution de 1848 et de la Commune de 1870, des Alsaciens rejetant l’impérialisme prussien de 1871 et des Espagnols refusant la dictature franquiste. Nos ascendants et nous même avons certainement profité de la colonisation, puisqu’elle était notre œuvre, mais cent trente ans plus tard nous n’étions pas les responsables des décisions prises à Evian et à Paris. 

Un recensement professionnel en 1955 donnait les résultats suivants : 

Sur environ 400.000 actifs l’Algérie comptait 35.000 exploitants agricoles (9%). 19.000 étaient propriétaires de leur terre. 383 seulement étaient très riche, dont 76 musulmans. 12.000 affichaient un revenu normal et 7.000 étaient pauvres. 

  • 96.000 ouvriers (24%) 
  • 65.000 commerçants et artisans (16%) 
  • 50.000 employés (12%) 
  • 93.000 fonctionnaires (23%) 
  • 60.000 cadres et professions libérales (15%) 

En Algérie 72% de la population avait un niveau de vie inférieur de 15 à 20% sur celui de la métropole. 

  • 25% un niveau de vie sensiblement égal. 
  • 3% seulement un niveau de vie supérieur. 

Le 1er novembre 1954, baptisé Toussaint rouge, est considéré symboliquement comme la date de début de la guerre d’Algérie. Bien entendu il n’en est rien.  

La date du 15 octobre 1954 avait été arrêtée pour un premier déclenchement d’attentats mais rien n’était prêt et il fallut repousser ces premières opérations au 1er novembre.  

Les responsables des équipes ne sont prévenus que six heures avant le déclenchement afin d’éviter les fuites. 

A la direction de la Sûreté à Alger, le patron, Jean Vaujour, avait été prévenu dès le 25 septembre qu’un véritable soulèvement se préparait et que les séparatistes passeraient à l’action avant un mois. Il en avait référé à sa hiérarchie qui, bien entendu, n’en avait tenu aucun compte. 

Donc dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre les opérations sont lancées par différentes équipes réparties sur tout le territoire. « Toussaint rouge » est un bien grand mot compte tenu du bilan mitigé de ces attentats : neuf morts au total, trois bombes (Radio Alger, Gaz d’Algérie et pétroles Mory) qui explosent et une vingtaine d’autres qui n’explosent pas, des bombes fabriquées pour faire beaucoup de bruit et peu de dégâts, à base de chlorate de potasse, quelques attaques de ferme, des récoltes brûlées, des poteaux télégraphiques coupés, des mitraillages contre les murs des gendarmeries (Cassaigne) et des casernes (Boufarik et Blida). 

La première victime de ce 1er novembre sera un jeune homme de 22 ans, à peine libéré du service militaire, Laurent François. Il est abattu devant la gendarmerie de Lapasset. 

Les autres victimes : le lieutenant Darnault plus deux spahis à Kenchela. 

Le garde forestier Braun près de Saint-Denis du Sig.  

Le brigadier-chef Eugène Cohet et un soldat, Pierre Audat, du 9° régiment des chasseurs d’Afrique 

Hamed Harouk, un agent de police à Dra-el-Mizan 

Et enfin, le plus spectaculaire, celui dont tous les médias métropolitains s’empareront, c’est l’assassinat du caïd de M’chounèche, Ben Hadj Saddok et du jeune instituteur Guy Monnerot dans le car qui faisait le trajet entre Aris et Tifelfel, dans les gorges de Tighanimine (sa jeune femme, Jeanine, sérieusement blessée à la cuisse droite sera sauvée. Elle décèdera 40 ans plus tard le 11 novembre 1994), Le chauffeur du car était complice des meurtriers qui avaient l’ordre d’assassiner uniquement le caïd. Ils seront sévèrement châtiés (leur chef exécuté) par le responsable de la région Mustapha Ben Boulaïd. 

Après ce 1er novembre 1954 il ne se passera plus une seule journée et une seule nuit sans attentats, sans meurtres, sans explosions. Le processus est enclenché et il se poursuivra jusqu’au 13 mai 1958. 

Les premiers attentats, jusqu’à fin 54, ont inquiété la population, sans toutefois la traumatiser.  L’Algérie a connu, au cours de sa jeune histoire, bien d’autres flambées plus graves.  C’est la raison pour laquelle la situation n’est pas prise trop au sérieux.  Il est évident que ces terroristes seront rapidement mis hors d’état de nuire, et la situation reprise en mains. 

Ce ne sera pas le cas. Le nombre des exactions allait crescendo et devenait préoccupant.  Les autorités françaises, toujours avec ce souci majeur de ne pas heurter l’opinion internationale, n’employaient pas tous les moyens dont elles disposaient pour enrayer cette progression. Elles ne voulaient pas reconnaître l’état insurrectionnel dans lequel se trouvaient plongés ces trois départements français d’Algérie.   

Les attentats se multipliaient, des bombes explosaient en différents endroits, des exécutions permettaient aux terroristes d’affirmer leur loi, celle du crime, surtout sur la population musulmane, très hésitante à choisir son camp jusqu’en 1956, mais qui devant le manque d’initiative des gouvernements français, finira par basculer, par peur, dans le camp des indépendantistes. 

Il n’est pas utile de comptabiliser les victimes innocentes tuées par le FLN, la liste serait bien trop longue mais en revanche il n’est pas inutile d’en citer quelques-unes : 

Les 374 Algériens musulmans, hommes, femmes et enfants, égorgés par le responsable de l’ALN, Si Mohamed, à Melouza, dans la vallée de la Soumam, ainsi que 150 blessés, atrocement mutilés, pour avoir refusé d’apporter leur aide au FLN. 

Après ce massacre horrible M. René Coty, Président de la République, s’adressait aux musulmans : « A nos compatriotes musulmans d’Algérie, je donne l’assurance solennelle que la France ne les abandonnera jamais. Qu’on ne compte pas sur nous pour sacrifier, de l’autre côté de la Méditerranée, une nouvelle Alsace-Lorraine » 

Le 30 janvier 1956 à Sétif, toute la famille Cruet sauvagement assassinée. 

Le massacre d’El Halia, le 20 août 1955, plus de cinquante victimes y compris de nombreux enfants. Petit village minier près de Philippeville. Deux cent cinquante familles algériennes travaillent dans cette entreprise dirigée par M. Revenu, un jeune ingénieur récemment nommé, et encadrées par cent trente européens, dans une cohabitation parfaite. Le responsable du FLN local, Zighout Youssef décide d’attaquer les « roumis » de la manière la plus barbare, c’est-à-dire sans épargner les femmes et les enfants. Soixante-quatre personnes sont assassinées, horriblement mutilées par les poignards, coutelas, haches, de leurs « amis » arabes du même village, devenus des bêtes sanguinaires.  

Des armes avaient été demandées aux autorités préfectorales, par M. Revenu, pour se défendre devant l’éventualité d’une attaque mais elles lui avaient été refusées. 

Le 1er mars 1962, l’assassinat de Mme Josette Ortega, concierge du stage de la Marsa à Mers-el-Kebir, et ses deux enfants la tête fracassée contre un mur. 

Nous savions pertinemment que si l’insurrection se développait, ce n’était nullement le fait du hasard.  Les Français venaient de perdre la bataille de Dien Bien Phu et la guerre d’Indochine, la Tunisie avait obtenu son autonomie interne en juillet 54, grâce à l’agitation nationaliste et à la guérilla. Quant au Maroc il ne s’agissait que d’une question de temps devant la faiblesse des gouvernements successifs qui géraient la France. 

Cependant les déclarations de Pierre Mendès-France, président du Conseil, le 12 novembre 54 ne laissaient aucun doute sur la volonté de la France : « Il n’y a pas de sécession concevable. Jamais la France, aucun gouvernement, aucun parlement français, quelles qu’en soient d’ailleurs les tendances particulières, ne cèdera sur ce principe fondamental. Ici c’est la France. » 

Ce même 12 novembre 1954, François Mitterrand alors ministre de l’intérieur prononce ces phrases : « L’Algérie est partie intégrante de la nation française. Il se trouve que l’Algérie c’est la France parce qu’il se trouve que les départements de l’Algérie sont des départements de la République française. Qui hésiterait à employer tous les moyens pour préserver la France ? » 

Ce même mois : « L’Algérie c’est la France et la France ne reconnaîtra pas chez elle d’autre autorité que la sienne. » 

Toute cette période 1954/1958 appartient aux tueurs du F.L.N. Avec des ordres précis et une volonté de les interrompre, l’armée et la police n’auraient eu aucune difficulté à rétablir l’ordre. Le laxisme des gouvernements qui se succédaient à la direction du pays permettait à la situation de pourrir. 

Il est vrai que cette guerre n’avait rien de commun avec ce que l’on enseignait aux officiers dans les écoles de guerre car l’art militaire enseigné était d’une autre époque. Pour les soldats des guerres passées tout était simple : l’ennemi arrivait d’un horizon précis et il suffisait de l’affronter, de donner l’assaut, d’obéir. Tuer l’ennemi ou se faire tuer, c’était simple. Ici c’était différent, l’ennemi vivait à côté de nous et presque chaque homme pouvait être un ennemi. Comment reconnaître le visage d’un ennemi de celui d’un ami ? Et décider qui il fallait tuer ou aimer ? 

Les soldats professionnels qui avaient fait l’Indochine connaissaient cette forme de guerre, ils y avaient été confrontés et il aurait été facile pour eux de la gagner très rapidement avec le minimum de pertes. 

Le premier coup fatal à l’Algérie française fut porté le jour où la décision fut prise d’envoyer les « appelés » du contingent en Algérie. Jamais les responsables politiques n’auraient dû accepter de voter cette loi.   

Cette guérilla était l’affaire des soldats de métier et, à la rigueur, d’une mobilisation des Français d’Algérie, qui eux, auraient su pourquoi ils risquaient leur peau.                

C’était en mars 1956, après le vote des pouvoirs spéciaux à Guy Mollet. Une époque où des ministres irresponsables, mais vraiment coupables, envoyaient à l’abattoir des jeunes du contingent sans, pratiquement, aucune formation militaire. Des jeunes qui croyaient partir en vacances organisées, la fleur au fusil en quelque sorte. Ils arrivaient en bateau, découvraient cette magnifique baie d’Alger, s’émerveillaient devant cette ville qui les accueillait sous un soleil radieux, eux qui, pour la grande majorité, n’avaient encore jamais quitté leur région. Ils étaient étonnés de la beauté et de la fraîcheur des jeunes femmes qui les recevaient sur les quais, leur offrant une collation et leur souhaitant la bienvenue 

Les événements qui se déroulaient de l’autre côté de la Méditerranée, là-bas, si loin, laissaient indifférente la grande majorité des métropolitains.  « Après tout qu’ils se démerdent entre eux ».  Mais, dès qu’il fallut envoyer leurs fils défendre cette terre d’Algérie, dont ils se moquaient totalement, et mourir pour la conserver à la France peut-être, mais surtout aux riches colons milliardaires, alors là pas question, c’était une autre histoire qu’ils n’étaient pas près d’accepter sans réaction violente.   

Nous les comprenions, nous comprenions parfaitement ces mères qui voyaient leurs « petits » partir se battre dans un pays qu’elles ne connaissaient même pas et dont elles n’avaient rien à foutre. D’autant plus que ces jeunes appelés s’imaginaient partir en vacances pour quelques semaines, visiter un pays nouveau, une sorte de « club Med » avant l’heure.    

Aussitôt on les embarquait sur des camions et ils découvraient la Mitidja, la merveilleuse côte djidjelliene, la Kabylie, le sud, avec ses oasis, ses oueds à l’eau si claire, qui s’offraient à leurs jeunes corps en sueur, comme un supplice de Tantale, sous ce soleil de plomb.  En deux temps et trois mouvements ils se retrouvaient à poils et se plongeaient, avec délice, dans l’eau fraîche de l’oued.   

C’est l’instant qu’attendaient les fellaghas, tapis dans l’ombre propice. Les mitraillettes crépitaient, les obusiers chantaient et ils les achevaient au couteau, en se régalant de massacrer cette jeunesse insouciante et bien nourrie que leur offrait la France. 

Les « appelés » mouraient avant même d’avoir atteint leur destination.   

Il y en eut des massacres de ces jeunes ! A Palestro notamment, le 18 mai 1956, très exactement à Ouled-Djerrah, à moins de 90 kilomètres d’Alger, où une embuscade, réalisée grâce aux armes fournies par l’aspirant félon et communiste, Maillot, fit vingt et un morts, tous des appelés du contingent, pour la plupart de la région parisienne.  Ils étaient sous le commandement du sous-lieutenant Artur.   

L’engagement ne dura qu’une vingtaine de minutes, ils tombèrent dans le piège tendu par la population du village, avec laquelle ils venaient de prendre le « kaoua » de l’amitié quelques instants auparavant, et qui, à présent, les massacrait.   

On retrouva quinze corps suppliciés. Voici le témoignage du lieutenant Pierre Poinsignon, commandant la 6° compagnie qui s’était portée à leur secours : « Des cadavres mutilés gisant dans les buissons. Les yeux sont crevés, les corps vidés de leurs entrailles et bourrés de cailloux, les testicules coupés en enfoncés dans la bouche et les pieds zébrés de coups de couteaux. » 

Le 18 juillet de cette même année, dix-neuf soldats tombent dans une embuscade au douar de Sidi Ghalem où ils étaient « invités » par des indigènes. On retrouve leurs corps atrocement mutilés. 

L’ALN exécute à la lettre les consignes données par le FLN dans son organe « El Zitouna » : « Mes frères, ne tuez pas seulement mais mutilez vos ennemis, crevez-leur les yeux, coupez-leur les bras et pendez-les. Soyez certains mes frères que les soldats qui verront leurs camarades pendus à un arbre avec un bras et une jambe en moins et un œil crevé, soyez certains que ces soldats laisseront à l’avenir passer les caravanes et se sauveront comme des rats. » 

Quelques mois plus tard ce fut le massacre dit de la côte 116, dont je ne relaterai pas les détails car ils ressemblent trop aux précédents.                              

C’est lors de cette embuscade qu’il y eut un miraculé : Paul Levy, de Bab-el-oued. Il avait placé ses deux mains sur sa tête pour se protéger. Elles étaient transpercées de dizaines de coups de couteau, puis il s’était glissé sous des cadavres et les tueurs l’avaient laissé pour mort sur le chemin de terre.  

Nous avions fréquenté la même école, rue de la Révolution, dans le quartier de la Marine, puis je l’avais perdu de vue après mon entrée au lycée. Quand j’avais lu son nom, quelques années plus tard, c’était dans ce compte-rendu dramatique. 

Par centaines ces cadavres arrosaient de leur sang cette terre si riche déjà du sang de leurs aïeux. 

Et vous vouliez que les mères françaises acceptent, silencieuses, le sacrifice de leurs enfants ? Pourquoi, pour qui ? Pour ces gens que la presse et la télévision françaises leur présentaient comme des exploiteurs, des riches colons, des nantis entourés d’esclaves qu’ils nourrissaient d’un morceau de pain et d’une poignée de dattes, et qui menaient une existence oisive, dans des résidences dignes des palais des Mille et une nuits.  Allons donc !  Qu’on nous laisse nos fils et qu’on envoie au diable ce pays qui, en plus, on nous le répète constamment, coûte à la France beaucoup plus qu’il ne rapporte. 

Ce que nous répétaient ces jeunes « appelés » avec une conviction sincère : « Nous sommes venus pour vous défendre ! » était faux, totalement faux, ce n’est pas nous que vous êtes venus défendre, ce n’est pas à nous qu’on fait la guerre, c’est à la France et c’est la France que vous êtes venus défendre. 

Vous la défendez comme nous l’avons défendue au cours des deux dernières guerres. Nous ne sommes pas venus nous faire tuer pour défendre les Auvergnats, les Lorrains, la Champagne ou les Alsaciens, nous sommes venus défendre la France, exactement comme vous la défendez ici, comme vous défendez notre œuvre réalisée au prix de notre sueur, de nos larmes et de notre sang, tout ce que nous avons construit et que l’on nous reproche aujourd’hui comme un crime.  

Que vos mères, qui ont tant souffert de la perte d’un être cher, sachent qu’elles le doivent, pour une grande part, à l’activité pro-FLN de membres du Parti Communiste Français et de ses satellites. 

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Manuel Gomez pour Dreuz.info.

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