Publié par Dreuz Info le 22 août 2020

Cette détonation est aussi un signal de danger pour l’Europe, selon un article du journal allemand Die Welt, renseigné par les services secrets.

Après la catastrophe dans le port de Beyrouth du 4 août dernier, le Hezbollah était soupçonné d’être impliqué dans le stockage du nitrate d’ammonium, un sel utilisé comme explosif. Maintenant, WELT a des informations exclusives des services secrets occidentaux.

Certes le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a nié avec véhémence que son organisation avait quoi que ce soit à voir avec le stockage des produits chimiques à l’origine de l’explosion. Mais selon les informations des services secrets occidentaux dont dispose WELT, le Hezbollah a reçu au Liban d’importantes livraisons de nitrate d’ammonium liées à l’explosion dans le port de Beyrouth.

Qui les a fait livrer, et qui était responsable du stockage, est en cours d’investigation. Et selon les informations des services secrets mises à la disposition de WELT, le Hezbollah a fait livrer des quantités considérables de nitrate d’ammonium au Liban, tandis que l’unité Al-Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique iranienne (GRI), unité chargée des opérations paramilitaires à l’étranger, apparaît comme responsable du transport.

Lors d’une première transaction, le 16 juillet 2013, 270 tonnes de nitrate d’ammonium paraissent livrées par l’Iran au Liban, pour un coût équivalent à 179 399 euros. Le 23 octobre de la même année, 270 tonnes supplémentaires semblent livrées, pour l’équivalent de 140 693 euros. D’une troisième livraison effectuée le 4 avril 2014, on ne connaît que le coût : un milliard de rials iraniens, environ 61 438 euros.

Au total, ces trois livraisons portent sur une quantité de 630 à 670 tonnes de nitrate d’ammonium.

La cargaison d’octobre 2013 paraît avoir été transportée dans des conteneurs de vrac flexibles par avion, vraisemblablement par l’une des compagnies aériennes iraniennes dites privées, qui sont en fait des sociétés écran pour les GRI. L’une d’elles, Mahan Air, a été interdite en Allemagne l’année dernière, explicitement à cause de ses activités pour les GRI iraniens.

Les autres livraisons ont été effectuées par voie maritime, ou terrestre via la Syrie comme souvent les livraisons d’armes iraniennes au Hezbollah.

WELT a pu consulter des documents de facturation de ces livraisons, et a pu en vérifier assez pour les estimer fiables en l’état de ce qu’on sait de la logistique du Hezbollah et des GRI. Des itinéraires de transport et des livraisons similaires entre les deux organisations sont connus depuis longtemps et, dans certains cas, bien documentés.

Côté iranien, les livraisons paraissent avoir été organisées par le service logistique de l’unité Al-Qods, dirigé par Seyyed Mojtaba Moussavi Tabar. Tabar lui-même n’apparaît pas dans les documents, mais c’est usuel pour les officiers des GRI travaillant dans le renseignement.

Deux autres participants présumés des livraisons figurent sur la liste des sanctions américaines contre l’Iran. Behnam Shahriyari, probablement l’adjoint de Tabar, fait l’objet de sanctions depuis 2011 pour ses rapports avec le Hezbollah, désigné organisation terroriste en Amérique et dans de nombreux pays européens. Il apparaît à la tête de la société de transport iranienne Liner Transport Kish, qui a apparemment également participé à la livraison de nitrate d’ammonium au Hezbollah.

Côté libanais, Mohammad Qasir, 57 ans, membre du Hezbollah qui figure aussi sur les listes des sanctions américaines, semble responsable de la réception de la cargaison. Il est considéré comme une liaison importante entre le Hezbollah et, d’autre part, l’Iran et la Syrie. Des photos de l’agence iranienne Tasnim, publiées par l’AFP, le montrent en arrière-plan lors d’une conversation entre le président iranien Ruhani, son homologue syrien Assad et Soleimani, le feu général des GRI.

Qasir semble responsable de la logistique du Hezbollah depuis 20 ans, ainsi que du paiement des livraisons de nitrate d’ammonium. Il est aussi lié aux explosifs d’une autre manière, car son frère a commis la première attaque du Hezbollah en novembre 1982. C’est lui qui conduisait le camion qui a explosé au QG de l’armée israélienne à Tyr, tuant au moins 75 soldats israéliens, 14 de leurs prisonniers arabes et lui-même. Or l’explosif de cette attaque était du nitrate d’ammonium.

Si les informations de WELT sur les livraisons sont correctes, alors Qasir lui-même a acheté et transmis l’explosif qui a tué son frère. Il est en tout cas certain que le Hezbollah a utilisé à plusieurs reprises du nitrate d’ammonium pour ses attaques. Les archives du coordinateur national du renseignement américain documentent au moins quatre attaques du Hezbollah avec du nitrate d’ammonium.

Enfin le Hezbollah est fortement soupçonné d’avoir mis en place d’autres stockages d’explosifs en, entre autres, Allemagne, Grande-Bretagne et à Chypre. Voilà pourquoi l’explosion apocalyptique dans la zone portuaire de Beyrouth le 4 août 2020 est un signal de grand danger pour l’Europe.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Traduction de Patrick Vallois pour Dreuz.info.

Article original : Daniel-Dylan Böhmer, Die explosive Spur führt zur Hisbollah, 19/08/2020 : https://www.welt.de/politik/ausland/article213884822/Libanon-Die-explosive-Spur-fuehrt-zur-Hisbollah.html

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