Publié par Daniel Pipes le 10 septembre 2020

L’argent du contribuable ne peut servir à favoriser une religion dans des infrastructures publiques telles que l’aéroport de Philadelphie

Pour contribuer à Dreuz.info en utilisant votre carte de crédit sans vous inscrire à Paypal, cliquez sur ce lien Paypal.Dreuz, et indiquez le montant de votre contribution.

C’est à grands renforts de publicité qu’en août 2018, l’aéroport international de Philadelphie (PHL) a ouvert une « salle de silence » (« Quiet Room »). Accessible en tout temps (365/24/7), la pièce constitue une plus-value appréciable pour un nœud aéroportuaire très animé. Mais cela pose également un problème inquiétant.

Composé de deux pièces, l’espace de près de 100 mètres carrés est situé au-delà de la zone des contrôles de sécurité, entre les terminaux D et E. Dans un communiqué de presse de l’aéroport, la salle est fièrement présentée comme « un lieu de silence que tous les passagers peuvent utiliser, quelles que soient leur conception du monde, leur culture et leur appartenance religieuse », un espace adapté à « ceux qui recherchent un lieu de solitude ou de prière ». En quoi cela pourrait-il poser problème ?

À vrai dire, le problème est celui qui s’est déjà présenté dans des écoles, des hôpitaux, à la sécurité des aéroports, et d’une façon générale : l’islam jouit d’un statut privilégié. La salle de silence réserve en effet un traitement de faveur à l’islam de quatre manières :

Premièrement, le nom de l’espace dédié, mentionné en cinq langues, présente un problème :

  • Salle de silence (en anglais, Quiet Room)
  • Salle de méditation (en espagnol)
  • Salle de silence (en hébreu)
  • Salle de prière (en arabe)
  • Méditation tranquille (en chinois)
La signalétique annonçant la salle de silence © Daniel Pipes.

Pour les lecteurs arabes, l’expression ghurfat as-salat, غرفة الصلاة, fait du soi-disant « lieu de silence » de l’aéroport un espace religieux. La dénomination arabe désigne en effet un lieu exclusivement réservé à la prière musulmane. Aucun chrétien ne prie dans un endroit appelé ghurfat as-salat. Il s’agit donc d’un message clair envoyé aux arabophones pour leur indiquer la présence, dans l’aéroport de Philadelphie, d’un espace consacré à la prière islamique.

Deuxièmement, la salle comporte nombre d’objets islamiques dont certains portent un logo d’allure officielle (exemple : des tapis de prières estampillés « PHL Airport »).

Le bain de pieds de l’aéroport est « mis principalement à la disposition des utilisateurs musulmans. » © Daniel Pipes.

Troisièmement, la salle contient des équipements intégrés exclusivement islamiques. Pour commencer, l’aéroport annonce : « La salle de silence contient un bain de pieds pour les passagers qui ont besoin de se purifier avant la prière ». Les concepteurs de la salle, Roya Taheri et Massoud Mohadjeri de la société Taheri Architects, le reconnaissent explicitement : « Un bain de pieds est principalement mis à la disposition des utilisateurs musulmans pour qu’ils puissent effectuer leurs ablutions avant la prière. »

Par ailleurs, Taheri Architects indique que « le bain de pieds dirige le passager vers un petit coin de prière comprenant un tapis intégré en direction de la Qibla » (la direction de La Mecque, vers laquelle se tournent les musulmans pour prier). Enfin, une flèche verte au plafond pointe vers La Mecque.

Quatrièmement, la salle est vide. Il n’y a que des banquettes le long du mur mais pas de chaises ni de bancs d’église, de sorte que le lieu convient principalement aux prières musulmanes.

En favorisant l’islam par rapport aux autres religions, la salle de silence ressemble à ce qui se fait dans plusieurs aéroports américains. Ceux de Kansas City et d’Indianapolis disposent de bains de pieds. Celui de Minneapolis-St.Paul a conçu un plan élaboré (mais avorté) d’enseignes lumineuses de différentes couleurs sur le toit des taxis pour répondre aux besoins des chauffeurs musulmans refusant de véhiculer des passagers transportant de l’alcool.

La Qibla de l’aéroport de Philadelphie, indiquant la direction de La Mecque © Daniel Pipes.

Mais cette façon de faire constitue une erreur. Des infrastructures publiques telles que l’aéroport PHL, propriété exclusive de la Ville de Philadelphie, doivent s’en tenir au principe selon lequel les musulmans américains ont les mêmes droits et devoirs que les citoyens (et voyageurs) d’autres confessions. Ils n’ont pas de droits spéciaux. Cela signifie que les institutions publiques peuvent mettre à disposition un espace à des fins religieuses (ex. chapelles, bains de pieds), mais ne peuvent pas utiliser l’argent du contribuable pour financer sa construction ou son entretien.

C’est dans cet esprit que j’ai demandé aux responsables de PHL d’apporter quatre modifications afin de rendre la salle de silence véritablement œcuménique :

  1. Modifier ou supprimer le nom arabe de la pièce.
  2. Ajouter une signalétique destinée à préciser que les objets religieux situés dans la salle de silence sont strictement privés et non officiels.
  3. Créer une égalité religieuse, de préférence en éliminant les équipements exclusivement islamiques (bain de pieds, tapis encastré et qibla). Sinon, ajouter au minimum des équipements non islamiques (par exemple : une croix chrétienne, une mizrah juive, un tapis de yoga hindou, un chapelet bouddhiste, etc.).
  4. Prévoir des chaises dans l’une des pièces.

Au bout de neuf mois de discussions, la directrice de l’aéroport, Rochelle Cameron, a accepté la modification 1 (l’anglais sera la seule langue mentionnée sur les panneaux) ainsi que la 2 (un panneau sera ajouté pour indiquer que l’aéroport prend ses distances par rapport aux dons privés). L’aéroport a en outre accepté une partie de la modification 3 (la qibla a été supprimée) et en a rejeté l’autre (« nous n’acceptons pas l’affirmation selon laquelle le bain de pieds est un symbole religieux favorisant une religion par rapport aux autres » ; quant au tapis intégré, il « ne représente en aucune manière un symbole clairement religieux »). R. Cameron a rejeté la modification 4 (aucune chaise ne sera ajoutée).

Je remercie les responsables de PHL pour cette réponse positive mais je leur demande d’aller jusqu’au bout des changements nécessaires car il reste trois éléments en contradiction avec le premier amendement de la Constitution américaine interdisant aux pouvoirs publics « l’établissement d’une religion » : la Ville de Philadelphie ne doit ni fournir, ni entretenir le bain de pieds et le tapis intégré, ni garder la salle de silence sans chaises.

La salle de silence de l’aéroport de Philadelphie constitue un problème mineur mais, comme nous le rappelle l’antiracisme à l’œuvre, c’est pas à pas et lentement que s’accomplit la justice sociale.

Par Daniel Pippes

Parce que Dreuz est censuré pour le crime de désaccord avec la gauche, suivez notre fil Twitter, et retweetez-nous. C’est un important geste de résistance pour faire circuler vos idées.

Soutenez Dreuz en partageant cet article

Partagez ce message !

Merci de cliquer sur J'aime pour soutenir Dreuz