Publié par Jean-Patrick Grumberg le 16 septembre 2020

Avant de quitter Washington, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rencontré le secrétaire d’Etat Mike Pompeo à la Maison-Blanche. Il y a une personne que Netanyahou n’a pas rencontrée avant de retourner en Israël, et ce n’est pas rien.

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Benjamin Netanyahou est le Premier ministre démocratiquement élu de l’Etat d’Israël. Cela vous étonne que j’écrive ces évidences ? Pas si vite : vous n’imaginez pas le nombre de juifs de gauche, de juifs Américains de J-Street, d’Européens et Israéliens lecteurs de Haaretz, qui nient la bonne décision des Israéliens de l’avoir élu à ce poste.

Lahav Harkov a rapporté les informations suivantes dans le Jerusalem Post, (Le Post est devenu un média anti-Trump en 2019 – mon rôle de journaliste honnête est de le signaler au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, et cela ne nuit pas à la très bonne qualité de ce journal par ailleurs) :

Netanyahu a rarement quitté la maison d’hôtes de la Maison-Blanche, pendant son séjour à Washington, en raison des restrictions liées au coronavirus. [JPG : je sais par mes sources que Bibi est personnellement très parano avec le coronavirus]

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a terminé son voyage à Washington mercredi sans avoir rencontré ou tendu la main au candidat Démocrate au poste de président Joe Biden.

« Cette visite était totalement axée sur l’événement à la Maison-Blanche », a déclaré un porte-parole de Netanyahou pour se justifier.

« Il n’y a eu aucune réunion avec le Congrès et aucune avec les dirigeants juifs. Ce n’était pas une visite normale ».

Oui bon.

Netanyahou n’a pas rencontré Biden.

Et selon les informations disponibles au moment d’écrire ces lignes, il semble qu’il ne lui a même pas parlé au téléphone, contrairement aux souhaits de la page éditoriale du Jerusalem Post, qui le 9 septembre titrait : « Netanyahou devrait rencontrer Biden lors de son voyage aux États-Unis »

Les différends entre les deux politiciens ne sont pas récents, et ils portent essentiellement sur leur politique. Netanyahou a une fois déclaré :

« J’aime Joe Biden » mais je ne suis pas d’accord avec « la moindre chose qu’il dit ».

Soit….

  • Une source du bureau du Premier ministre a souligné en début de semaine que Biden ne s’est pas déplacé à Washington pour rencontrer le Premier ministre israélien. Il n’était pas chez lui à Wilmington, dans le Delaware, à 150 km de Washington, mais en campagne Floride, et il se déplace très peu.

Et puis…

  • Netanyahou n’a presque pas quitté la Blair House, la maison d’hôtes de la Maison-Blanche, pendant son cours séjour à Washington en raison des restrictions liées aux coronavirus. Et il repart très vite pour passer les fêtes de Rosh Hachana (Nouvel An juif, ce vendredi soir) en Israël.

Un calcul politique

Vous devez garder présent à l’esprit que dans le monde politique, aucun des événements significatifs qui se produisent durant une année électorale ne sont dus au hasard. Tout est lié à l’élection.

  • Si le Premier ministre israélien n’a pas rencontré ou parlé à Joe Biden, ce n’est pas par manque de temps, ni par crainte du coronavirus, ni parce que Biden était en Floride (il ne le sait pas lui-même), c’est parce que les Etats-Unis sont à moins de deux mois de la présidentielle.
  • Il ne fait aucun doute que Donald Trump a demandé à Bibi de ne pas rencontrer ou parler à Biden, pour ne pas nuire à sa campagne, pour ne pas donner prétexte aux médias – qui ont très peu couvert l’événement historique de la signature de paix – et transformer un échange entre Bibi et Biden en un « désaveu » du président américain.
  • Et il ne fait aucun doute que du point de vue stratégique israélien, il était du devoir du Premier ministre de rencontrer celui qui sera peut-être installé à la Maison-Blanche en janvier prochain.

    Et il ne l’a pas fait. Pourquoi ?

Netanyahou se trouvait devant un choix, et il a choisi.

A-t-il eu raison ?

Un jeu dangereux

L’intérêt d’Israël exigeait que Netanyahou dise poliment au président Trump qu’un Premier ministre israélien doit faire ce qu’un Premier ministre israélien doit faire avec son plus proche allié, c’est-à-dire rencontrer le futur président, quel qu’il soit. Dans une année électorale, les Premiers ministres israéliens ont toujours rencontré les candidats des deux partis. C’est ce qu’on appelle sagement « assurer ses arrières ».

Mais Donald Trump n’est pas un président ordinaire.

  • D’une part, il a fait plus pour Israël qu’aucun président n’a jamais fait pour Israël. Ceux qui affirment qu’Obama a été le plus grand ami d’Israël – il y en a – n’ont qu’un seul argument à apporter en soutien : il a renouvelé et augmenté le montant de l’aide militaire accordée à Israël. C’est vrai. Cependant, c’est le Congrès qui tient les cordons de la bourse, pas le président, et si Obama n’avait pas pris l’initiative, il aurait subi un sérieux revers d’image, le Congrès étant pro-israélien au-delà des divisions partisanes.
  • D’autre part, Trump n’est pas un président qui a la langue dans sa poche, et la façon dont ses anciens proches conseillers et collaborateurs dont il s’est séparé parlent de lui montre qu’il ne fait pas dans la dentelle.
  • Enfin, Trump – et il a ceci en commun avec Obama – ne donne sa confiance à personne, sauf à sa famille. Il est ami de longue date avec Bibi, et il aurait interprété la communication de Netanyahou avec son rival, à l’occasion de la signature de ces Accords de paix authentiquement historiques, comme une trahison, comme un coup de couteau dans le dos. Bibi le sait très bien.
  • Donc Netanyahou n’avait pas vraiment non plus le droit, pour Israël, de ne pas tenir compte de la personnalité de Trump, de froisser Trump, et de se le mettre personnellement à dos.

Rappel historique

  • En septembre 2016, avant la dernière élection présidentielle américaine, Netanyahou – lors de sa visite à New York pour l’Assemblée générale des Nations unies – avait rencontré à la fois Donald Trump et Hillary Clinton.
  • En 2012, lors de sa visite à l’ONU, toujours en septembre, Netanyahou s’était entretenu par téléphone avec Mitt Romney, puis avec le président Barack Obama – qui l’avait humilié en refusant de le recevoir – tu parles d’un grand ami.
  • La dernière fois qu’un Premier ministre israélien n’a pas rencontré les deux candidats à la présidence, c’était en 2004. Ariel Sharon a rencontré George W. Bush et a boudé John Kerry, le candidat Démocrate.

    Kerry est devenu secrétaire d’État, et l’on a compris le geste de Sharon. On a vu à quel point il était (et est toujours) hostile à l’égard d’Israël.

    On peut légitimement s’interroger sur ce refus de Sharon : cela a-t-il détérioré les relations et accentué l’hostilité de Kerry, ou rien n’aurait pu tempérer l’hostilité de Kerry ? On ne peut pas décider dans un sens ou dans l’autre sans spéculer. En temps que journaliste honnête, je m’abstiens de spéculer. Mes confrères n’ont pas cette éthique.

Netanyahou, c’est évident pour tous, aime Trump, et Trump l’aime. Ils sont amis de longue date. Ils ont une très bonne relation personnelle, et Bibi est très reconnaissant pour ce que le président a fait pour Israël.

Mais Netanyahou doit regarder au-delà de novembre et faire ce qui est dans l’intérêt d’Israël.

L’intérêt d’Israël

1

Si Biden est élu

Photo by Amos Ben Gershom/GPO.
  • Joe Biden n’est pas un ennemi d’Israël, mais c’est un Démocrate, il n’est pas, et de loin, le grand ami qu’est Trump.
  • S’il est élu, il annulera les sanctions contre l’Iran. Il l’a déclaré et personne n’a été étonné, c’est la ligne Obama, c’est la ligne Démocrate. Et comme je suis un homme simple, je raisonne simplement : l’annulation des sanctions, mécaniquement, renflouera les caisses de l’Iran, et lui permettra d’envoyer plus de missiles de dernière génération au Hezbollah. Et elles sont dirigées contre Israël. Et c’est la plus grande menace qui pèse sur Israël et sa population.
  • S’il est élu, Biden reprendra le flambeau de la doctrine Obama et Européenne, à savoir qu’il réclamera d’Israël qu’il fasse des concessions aux Palestiniens pour trouver une « solution à deux Etats ». Il ne demandera pas de concessions des Palestiniens. Et comme je suis un homme simple, je raisonne simplement : les mêmes causes produisant les mêmes effets, nous repartirons sur 50 ans de blocage, d’attentats, et de condamnations d’Israël – et d’Israël seulement – dans les instances internationales ; de progression de la guerre juridique des Palestiniens auprès des juridictions internationales ; de renforcement de leur revendication illégitime sur Jérusalem qui légalement ne repose sur rien ; et Biden demandera la division de Jérusalem.
  • S’il est élu, Biden suivra-t-il le dangereux sillage de Barack Obama, qui ne s’est pas opposé à une sanction d’Israël au Conseil de sécurité, à quelques semaines de la fin de son mandat ? C’est une inconnue. Elle est risquée.
  • S’il est élu,
    • les Palestiniens retrouveront les aides américaines,
    • l’UNESCO, dont les résolutions dépouillent Israël de son passé et de son histoire multi-millénaire, pour le donner aux Palestiniens qui n’ont aucun historique, ni dans la région ni ailleurs, retrouvera ses budgets américains asséchés par Trump,
    • l’UNRWA – l’Agence de l’ONU spéciale pour les « réfugiées » Palestiniens, qui agit pour qu’ils restent réfugiés et se multiplient – retrouvera ses budgets coupés par Trump.
    • Les Palestiniens rouvriront leur « ambassade » à Washington, et se sentiront forts et puissants de cette présence, ce qui se déclinera dans leur entêtement et leur rigidité.
    • Et Biden ne réclamera pas que l’aide américaine ne serve pas à récompenser les familles des terroristes.

Rien de ce qui précède ne repose sur des hypothèses, mais sur les déclarations de Joe Biden et sur la ligne constante de son parti.

  • En 1982, Biden avait déjà menacé Israël. Lors d’un échange avec le Premier ministre Mehamen Begin, le 22 juin 1982, le sénateur Biden avait tapé du poing sur la table et mis en garde Begin que si Israël n’arrêtait pas d’établir de nouvelles implantations en Judée Samarie, l’aide américaine pourrait être coupée.
  • Begin lui fit cette réponse restée célèbre (1) :

 » Ne nous menacez pas de couper votre aide. Cela ne fonctionnera pas. Je ne suis pas un Juif aux genoux tremblants. Je suis un Juif fier, avec 3 700 ans d’histoire civilisée.

Personne n’est venu à notre secours lorsque nous mourions dans les chambres à gaz et les fours.

Personne n’est venu à notre secours lorsque nous nous efforcions de créer notre pays. Nous avons payé pour cela. Nous nous sommes battus pour cela. Nous sommes morts pour cela. Nous resterons fidèles à nos principes. Nous les défendrons. Et, si nécessaire, nous mourrons à nouveau pour eux, avec ou sans votre aide. »

Admettons que Netanyahou ait rencontré ou parlé à Biden durant sa visite, ce dernier adoucirait son programme s’il était élu ? Bien-sur que non ! Joe Biden n’est pas un outsider de son parti, il est un animal du parti. Il n’a ni l’étoffe, ni le caractère, ni le tempérament, ni l’historique d’un contestataire de la ligne officielle du parti. Et il semble être bien « parti »…

Si Netanyahou avait parlé avec Biden – et l’on peut imaginer les titres flamboyants des médias – cela aurait fait de l’ombre aux chances de réélection de Trump auprès de l’électorat hésitant, et auprès de certains catholiques. Trump aurait été furieux.

Netanyahou pouvait-il prendre ce risque ?

2

Si Trump est réélu

  • Si Donald Trump est élu pour un second mandat et que Bibi avait parlé avec Biden, on peut se lancer dans des hypothèses éduquées. Trump aime Israël. Mais il n’aurait jamais pardonné à Bibi. Et il aurait probablement mis moins d’enthousiasme à aider l’Etat juif contre ses ennemis. D’un point de vue géopolitique, Trump ne lâchera jamais Israël, mais il pourrait assurer le service minimum.
  • Si Donald Trump est élu pour un second mandat, et parce qu’il n’aura plus les mains liées par une réélection, il pourra aller aussi loin qu’il le souhaite dans son désir de faire correspondre l’aide américaine à son amour pour Israël.
  • On peut imaginer les hypothèses les plus folles parce que Trump les a transformées en réalités.

Conclusion

Netanyahou n’a pas pris selon moi un grand risque pour Israël en snobant Biden. D’ailleurs Biden est tellement « ailleurs », qu’il ne se souvient probablement déjà plus que le Premier ministre Israélien était en visite à Washington.

Les Accords de paix signés ce mardi entre les Emirats, Bahreïn et Israël ont beau avoir été ignorés ou minimisés par les médias et la gauche, ils sont monumentaux. Ils sont immenses. Ils vont faire basculer le Moyen-Orient vers la paix, avec ou sans les Palestiniens, et fragiliser, affaiblir un peu plus l’Iran.

Vous pouvez demander à vos connaissances et ceux de votre famille qui penchent à gauche, ou sur les réseaux sociaux qui font la moue devant l’événement, qu’on vous cite un président américain Démocrate qui a accompli autant. Un seul. Il n’y en a pas.

D’autres accords vont intervenir avant novembre.

Le déplacement de l’ambassade à Jérusalem a été lui aussi historique. Les experts avaient prévenu que toute la région allait s’embraser (hi hi hi les experts !)

Trump a prouvé être capable de transformer les hypothèses les plus folles comme jamais aucun président avant lui. Attendez qu’il soit réélu : vous n’avez encore rien vu.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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  1. https://archives.frontpagemag.com/fpm/when-israels-prime-minister-told-joe-biden-i-am-ronn-torossian/

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