Publié par Abbé Alain Arbez le 17 septembre 2020

Jésus a repris la célèbre phrase du Lévitique « Aime ton prochain comme toi-même » pour la connecter à l’amour de Dieu, fondement de toute réalité proclamé dans le Shema Israël : « Ecoute Israël, le Seigneur est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toutes tes forces et de toute ton âme… ».

Et Jésus insiste pour dire que « la loi et les prophètes dépendent de ces deux commandements », bon résumé de son enseignement qui relie toujours Dieu et l’humain. Il met en lumière la valeur infinie de ces deux commandements que sont l’amour de Dieu et l’amour du prochain, indissociables. Comment en effet prétendre aimer Dieu sans aimer le prochain ?

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Mais ce thème de l’amour du prochain est trop souvent instrumentalisé pour justifier des injonctions au nom de grands principes parés des droits de l’homme!  Sans remettre en cause l’hospitalité ou la compassion, il est indispensable de clarifier les interprétations comminatoires du texte biblique.

Qui est le prochain ? Dans l’histoire sainte, où apparaissent les principes de vie mentionnés, il n’y a pas que le compatriote membre du peuple d’Israël qui soit pris en compte. A la différence de la tradition coranique qui prône la solidarité uniquement entre musulmans. En régime biblique, même le guer, l’étranger venu de loin, l’étranger de passage, est défendu par les prophètes d’Israël, au même titre que la veuve et l’orphelin autochtones. L’étranger est inclus dans la communauté, à condition toutefois qu’il respecte les lois du pays d’accueil et, s’il y demeure durablement, qu’il s’assimile. C’est l’exigence de base.

Il y a d’ailleurs toujours eu en Israël des sentinelles pour avertir sur les dangers de pratiques exogènes et idolâtriques importées. Hier comme aujourd’hui, des influences extérieures infiltrées par l’arrivée d’étrangers risquent en effet de provoquer rapidement de graves problèmes de cohésion dans la communauté et des dérives religieuses néfastes.

La « diversité » aujourd’hui mise en exergue ne peut en aucun cas être un faux fuyant avec pour objectif masqué d’affaiblir et de dissoudre l’unité vitale d’une culture nationale pou d’une civilisation. On ne peut fabriquer des êtres hors-sol en série sous prétexte d’accueil incontrôlé du prochain ou au nom des droits de l’homme. Aujourd’hui, la défense proclamée universelle de la planète ne peut pas servir de prétexte à une dissolution progressive des nations qui la peuplent. On ne peut légitimement pas, par le matraquage d’une idéologie mondiale, effacer le sens et la valeur du particulier, car l’universel n’existe pas sans les particularismes du terrain local.

Factuellement, l’amour du « prochain » est cependant un objectif fondamental dans le premier comme dans le nouveau testaments.  Aime ton prochain « comme toi-même »… Cette nuance mérite une attention essentielle : si un être ou un peuple ne s’aime pas soi-même, il sera bien incapable d’en aimer un autre, quand les circonstances incitent à faire le choix opportun de se rendre proche.  Sans estime de soi, l’ouverture à l’autre est illusoire. Ces carences pathologiques de l’être facilitent toutes les instrumentalisations malsaines. Et cela se vérifie dans l’attitude d’un individu, comme dans le comportement d’une communauté, religieuse ou politique.

De ce fait, un pays qui renie sa propre identité (histoire et culture) n’est plus en mesure d’assurer et de gérer un accueil maîtrisé à des étrangers qui frappent à sa porte. On se retrouve dans cette configuration déficiente lorsque, paradoxalement, des autochtones doivent finalement se faire eux-mêmes « accueillir » et donc se faire accepter dans leur propre pays par des individus ou des groupes venus d’ailleurs, imposant insolemment comme un « droit » des pratiques ouvertement hostiles à la culture locale.

Certains diront : mais la parabole du bon Samaritain nous démontre qu’on doit se faire le prochain de celui qui au départ ne l’était pas ! En effet le Samaritain a fait le choix de se faire le prochain du Judéen blessé à terre, alors que tout s’y opposait en raison de la mésentente entre leurs deux collectivités. Notons au départ qu’il s’agit d’un cas individuel : le Samaritain s’est rendu proche « d’un » Judéen, il ne lui est pas demandé de prendre en charge toute la Judée ! On peut comme dans cette histoire évangélique se faire le prochain d’un autre, mais cela s’accomplit non par automatisme, mais par libre choix. Cet autre devient prochain parce qu’on l’a voulu, cette proximité n’est pas imposée, elle est choisie volontairement en fonction de convictions altruistes. Si le respect de l’altérité est une constante dans toute la tradition biblique, cela suppose au préalable une colonne vertébrale et une logique d’ensemble. Et du discernement, car nul n’est tenu à accueillir indistinctement tout et son contraire!

Beaucoup de graves tensions existent aujourd’hui lorsque la présence de familles ou d’individus venus d’ailleurs est imposée de force sans l’assentiment des citoyens du pays d’accueil, et sans conditions explicites de réciprocité dans les droits et les devoirs. Les faits divers illustrent quotidiennement ce décalage et ce danger parfois mortel, c’est pourquoi il serait intellectuellement malhonnête d’instrumentaliser « l’amour du prochain » pour faire accepter naïvement toute pression migratoire sans aucun critère éthique ou législatif. L’action menée au nom de bons sentiments religieux ou humanitaires n’amène que de graves désillusions et amplifie indéfiniment les drames déjà trop fréquents.

« Aimer son prochain comme soi-même » est un bel idéal de vie, individuel et collectif. Les rappels à l’hospitalité ne sont pas inutiles lorsque menacent le repli sur soi ou la phobie maladive de l’autre. Ils peuvent être salvateurs dans des situations d’urgence. Cependant, s’aimer soi-même et préserver ses acquis est prioritaire si l’on veut être responsable, capable du choix conscient d’accueillir et d’apprécier des hôtes ! Ce qui signifie préalablement : ne pas démissionner de son libre arbitre, garder une conscience vive de son histoire et de son identité, défendre ses valeurs propres, maîtriser la situation impliquant toute forme de proximité.

Bien des responsables politiques et religieux, plutôt que de continuer dans la fuite en avant, et dans les principes désincarnés, devraient méditer cette phrase lucide de l’évangile :

« si l’on veut construire une tour, on s’assied d’abord pour calculer la dépense et voir si l’on a les moyens d’aller au bout de son projet ». (Luc 14, 28)

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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