Publié par Jean-Patrick Grumberg le 26 septembre 2020

Le remplacement de Ruth Bader Ginsburg par Ann Coney Barett (ACB), une juge catholique traditionaliste, a soudain poussé les Démocrates à se demander comment un organe non élu de neuf membres en est venu à avoir une telle influence. Quand la Cour penchait à gauche, ils ne se posaient pas la question de cet immense pouvoir – ils en jouissaient.

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Au-delà de cet aspect hyper-partisan et hyper-hypocrite, on ne peut hélas pas nier la part de vérité dans leur questionnement. La mort d’une seule juge a non seulement déclenché une violente guerre politique au Congrès, non seulement révélé les penchants totalitaires des Démocrates, qui n’hésitent plus à se montrer exigeants, menaçants et à inciter à la violence, elle a surtout montré qu’un changement fondamental dans les avancées progressistes obtenues par la Cour peuvent facilement être annulées. Cela concerne par exemple l’avortement et certains droits des LGBT.

Ceci montre à quel point le système peut devenir défaillant. Le sort de la Cour suprême et donc la direction de la société américaine ne devraient pas dépendre du décès d’une femme de 87 ans !

Tout est la faute à Ginsburg

Ginsburg s’était créé une sorte d’aura – deux films lui ont été consacrés – et c’est exactement là que se trouve le problème. Car les progressistes viennent de tout perdre.

Ginsburg a joué un coup de bluff qui ne pouvait que perdre. La Cour suprême, avec l’immense pouvoir qu’il confère à neuf personnes ordinaires et non élues sur l’ensemble de la société américaine, lui était sans doute montée à la tête.

Elle a commis une erreur de jugement très grave en 2013, quand les Démocrates avaient le Sénat et la présidence. Obama était président. Elle avait déjà eu plusieurs cancers, elle aurait dû démissionner puisqu’elle était assurée d’être remplacée par un juge rouge bien juteux. Mais elle a cru qu’elle était irremplaçable, qu’elle était indispensable, et elle s’est crue éternelle.

Ayant tout perdu, elle entraîne avec elle les rêves du mouvement gauchiste, déjà sonnés par l’élection du président Trump qui les a bloqués dans leurs avancées il y a quatre ans. Les Républicains n’ont qu’une idée, tirer la chasse d’eau sur les années de souffrance auxquelles ils n’ont jamais eu le courage de résister, encore moins d’affronter.

Se sachant perdus – Nancy Pelosi et Chuck Schumer, les présidents du groupe Démocrate dans les deux chambres du Congrès (la Chambre des représentants ou équivalent de l’Assemblée nationale, et le sénat) vont tout tenter pour faire capoter la nomination – tandis que la gauche réfléchit déjà à l’après-désastre.

Après le déluge

La Cour suprême, se disent les doctrinaires Démocrates, doit être capable de résoudre les litiges de manière acceptable pour les gens, même si la décision ne leur plaît pas. Jusque là, je n’ai pas d’observation.

Ils se disent qu’elle doit être capable de résoudre certaines grandes questions de société d’une manière que les gens sont prêts à accepter – parce que s’ils ne le font pas, cela va dégénérer en guerre sectaire, et il n’y aura pas de stabilité sociale. Ce qu’ils ne voient pas tant que les décisions de la Cour leur plaisaient, c’est que la guerre sectaire existe depuis l’élection d’Obama, et que la stabilité sociale a explosé le jour où Obama a décidé de diriger le pays selon la ligne d’une minorité radicale, méprisant la majorité – les Blancs. Et le mot mépris est à prendre au premier sens du terme.

Ils se disent que lorsqu’elle penchera dans le sens d’une lecture attentive de la Constitution et non plus pour faire des lois progressistes, les Américains vont forcément reconsidérer leur point de vue sur cette Cour suprême, et se demander pourquoi nous lui accordons tant de pouvoir. Ils se disent que les citoyens vont rejeter cette puissante institution qui n’a a pas de relation directe avec les élections démocratiques. Ils se trompent parce qu’ils considèrent que leur vision est forcément bonne, et que la société doit évoluer à leur rythme, parce qu’ils savent mieux que les Américains ce qui est bon pour eux.

La Cour suprême peut-elle éviter d’être politisée ?

Lorsque je parle de respect du texte de la Constitution, qui implique souvent l’interprétation de textes extrêmement vagues qui ont été écrits il y a plus de 200 ans, il faut être totalement honnête et reconnaître qu’il y a tout de même une forte probabilité que les juges interprètent les textes selon leur sensibilité politique, et que leurs décisions deviennent de la politique pure.

Et la légitimité de la Cour exigerait de croire que les juges font autre chose que de la politique partisane pure et simple. Et ce n’est pas le cas. Les décisions sur les sujets les plus controversés se partagent exactement selon la ligne politique des juges. Les Républicains votent pour les politiques conservatrices et les Démocrates pour les politiques progressistes. C’est pourquoi tout le monde ne trouve pas les décisions forcément plus satisfaisantes que celles du Congrès. Des deux bords.

Et en ce moment, les Démocrates parlent comme s’ils s’attendent à prendre le pouvoir, et qu’ils ne s’attendent pas à ce que les Républicains reviennent un jour au pouvoir et fassent la même chose qu’eux.

Puisqu’un juge conservateur va être élu, ils veulent écourter la durée du mandat des juges

Les juges sont élus à vie. Il va y avoir, sauf retournement spectaculaire, mais je parle au jour d’aujourd’hui, une Cour majoritairement constitutionnaliste, textualiste, traditionaliste, avec 6 conservateurs et 3 progressistes. Les Démocrates en sont malades et je les comprends. Ils veulent donc limiter à 18 ans leurs mandats, avec des ouvertures tous les deux ans. Cela leur permettrait d’amortir le choc, par rapport à une durée à vie.

L’idée n’est pas totalement dénuée de sens. Je vous explique pourquoi. Mais s’ils avaient une majorité de juges de gauche, l’idée – qui est d’eux – ils la refuseraient totalement.

  • Le défaut du système actuel, c’est que seul le hasard décide qu’un siège se libère.
  • Avec une limite à 18 ans, si le président a deux mandats, il peut procéder à quatre nominations ;
  • Si un parti contrôle la Maison-Blanche pendant trois mandats, il peut en nommer six, et ainsi de suite.
  • La limite à 18 ans permet de faire mieux coïncider la composition du tribunal avec les résultats des élections.

Pour marginaliser les 6 juges conservateurs, ils veulent augmenter le nombre et retrouver une majorité de juges rouges

  • La menace le plus couramment répétée ces jours-ci par les médias et les politiques pour inciter les sénateurs républicains à ne pas nommer une juge avant l’élection, c’est que s’ils ont le pouvoir en novembre, ils vont bourrer la Cour avec le nombre nécessaire de juges pour que les Républicains se retrouvent de nouveau en minorité. Soit 13 juges – ou plus par sécurité.
  • Mais il y a un problème dont les médias se gardent bien de parler, et c’est que le public n’aime pas cette idée. D’abord elle est injuste, et ensuite, elle créera un cycle infernal. A chaque alternance, le parti au pouvoir remplira la Cour.
  • Disons que les Démocrates gagnent en novembre et montent à 13 juges. Les Républicains, la fois d’après, monteront à 17, et avant qu’on s’en aperçoive, il y aura 100 juges à la Cour suprême !

Représenter l’opinion publique

Le juge en chef John Roberts ne fait pas partie des cinq juges les plus conservateurs de la cour. Il est au centre sur le plan idéologique. Celle qui remplacera Ginsburg sera à la droite du juge Roberts. Roberts ne sera plus la justice médiane. Le juge médian sera probablement Brett Kavanaugh, et peut-être, occasionnellement, Niel Gorsuch. La Cour va ainsi reprendre le chemin des valeurs profondes américaines, et non celui de la minorité, voire de la micro-minorité des quelques dizaines de milliers de journalistes, et des élites progressistes et nanties qui vivent sur les deux côtes du pays.

Il y a eu de nombreuses fois où la légitimité de la Cour a été contestée, menacée. Cela n’a certainement pas nui – sur le plan de sa légitimité – que Roberts ait voté un peu à gauche et ait donné quelques rares victoires à la gauche que les gens n’attendaient pas – comme le droit à l’avortement ou Obamacare, mais cela allait contre l’opinion publique. Le prochain juge, heureusement, ramènera la Cour assez loin vers la raison.

Comment se positionnent les Américains sur les grands sujets de société :

  • Avortement : une forte majorité d’Américains est hostile à l’avortement (1), mais en même temps, ils sont opposés à son interdiction. La Cour suprême est plus progressiste que les Américains, et colle aux voix les plus extrêmes.
  • Immigration : une Cour progressiste est pour la légalisation des illégaux. La majorité des Américains est contre (2). Pendant la pandémie, 78 % des Américains soutiennent la décision de Trump d’interdire l’entrée des immigrants (3).
  • Protection de la liberté religieuse : 8 Américains sur 10 considèrent que leur liberté religieuse est assez importante pour eux, 55 % disent qu’elle est très importante (4), et 42 % des évangéliques considèrent que leur liberté religieuse est en danger (5). La Cour suprême progressiste donne la faveur aux autres groupes : les laïques, les homosexuels, le paiement obligatoire de la pilule dans les contrats d’assurance santé, même pour les employeurs dont la conviction religieuse l’interdit.
  • Protection du droit de porter une arme : c’est un des droits les plus difficiles à exercer dans les Etats et les villes tenus par les Démocrates. L’interdiction déguisée sous une cascade de limitations est au programme de tous les politiciens Démocrates. Pourtant, 3 Américains sur 4 pensent qu’ils ont le droit d’avoir une arme, et veulent que ce droit soit protégé (6). Une Cour progressiste ne leur rendrait pas justice et ne les représenterait pas : elle obéirait à la minorité Démocrate.
  • Protection de la liberté d’opinion. 65 % des Américains considèrent que les entreprises de médias sociaux violent leur droit à la liberté d’expression protégé par le Premier amendement (7). Les Démocrates veulent en revanche limiter ce droit afin d’interdire ce qu’ils appellent les messages de haine – et c’est eux qui décident ce qui est un message de haine.

Bloquer la nomination d’une juge par tous les moyens

L’une des caractéristiques des dictateurs est qu’ils exigent des promesses d’allégeance et des démonstrations de fidélité, qu’elles soient sincères ou non. Vos opinions personnelles ne les intéressent pas. C’est votre soumission qu’ils veulent. Il y a beaucoup de précédents historiques. Aucun n’est bon.

Les Démocrates promettent l’enfer et le sang si Trump nomme une juge à la Cour suprême avant les élections du 3 novembre.

Cette forme de tyrannie est effrayante. Nous sommes dans le cas où les sénateurs et le président américain exercent leurs droits et leurs pouvoirs constitutionnels. Cependant, l’exercice normal de leur pouvoir menace la volonté des Démocrates. Aussi tentent-ils de nier leurs droits et leur pouvoir aux sénateur et au président par des menaces, des intimidations, des abus de pouvoir et des tactiques anticonstitutionnelles.

Malgré la campagne de désinformation menée par les médias pour le compte du parti Démocrate, la nomination de ce siège à la Cour suprême suit les normes historiques du sénat. Il existe certes un précédent différent, lorsqu’en 2016, les sénateurs Républicains ont refusé d’examiner la candidature du juge nommé par Obama. Mais la comparaison s’arrête court : Obama ne pouvait pas être élu pour un troisième mandat, Trump le peut.

  • Emmet Macfarlane, conseiller politique du gouvernement de Justin Trudeau et professeur de science politique, a appelé (8) à déclencher des incendies au Congrès américain si le président Trump nomme un juge à la Cour suprême.
  • Don Lemon, l’un des commentateurs vedette de CNN, a déclaré (9) qu’en cas de nomination, il fallait « faire sauter tout le système » et éliminer le Collège électoral. Il a menacé qu’il fallait changer radicalement le système politique américain pour enlever le pouvoir au vote « minoritaire » du pays.
  • La chef de cabinet de Gavin Newsom, Ann O’Leary, a tweeté qu’elle est prête à faire obstacle de son corps, de s’allonger par terre et d’empêcher les sénateurs d’entrer au Capitole américain pour voter sur la prochaine justice SCOTUS (10).

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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  1. http://maristpoll.marist.edu/?page_id=44044 et https://breakpoint.org/how-american-think-about-abortion-and-what-pro-lifers-must-learn/
  2. https://dailycaller.com/2020/08/25/poll-rasmussen-legal-immigration-illegal-e-verify-daca-amnesty/
  3. https://www.npr.org/2020/08/05/898915843/americans-back-trump-on-immigration-but-only-to-stop-covid-19-poll-finds
  4. https://abcnews.go.com/Politics/wireStory/religious-freedom-america-popular-polarizing-72188535
  5. https://www.afa.net/who-we-are/press-releases/2020/new-poll-proves-importance-of-religious-freedom-to-vast-majority-of-americans-heading-into-key-election/
  6. https://news.gallup.com/poll/105721/public-believes-americans-right-own-guns.aspx#:~:text=The%20poll%20makes%20it%20clear%20which%20side%20Americans,amendment%20this%20way%2C%20but%20a%20majority%20still%20do.
  7. https://www.freedomforuminstitute.org/first-amendment-center/state-of-the-first-amendment/
  8. https://www.msn.com/en-us/news/politics/don-lemon-blow-up-the-entire-system-and-eliminate-the-electoral-college/ar-BB19iGTO?ocid=uxbndlbing
  9. https://www.the-sun.com/news/1503056/leftists-threaten-violence-burn-congress-gop-replaces-ginsburg-aoc/
  10. https://www.thegatewaypundit.com/2020/09/democrats-threaten-fly-washington-prevent-senate-vote-scotus-nominee-lay-floor-block-entry-senate-tucker-carlson-open/

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