Publié par Jean-Patrick Grumberg le 2 septembre 2020

Maître de conférences en Arts de la scène et chercheuse associée au CNRS, Isabelle Barberis n’y va pas avec le dos de la cuiller pour pointer du doigt la folie destructrice de ceux qui instrumentalisent l’affaire Obono pour attaquer Valeurs Actuelles et faire obéir les esprits libres (ils leurs sont insupportables).

La géniale experte compare l’affaire Valeurs Actuelles encapsulée dans l’artificiel scandale Obono, au Procès* de Kafka. Le « roman hilaro-tragique de Kafka dans lequel un protagoniste accusé d’un crime sans objet, est sommé de se justifier de faits inexistants. La célèbre fable rend compte des rouages retors du mécanisme de la justification (voir par exemple Marthe Robert) : un innocent alimente lui-même ses persécuteurs ».

Barberis développe :

C’est ce type d’excès de zèle, à la fois grotesque et redoutable, qui s’est montré au grand jour lors du faux-scandale de la fiction parodique sur Danièle Obono.

Cette affaire répète, sur le mode farcesque (antiraciste), la tragédie du racisme, tout en menant encore plus loin son absurdité, en créant un sinistre précédent : désormais il ne suffira plus de parader quelques heures par mois avec son badge « je ne suis pas raciste » « touche pas à mon pote » pour avoir le droit à un strapontin dans la bonne société…

L’affaire démontre, par l’hystérie collective qui s’est emparée de gens d’habitude lucides, qu’il sera désormais nécessaire, pour établir sa notoriété antiraciste, de débusquer, puis de dénoncer et enfin de lyncher sur la place publique un « raciste ». Quitte à le fabriquer de toute pièce.

Ces réactions, qui ont vu en quelques heures les réprobateurs de la « cancel culture » retourner leur veste, servent de révélateur à la dégradation du débat public, à l’hystérie ambiante et à la mise en place du dangereux mécanisme de bouc émissaire : en quelques heures, une sorte d’unanimité fort satisfaite d’elle-même s’est dégagée pour clouer au pilori un journal, mais aussi un dessinateur et un écrivain, accusés de la pire infamie : être raciste.

Les notables et les politiques se sont joints aux sirènes, outrepassant leurs rôles, expédiant des procès non jugés, sur la base d’un délire interprétatif présenté comme une vérité. Le Garde des Sceaux lui-même a prononcé le verdict !

Elle poursuit :

Vous comprenez, là c’est la droite, donc on peut cracher, déshumaniser et avoir tort avec Sartre…

L’Observatoire de la liberté de création, toujours prompt à afficher une position ultralibérale lorsqu’il s’agit de défendre « tuer les bébés blancs » ou Médine au Bataclan, se tait pudiquement : vous comprenez, là c’est la droite, donc on peut cracher, déshumaniser et avoir tort avec Sartre…

Par contre, quand les comiques professionnels de France Inter passent leur temps à comparer les gens de droite à des « rats », des « merdes », des « chiottes », ce ne sont que ricanements bon enfant et facéties de joyeux drilles que taquine la muse.

…/…

A moins de considérer que Madame Obono est rendue « sacrée » par sa couleur de peau (et nous nous en approchons, cf. toute la sémantique hystérique sur la souillure et l’union sacrée), Mme Obono peut comme toute personnalité, à plus forte raison publique, être parodiée. Ce qui est raciste est de considérer que la parodie doit être contrainte par des considérations raciales : on ne parodierait pas l’homme noir qui n’aurait pas accès au second degré???

…/…

Car pour trouver cette parodie « raciste », il faut adhérer implicitement à des thèses racialistes. Considérer que la peinture où le célèbre comédien Ira Aldridge prêtait ses traits à un portrait d’esclave serait raciste – c’était jusque là le point de vue de Françoise Vergès, et apparemment aujourd’hui, c’est aussi celui des républicains de gauche ! Considérer qu’un noir à qui l’on fait jouer un personnage noir, ce serait « raciste » – c’était le point de vue de la racialiste Aïssa Maïga, est désormais donc aussi celui des critiques du racialisme ?

…/…

…Justifier un acte de censure sur la base de potentiels fantasmes que cela « réveillerait » sans lien avec le message de l’œuvre en question, c’est du contrôle herméneutique totalitaire niant toute l’histoire de la littérature : on censure par l’anticipation d’une surinterprétation erronée, bravo ; enfin, c’est toujours et encore adhérer à des thèses indigénistes sur l’inconscient collectif qui ne serait pas « décolonisé ».

Et elle conclut ainsi :

Il est très inquiétant de constater que les critiques du racialisme font désormais comme leurs ennemis et inventent du racisme pour justifier leur existence.

…/…

Pour finir, cette comédie a offert à la LDNA l’occasion de libérer ses menaces de mort au grand jour. Personne ou presque désormais ne prendra la défense de VA que l’on a préalablement sorti des rangs de l’humanité fréquentable. L’impunité est là, nous l’avons créée de toute pièce. Il existe un crime aussi grave que le racisme : il consiste à l’inventer là où il n’est pas. Dans les deux cas, on fabrique un faux criminel : le premier voit dans la couleur de peau un crime par nature ; le second invente un crime pour lèse couleur de peau. Dans les deux cas, on a désigné un bouc émissaire.

Bien vu, chère madame.

Et pour ma part, j’applaudis (c’est sarcastique) l’exploit de cette France-là : il se disait qu’elle avait jadis 10 ans de retard sur l’Amérique. Grâce aux médias, ou pour être plus précis – par le travail soutenu des médias – les progressistes ultra-minoritaires ont réussi à combler le retard et à épouser en un rien de temps nos pires excès, les tares les plus abjectes de ceux qui en Amérique, veulent sa destruction et s’y livrent quotidiennement depuis 90 jours à Portland, à Kenosha et à Seattle.

La petite coterie constamment invitée à dire publiquement ce qu’elle pense en donnant à croire que c’est l’avis général – alors que tout le monde s’en fiche mais ne veut pas rater une seule émission – a embrassé le racisme extrême de Black Lives Matter (qui refuse que All Black Lives Matter) et la Cancel culture de l’extrême-gauche Démocrate totalitaire.

Petit problème, vous n’avez pas de Donald Trump pour vous sortir d’affaire.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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