Publié par Dreuz Info le 6 septembre 2020

Alexeï Anatolievitch Navalny est né en 1976 à proximité de Moscou. Agé de 44 ans, il est avocat et un militant politique connu pour son opposition au régime du président Vladimir Poutine. En 2016, Navalny avait annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2018. Il fut jugé inéligible en raison d’une condamnation préalable.

Le 20 août 2020, Navalny a été hospitalisé d’urgence dans une unité de soins intensifs de l’hôpital d’Omsk en Sibérie à la suite d’un malaise dont il a été victime pendant un déplacement aérien de Tomsk à Moscou après qu’il eut consommé un thé à l’aéroport. Son entourage a immédiatement suspecté un empoisonnement. Le 22 août 2020, Navalny a été transféré à bord d’un jet privé à Berlin pour y être soigné. Les médecins allemands avaient d’emblée diagnostiqué une intoxication par une substance du groupe des inhibiteurs de la cholinestérase.

Les inhibiteurs de cholinestérases peuvent être utilisés à des fins thérapeutiques (notamment dans le traitement de la maladie d’Alzheimer), mais ils peuvent être aussi, par voie percutanée, ingestion ou inhalation, des poisons mortels, présents dans certains venins de serpent, des pesticides et des agents d’armes chimiques (gaz neurotoxiques, sarin, etc.). Un laboratoire spécialisé de l’armée allemande aurait entre-temps identifié un agent neurotoxique du type « novitchok » que seul l’Etat russe utiliserait encore sur la planète.

Que Navalny soit un opposant au régime en place en Russie et ait souffert de persécutions à ce titre, cela semble avéré ; mais que pour autant ce soit le pouvoir politique qui ait commandité un attentat, s’il en existe des présomptions, la preuve n’en a pas été apportée. Un sondage indépendant réalisé en 2017 indiqua que seuls 2% de la population russe le soutenaient alors que 60% faisaient confiance à Vladimir Poutine. Ce dernier aurait-il à se faire du souci ?

En fait, Navalny a aussi dérangé de gros intérêts économiques et financiers. Le magazine américain Time avait parlé de lui comme de « l’Erin Brockovich russe », du nom de cette assistante juridique et militante américaine pour l’environnement qui avait révélé une affaire de pollution des eaux potables à Hinkley en Californie et dont l’histoire a été racontée dans un film dans lequel son rôle était tenu par Julia Roberts.

Auteur d’un blog et du site RosPil.net, Navalny a créé en 2011 une ONG russe, la Fondation anti-corruption qui a été dissoute en juillet 2020. Il n’a eu de cesse de dénoncer des faits de corruption en Russie. Il a notamment, en octobre 2010, accusé Transneft, une entreprise de transport de pétrole cotée en Bourse, de détournement de fonds à hauteur de 2,9 milliards d’euros lors de la construction d’un oléoduc en Sibérie.

Cette affaire n’est pas sans rappeler celle de la journaliste d’investigation et blogueuse maltaise Daphne Capuana Galicia, assassinée (explosée-disséminée, devrait-on écrire) à Malte en 2017 après avoir divulgué des compromissions au plus haut niveau de l’Etat. Cette affaire a connu un nouveau rebondissement le 22 juillet dernier lorsque l’un des principaux témoins a été retrouvé dans une mare de sang. Cela n’a rien à voir avec une Russie autocratique, mais tout à voir avec un Etat membre de l’Union européenne.

Quant aux restes du journaliste Jamal Khashoggi, dépecé vivant par les sbires de l’un des pays alliés des Etats-Unis dans l’un des pays membres de l’OTAN, jamais ils n’ont été retrouvés.

A cet égard, Navalny a en quelque sorte bénéficié d’un traitement de faveur si l’on peut dire : c’est tout d’une pièce et vivant qu’il a été évacué dans un jet privé affrété par une ONG du fin fond de la Sibérie à l’hôpital de la Charité à Berlin.

Les Etats-Unis ont exprimé, par la voix de leur secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, leur « profonde préoccupation » au sujet de cette affaire et apporté leur soutien à l’Union européenne qui a demandé une enquête approfondie afin que les responsables de la tentative d’empoisonnement, si l’hypothèse se confirmait, rendent des comptes.

Les recherches pour cet article ont amené son auteur à vérifier où l’on en est dans le dossier de l’assassinat du Président Kennedy en 1963 (il y a bientôt 57 ans). En 2017, le Président Trump avait  déclassifié un grand nombre de documents mais il en resterait encore tenus secrets car jugés « trop sensibles ».

A défaut de connaître le contenu de ces derniers, faut-il se contenter de l’envie qu’aurait éprouvé Lee Harvey Oswald, un serial loser, à l’égard des gens réussissant tout ce qu’ils entreprenaient – dont le couple Kennedy constituait un parangon à ses yeux – comme motif de l’assassinat du président, comme en témoigna la correspondance que l’assassin a laissée ? Et, qu’en est-il du second tireur ? Partageait-il les mêmes griefs ?

Certes, dans un monde idéal, l’on s’attendrait à ce que toute la lumière soit faite sur de telles affaires et aussi que toute violence, d’où qu’elle vienne, soit bannie de la société. Voilà un beau projet pour un monde libre. Puisse l’Union européenne s’en inspirer plutôt que de s’égarer dans ses chimères illibérales et chacun de ses membres préserver ses citoyens honorables de la violence endémique à laquelle ils sont exposés plutôt que de les houspiller pour des peccadilles de quelqu’ordre que ce soit !

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Thierry Godefridi pour Dreuz.info.

(L’auteur de cet article a publié un essai en avril 2020 sur la transformation de l’Union européenne en une dictature écologiste, On vous trompe énormément : L’écologie politique est une mystification, disponible en version papier et au format Kindle sur Amazon.fr.)

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