Publié par Abbé Alain Arbez le 7 octobre 2020

Depuis deux semaines, le président musulman de l’Azerbaïdjan Ilham Aliev a lancé une offensive militaire contre la petite république autoproclamée du Haut Karabakh, peuplée à 100% d’Arméniens chrétiens.

D’intenses tirs d’artillerie azeris ont pilonné les civils dans les villages autour de Stepanakert. Erevan a riposté et a déclaré l’état d’urgence tout en interpellant le conseil de sécurité de l’ONU.

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D’où provient la crise ? Elle remonte à un passé tragique. Le Haut Karabakh est un territoire arménien depuis deux mille ans, des églises nombreuses parsèment la région. La mésentente entre les Arméniens et les Azéris (ou Tatars de Crimée) a été à son paroxysme entre 1905 et 1906, puis le génocide des Arméniens du territoire ottoman a fait ses ravages en 1915, haut Karabakh compris. Pendant la période de l’Union soviétique, le parti communiste a réprimé tout sentiment national des Arméniens de cette région et Staline a rattaché en 1921 le territoire du Haut Karabakh à la république socialiste soviétique d’Azerbaïdjan peuplée de musulmans, alors que la population est à 95% arménienne et chrétienne. Dès lors, les Arméniens du Haut Karabakh ont subi des déplacements de population organisés par Bakou.

En 1988, 1 an avant la chute du mur de Berlin, les habitants chrétiens du Haut Karabakh réclament le rattachement de leur territoire à la république soviétique d’Arménie. C’est en réponse à cette revendication légitime que les Azeris massacrent des Arméniens à Bakou, Sumgaït et Kirobavad. En 1990, dans la capitale d’Azerbaïdjan, les Arméniens subissent de la part des Azeris des représailles d’une extrême violence : les femmes enceintes sont agressées, les fillettes violées sous les yeux de leurs parents, et la croix arménienne est marquée au fer rouge sur le dos des malheureuses victimes.

En 1993, les forces arméniennes reprennent le contrôle de régions d’où partaient les bombes azeries contre les civils du Haut Karabakh, elles chassent les Azeris sans perpétrer aucun massacre, retournement de situation qui amène l’Azerbaïdjan à demander le cessez-le-feu en 1994. Les négociations sont depuis cette étape placées sous le contrôle du groupe de Minsk, coprésidé par les USA, la Russie et la France.

L’état des lieux est cependant ingérable, car on perçoit bien que deux principes contradictoires sont en opposition : d’une part le droit des nations à l’autodétermination (appliqué si rapidement dans le cas du Kosovo) et d’autre part le respect de l’intégrité officielle d’un territoire récemment attribuée à l’Azerbaïdjan. En 1991, le Haut Karabakh avait proclamé son indépendance au moment de la chute de l’URSS, lorsque l’Azerbaïdjan proclame la sienne peu après il fait référence à ses droits staliniens acquis sur le Haut Karabakh dont il refuse l’autonomie.

De l’époque soviétique, l’Azerbaïdjan tire donc la prétention que le Haut Karabakh lui appartient, mais le territoire autonome a malgré tout réussi à échapper à la  mainmise de Bakou depuis 1994. Le peuple arménien désire simplement vivre en sécurité sur une terre qui a toujours été la sienne, mettant ainsi au défi l’expansionnisme turc.

Avec l’arrivée au pouvoir d’Erdogan, en effet, les perspectives se compliquent clairement : la Turquie encourage vivement l’Azerbaïdjan à reconquérir « ses terres occupées ». Le dictateur d’Ankara transporte même dans des avions turcs un millier de jihadistes particulièrement violents, utilisés contre Bachar el Assad en Syrie ainsi qu’en Lybie contre Haftar. Le conflit prend alors une tournure d’opération de conquête islamique contre des populations chrétiennes.

Dans le plus pur style de désinformation à la soviétique, le président Aliev clame que son armée, renforcée par les Turcs, ne fait que répondre à une agression des Arméniens. Erdogan en rajoute et menace en posant des conditions impossibles : le retrait des Arméniens des terres du Haut Karabakh.

La presse azerbaïdjanaise va jusqu’à épingler la France, estimant que « Macron s’en prend aux musulmans par son discours sur le séparatisme islamique ».

Paradoxalement, l’Azerbaïdjan chiite est fortement soutenu par la Turquie sunnite ! Quant à l’Arménie, elle bénéficie d’un soutien modéré de la Russie. Mais les commentateurs politiques s’inquiètent d’une possible escalade militaire actionnée par Erdogan dans ce conflit civilisationnel qui vient faire écho aux exactions massives des années 1915 contre le peuple Arménien. Aujourd’hui, on peut constater que les chrétiens d’Orient ont été chassés d’Irak et de Syrie, l’ancienne Mésopotamie autrefois à majorité chrétienne et juive. Persécutés en Turquie, ils sont devenus minoritaires au Liban en déclin progressif depuis son islamisation.

Le catholicos Karekin III donne sa bénédiction d’Echmiadzin aux soldats arméniens qui prennent des risques pour résister aux agressions azeries. Quelle parole l’autorité de l’Eglise catholique – officiellement proche de l’Eglise apostolique arménienne – va-t-elle formuler face à ce drame régional où des communautés chrétiennes entières sont en péril ?

Le dernier document du pape François donne plutôt le triste sentiment qu’il détourne le regard de ces situations propices à un embrasement, pour se référer avec déférence aux adversaires de la foi chrétienne comme le grand imam égyptien d’Al Azar, dont nul propos concret de pacification n’est à présent audible, à part une signature virtuelle sur un papier de courtoisie.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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