Publié par Dreuz Info le 9 octobre 2020

Au cours des dernières décennies, la révolution islamique iranienne, le 11 Septembre, l’immigration massive et bien d’autres choses ont permis aux Américains d’apprendre beaucoup sur l’islam de Mahomet et le Coran. À titre d’exemple, des termes tels que Ramadan, charia et jihad sont devenus largement familiers.

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Cependant, peu de gens connaissent la forme indigène américaine de l’islam, cette religion folklorique noire qui est apparue il y a environ un siècle dans des villes comme Newark, Chicago et Detroit, et qui a notamment inspiré Louis Farrakhan et la Million Man March.

La version indigène américaine de l’islam renferme des principes majeurs qui contredisent fondamentalement ceux de l’islam normatif, les plus notables étant l’ajout de prophètes après Mahomet, le fait que les Blancs sont vus comme des méchants et la limitation de l’adhésion à l’islam aux personnes d’origine africaine. Dans le Holy Koran of the Moorish Science Temple of America (Temple de la Science Maure d’Amérique, 1927) fondé par Noble Drew Ali, on ne retrouve rien du Coran normatif mais plutôt des éléments tirés de livres de « sagesse ésotérique » comme The Aquarian Gospel of the Christ (l’Évangile du Verseau du Christ, Los Angeles, 1908). C’est pour ces raisons que les musulmans refusent généralement de reconnaître le caractère islamique du Moorish Science Temple of America (MSTA).

Alors que son évolution ultérieure est généralement bien connue – le MSTA a vu le jour en 1925 et son successeur, The Nation of Islam, cinq ans plus tard – ses origines sont longtemps restées obscures, qu’il s’agisse du personnage clé à l’œuvre derrière cette forme d’islam radicalement différente ou encore de la provenance de ses idées hétérodoxes.

Couverture du livre The Princess and The Prophet.

Dans son livre The Princess and The Prophet: The Secret History of Magic, Race, and Moorish Muslims in America (La princesse et le prophète : histoire secrète de la magie, de la race et des musulmans maures en Amérique), Jacob S. Dorman de l’Université du Nevada révèle de nouvelles informations passionnantes sur ces origines. Son travail apporte une contribution remarquable à la compréhension de l’islam afro-américain.

Au cours de 13 années de travail de recherche mené dans « vingt-six lieux d’archives théâtrales, religieuses, fraternelles et historiques » (y compris les archives du Circus World à Baraboo dans le Wisconsin), M. Dorman a découvert beaucoup de choses sur Noble Drew Ali, le personnage clé à l’origine de l’islam afro-américain. Comme l’auteur nous l’explique, c’est ce soi-disant prophète qui permet véritablement de comprendre pourquoi Malcolm Little est devenu Malcolm X, pourquoi Cassius Clay est devenu Muhammad Ali, pourquoi The Nation of Islam est ce qu’elle est devenue et pourquoi environ 700 000 Noirs américains adhèrent aujourd’hui à l’Islam.

Qui était Noble Drew Ali ? M. Dorman l’identifie comme étant John Walter Brister (1879-1929) dont il consacre une grande partie de son livre à retracer la vie courte et mouvementée. Né à Carlisle, dans le Kentucky, il a, dans les années 1890, joué du cornet à pistons dans un spectacle de vaudeville, devenant ainsi le tout premier enfant noir star à Broadway. Il a ensuite travaillé comme magicien « hindou », épousant une actrice noire de vaudeville des années 1900, qui a joué le rôle de la « princesse » qu’on retrouve dans le titre. Dans les années 1910, il est devenu médecin charlatan « adepte égyptien ». Finalement, il s’est présenté comme « Maure », le Prophète Noble Drew Ali, et a fondé le MSTA. Cette nouvelle organisation correspondait à l’air du temps et du lieu, le Chicago d’Al Capone et de la Grande Migration des Noirs venus du Sud. En quelques mois à peine, il a gagné environ 7000 disciples, remportant un succès économique et politique notable. Mais en 1929, dans un Chicago en proie à la violence endémique, Drew Ali est mort dans des circonstances demeurées mystérieuses, à l’âge de 50 ans.

Noble Drew Ali – debout au premier rang, cinquième en partant de la gauche – au sommet de sa puissance et de sa gloire, en octobre 1928, en compagnie de membres du MSTA et de la « princesse », assise à ses côtés.

M. Dorman replace avec rigueur le MSTA dans son milieu culturel, et c’est ici que les choses deviennent vraiment intéressantes. L’auteur montre comment, à partir des années 1830, les Américains développent une fascination bienveillante voire, un respect pour le Moyen-Orient et l’islam, contribuant à répandre les thèmes asiatiques, islamiques, arabes et mauresques qui ont fait l’âge d’or du vaudeville et du cirque (on notera les personnages indiens, égyptiens et mauresques joués successivement par Brister).

Ainsi, en 1870, un groupe de francs-maçons de New York fondait l’Ancient Arabic Order of the Nobles of the Mystic Shrine (Ancien Ordre arabe des Nobles du Sanctuaire mystique) connu sous le nom de Shriners. En 1889, le cirque Barnum & Bailey annonçait « Une sortie héroïque de véritables guerriers maures contre les légions françaises assiégeantes, une scène authentique de la Caravane maure en pleine nature et du divertissement arabe. » En 1893, le cirque rival, le Sells Brothers Circus, présentait un « spectaculaire pèlerinage à la Mecque aux splendeurs orientales et mystérieusement romantiques ». Cette même année a également vu de nombreuses scènes musulmanes populaires et authentiques lors l’Exposition universelle de Chicago, y compris une mosquée en activité et son véritable muezzin.

Une affiche du cirque Barnum & Bailey de 1889.

Pour les Blancs, le fait de regarder de pseudo-fakirs ou de prêter un « serment musulman » au temple de la Mecque à New York, permettait de s’offrir un peu d’animation et de bon temps. Pour reprendre les mots de M. Dorman, cela leur servait de moyen pour « se libérer des tracas d’une pauvre vie à l’occidentale et profiter d’un spectacle orientalisant à la fois insouciant et absurde ». Mais pour les Noirs, les thèmes orientaux ont pris une signification beaucoup plus profonde. Être « hindou », « égyptien » ou surtout « maure » impliquait de ne pas être originaire d’Afrique et offrait une échappatoire au racisme, un moyen d’éviter la stigmatisation associée aux origines africaines. Ce qui a commencé comme une rigolade a pris des tonalités plus sérieuses, voire révérencieuses.

En effet, le récit de M. Dorman montre comment certaines des caractéristiques distinctives du MSTA se perpétuent dans The Nation of Islam et au-delà, même parmi les Américains noirs sunnites et chiites. Ces caractéristiques incluent le caractère patriarcal des familles, l’accent mis sur l’hygiène personnelle et la propreté au quotidien, la prétention du leader à la prophétie, un mélange d’éléments chrétiens et musulmans, l’idée d’un « scientifique » suprême, des vêtements distinctifs et des institutions permettant d’atteindre l’autosuffisance économique.

Salome Bey et son album de 1992 : I Like Your Company.

M. Dorman résume : « Pour Drew Ali et ses partisans, l’islam est devenu l’antidote du racisme blanc. » Cette vision des choses explique l’attrait et l’influence de l’islam, qu’il soit normatif ou afro-américain, parmi les Noirs. Des noms tels que Kareem Abdul-Jabbar, André Carson, Dave Chappelle, Ice Cube, Keith Ellison, Kenny Gamble, Janet Jackson, Shaquille O’Neal, Q-Tip, Snoop Dogg, Mike Tyson et Yasiin Bey laissent entrevoir la gamme impressionnante de célébrités noires musulmanes. D’autres – Marion Barry, Michael Jackson, O.J. Simpson – ont envisagé la conversion sans franchir le pas ultime. Parmi les sommités de la MSTA, il y a Salome Bey, récemment décédée et connue comme « la première dame du blues canadien ».

Depuis 1975, l’islam afro-américain a reflué pour être remplacé de plus en plus par l’islam normatif, une tendance qui va probablement s’accélérer avec le décès du leader actuel de The Nation of Islam, Louis Farrakhan, aujourd’hui âgé de 87 ans. Toutefois, Noble Drew Ali et le MSTA ont définitivement acquis une place dans l’histoire américaine comme celle du pont originel qui a permis à 700 000 Noirs américains et permettra probablement à beaucoup plus à l’avenir, de passer du christianisme à l’islam.

par Jacob S. Dorman du site de Daniel Pipes

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