Publié par Abbé Alain Arbez le 18 octobre 2020

C’est avec dignité que Jésus se sort du piège qui lui a été tendu par ses adversaires. Qui sont-ils ?

Principalement des Hérodiens, c’est à dire – avec les Sadducéens – des collaborateurs locaux de l’occupant romain. Jésus est l’un de ces rabbis connaisseurs de l’Ecriture que l’on va consulter sur des questions d’ordre éthique; d’où la façon de lui poser une question : est-il permis ? = façon de reconnaître son autorité. Le cas de conscience est particulièrement délicat, car l’impôt que l’on paye à l’occupant, c’est le signe même que le peuple d’Israël n’est plus maître chez lui, sur ses terres ancestrales. Et cette terre, elle est la Terre des promesses, confiée pour toujours par Dieu à son peuple, et certainement pas confiée à César ou à d’autres envahisseurs !

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C’est bien pourquoi la réponse de Jésus est étonnante d’authenticité. Avec finesse, Jésus renvoie chacun à sa conscience et à sa liberté, mais en fonction d’une seule et unique logique : l’alliance…

Malheureusement, les interprétations du « rendez à César » que l’on entend habituellement, vont trop souvent à l’inverse de ce que Jésus a exprimé. Ce qui est compris la plupart du temps, c’est : « chacun son domaine ! » Dieu dans son ciel, César sur ses terres.

Ce verset a fait couler beaucoup d’encre. Surtout depuis le 19ème siècle, période d’effervescence politique, où on a voulu voir dans cette répartie une définition intemporelle des rapports de l’Eglise et de l’Etat. Une séparation des pouvoirs : chacun chez soi ! Et si Jésus avait justement voulu exprimer tout autre chose, en conformité avec la culture biblique ? Si Jésus répond qu’il faut payer l’impôt à César, il apparaît comme une girouette qui se soumet aux Romains alors que leur présence est sacrilège. S’il affirme qu’il faut refuser de payer, il entre ouvertement en révolte contre l’occupant, et il devrait alors participer à la résistance armée.

Par tous ses contacts quotidiens, Jésus sait à quel point l’impôt romain opprime et fait souffrir le peuple, il sait que la présence en terre d’Israël de l’armée d’un empire idolâtrique est une humiliation pour les croyants et une offense envers Dieu. Le changement que Jésus désire, c’est le changement du cœur des gouvernants et des gouvernés, mais ce sera par une force intérieure qui est celle de l’Esprit, une rédemption venue d’en-Haut qui ne fasse violence à personne et qui libère tout le monde par la puissance de l’amour.

Voilà pourquoi Jésus remet ses interlocuteurs en face de leurs propres responsabilités. S’ils profitent de la présence de César, qu’ils lui rendent son dû. S’ils sont contre lui, qu’ils n’en retirent pas des avantages et des bénéfices. Jésus a pris du recul par rapport à la question qui lui avait été posée ; c’est d’ailleurs pour cela qu’il demande malicieusement à ceux qui veulent jouer au plus fin avec lui : et l’effigie sur la pièce, de qui est-elle ?

L’effigie, c’est l’image. Et l’image, cela renvoie aux origines, à la Genèse, lorsqu’il est dit que Dieu a créé l’homme à son image. « Elohim adam betsellema bara ». S’il est vrai que cette pièce d’argent appartient à César puisqu’elle montre son portrait, il est vrai aussi que ceux qui sollicitent Jésus appartiennent à Dieu. Ce qui doit revenir à Dieu, c’est l’homme tout entier, avec tout ce qu’il est, individuellement, mais aussi socialement, collectivement. Le prophète Isaïe évoque cette réalité : « celui-ci dira j’appartiens au Seigneur… celui-là inscrira sur la paume de sa main : je suis à Dieu. » (Is 48.4)

La réponse de Jésus est donc bien centrée à la fois sur la Parole de Dieu et sur la condition humaine. C’est exactement la logique de l’alliance que Jésus incarne jusqu’au bout, dans sa propre personne, jusqu’à la croix. Toute l’action de Jésus, dans ses rencontres, dans ses miracles, consiste à restaurer l’image de Dieu en l’homme.

Au 4ème siècle, époque qui suit les persécutions, un chrétien s’interroge sur le sens de l’image : « L’image de Dieu n’est pas imprimée sur de l’or mais sur le genre humain ! la monnaie de César est en or, mais celle de Dieu c’est l’humanité. Donc, donne ta richesse matérielle à César, mais réserve à Dieu la pureté de ta conscience, là où Dieu est contemplé. Si César a voulu son image sur chaque pièce de monnaie, Dieu a choisi chaque être humain qu’il a créé afin de refléter sa gloire. »    

De là nous pouvons nous aussi nous interroger : à l’effigie de qui ou de quoi sont nos existences à nous ? A l’image des pouvoirs qui resserrent chaque jour leur influence sur nous, à l’image des mentalités païennes qui imprègnent toujours plus les comportements ?

A qui appartenons-nous ? Aujourd’hui, les chrétiens devraient à la suite de Jésus refuser de sacraliser l’argent et ses multiples images quotidiennes. Ils ne devraient pas accepter la soumission mentale à des pouvoirs matérialistes et à des divinités modernes ; toutes ces formes de violence individuelle et collective vont à l’encontre du monde à venir, et nuisent au salut de tous : ce sera une réalité nouvelle, respectueuse de la présence de Dieu et de la dignité de l’homme qui lui est reliée.

Rendez à Dieu ce qui est à Dieu, il est vrai que tout appartient à Dieu, non pas pour déposséder l’homme de ses initiatives, mais au contraire, pour l’inciter à perfectionner la création et rendre ce monde habitable, sans laisser César le défigurer en le déshumanisant par l’arbitraire de ses pouvoirs. César était honoré comme dieu sur terre, avec des pouvoirs multiples : idéologiques, économiques, politiques, à l’image de ces trois tentations au désert refusées par Jésus. Cela dit, des règles de base sont nécessaires, tant pour la vie individuelle que pour la vie en société ; il y a des lois humaines, légales mais pas toujours légitimes, et il y a la loi de Dieu, qui n’est pas un simple état d’âme, ou un idéalisme, mais une pratique en acte, conforme à sa volonté.

Si les 10 commandements ont été donnés au peuple de Dieu, ce n’est pas pour restreindre ou étouffer la liberté, mais pour la guider, la construire et l’épanouir. Nous avons hérité de cette règle de vie, et il nous faut écouter St Jean, l’évangéliste qui parle le plus d’amour, mais qui est aussi celui qui parle le plus de commandements !

Nous prions pour que tout ce qui touche au domaine de César nous concerne et implique notre réponse. Que ce domaine ne reste pas cloisonné comme une chasse gardée du politique, mais qu’au contraire, tout ce qui recouvre la vie collective ait des comptes à rendre à Dieu, car il s’agit de la destinée humaine. Ce sera notre manière de répondre à notre vocation de baptisés, imprégnés par l’image d’un Dieu d’amour. St Irénée estimait que « le Verbe et l’Esprit Saint sont les deux mains avec lesquelles l’homme est modelé à l’image de Dieu ».

Avec l’aide de l’Esprit qui change la face de la terre, ce monde pourra être reconfiguré par le libre rayonnement de la parole de Dieu ; pas de n’importe quel Dieu : celui de l’alliance, c’est-à-dire le Dieu d’amour et Dieu du service fraternel. Notre monde deviendra ainsi la nouveauté annoncée par les prophètes et anticipée par Jésus comme un univers de plénitude éternelle offert à tous ceux qui le recherchent !

Amen

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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