Publié par Gaia - Dreuz le 22 octobre 2020

Source : Lesobservateurs

L’Union européenne a sans doute été à la traîne des peuples européens qui se sont courageusement mobilisés pour exprimer leur solidarité avec les chrétiens d’Orient en général et les chrétiens d’Irak en particulier ».

  • « Nous avons conservé des valeurs naturelles : la défense et la promotion de la famille, une foi vivante, la fierté de nos identités et de nos racines. Toutes choses que je vois disparaître lentement en Europe » [NDLR : Le multiculturalisme imposé par la gauche et la fausse droite en sont évidemment les moteurs].
  • « En Europe, vous négligez l’importance de vos trésors, de vos cultures, de votre civilisationEt vous cédez parfois la place à des mouvements fondamentalistes ou salafistes qui imposent progressivement leurs idéologies à leur entourage, pour devenir porteurs de haine et de manque de respect envers les pays qui les accueillent« .
  • « Pour le terrorisme, si vous ne le faites pas disparaître par la loi et la fermeté, c’est vous et vos enfants qui êtes exposés au danger d’être mis à genoux ».
  • « L’Europe devient l’enfant malade du monde moderne, parce qu’elle s’éloigne de sa foi et de ses racines culturelles et religieuses. »

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1. Vous avez été nommé et présélectionné pour le Prix Shakarov 2020, le plus important prix des droits de l’homme en Europe. Pensez-vous que l’Europe a reconnu la souffrance des chrétiens persécutés au Moyen-Orient ou qu’il y a eu trop de silence sur cette question pendant le règne de terreur d’Isis ?

Je pense que l’Union européenne était consciente des persécutions qui ont touché les chrétiens en Irak, en Syrie, en Egypte, mais aussi au Liban où il y a des attaques comme dans le village de Qaa dans le nord de la Bekaa.

Mais je crois que cette prise de conscience était difficile à verbaliser. Charles Peguy, auteur bien-aimé des catholiques français, nous rappelle qu’il faut « voir ce que l’on voit » et donc dire la souffrance que l’on voit même quand elle déstabilise nos grilles d’analyse, nos convictions géopolitiques, notre politiquement correct.

L’Union européenne a sans doute pris du retard par rapport aux peuples européens qui se sont courageusement mobilisés pour exprimer leur solidarité avec les chrétiens d’Orient en général et les chrétiens d’Irak en particulier. Sur le terrain, dans les camps de réfugiés, dans nos diocèses, au milieu de Ninive et au Kurdistan irakien, nous avons vu des dizaines de volontaires venus d’Europe pour exprimer leur amitié et leur proximité avec les personnes déplacées et les réfugiés. Nous avons vécu une véritable solidarité qui a été exemplaire.

Je reconnais également que ma nomination pour ce prix n’est pas pour moi. C’est une reconnaissance et une preuve de cette prise de conscience. Je souhaite qu’elle soit durable. La Mésopotamie et l’Irak doivent redevenir des centres de civilisation qui offrent leurs fruits au monde entier. Et les chrétiens seront des acteurs majeurs de cette renaissance.

2. Quel est l’avenir des chrétiens au Moyen-Orient ? Y a-t-il une chance qu’ils rentrent chez eux ? Que peut faire l’Europe pour les aider ?

Il y a différents défis à relever. Le premier est celui de l’enracinement. Aujourd’hui, la communauté internationale n’est pas suffisamment consciente du danger d’un Orient vidé de ses chrétiens. Une bonne partie de notre vocation est d’être le sel de la terre au milieu de la dévastation et des tensions. Que se passera-t-il si nous partons ?

Certains reviennent déjà parce qu’ils se rendent compte que l’Occident n’est pas le paradis perdu, ni les délices des « Jardins suspendus de Babel » qui leur avaient été promis. Ils reviennent aussi parce qu’ils sont spirituellement et culturellement orientaux et que sur leur chemin d’identité, le retour à la terre de leurs pères est souvent une étape de construction ou de reconstruction.

Que pouvons-nous faire pour nous aider à poursuivre notre vocation au Proche-Orient ? Trois choses : prier, construire, alerter. Nous devons travailler pour la sécurité, culturelle et physique, de nos communautés afin qu’elles puissent toujours mieux comprendre le sens de leur présence. Nous ne devons pas être des chrétiens habités par la peur, mais des hommes remplis de leur mission : témoigner de Jésus-Christ. C’est paradoxal pour le monde moderne, mais c’est la leçon des premiers chrétiens. Au milieu du péril, plus nous témoignons, et plus nous prions, plus nous sommes en sécurité. Car en fin de compte, notre sécurité n’est pas du monde, elle est pour le monde, et elle vient principalement d’en haut.

Cela ne signifie pas que nous ne devons pas tout faire pour assurer notre situation concrète. Je crois que pour cela, notre collaboration saine et libre avec les États doit être soutenue, encouragée et défendue. Enfin, j’espère que l’Europe est consciente du danger de l’émergence d’idéologies aussi néfastes que celle de l’EI, et qu’elle réagira plus fortement si cette idéologie réapparaît.

3. Que conseillez-vous à l’Europe sur la manière de faire face au terrorisme et aux islamistes fondamentaux ? Voyez-vous un danger dans les politiques de portes ouvertes en matière d’immigration ?

Ma première leçon est celle de la foi. L’islamisme comble un vide, une lacune. À l’Est, nous regardons souvent l’Europe avec des yeux envieux. Mais nous avons conservé des valeurs naturelles : la défense et la promotion de la famille, une foi vivante, la fierté de nos identités et de nos racines. Toutes ces choses que je vois disparaître lentement en Europe. Je l’ai dit au Parlement européen : « J’ai plus peur pour l’Europe que pour l’Irak ». Ici, d’une certaine manière, nous avons tout perdu ; ici, vous négligez l’importance de vos trésors, de vos cultures, de votre civilisation. Et vous cédez parfois la place à des mouvements fondamentalistes ou salafistes qui imposent progressivement leurs idéologies à leur entourage, pour devenir porteurs de haine et de manque de respect envers les pays qui les accueillent.

Cette approche doit être la première. Deuxièmement, il faudrait être myope pour ne pas voir que l’Europe est naïve face au terrorisme et à l’immigration incontrôlée et non surveillée. En tant qu’humain et chrétien, je crois à la place primordiale du voisin et à son immersion. Ils trouveront toujours en moi le cœur d’un frère qui les aime. Je suis également amoureux des cultures européennes : ils trouveront toujours en moi un ami qui les conseille. Tous ces gens ne viennent pas pour vous aimer, ni pour servir les pays qui les accueillent. Si vous ne contrôlez pas et ne combattez pas les hors-la-loi, et ceux qui refusent les valeurs de votre pays et les droits de l’homme, et imposent leurs propres lois, vous perdrez votre mode de vie, votre culture, votre paix.

Pour les catholiques, la naïveté n’est pas la charité, la prudence l’est. Il est indispensable d’avoir un œil pour l’amour, et un œil pour la prudence, c’est ainsi que vous êtes invités à regarder la migration.

Quant au terrorisme, si vous ne le faites pas disparaître par la loi et la fermeté, c’est vous et vos enfants qui êtes exposés au danger de l’agenouillement.

4. Craignez-vous que les chrétiens puissent être persécutés également dans le monde occidental ?

Ils souffrent de persécution et ce, depuis longtemps. Je suis dominicain. Je sais que les congrégations ont été expulsées de France au début du 20e siècle. Il était nécessaire que les religieux donnent leur vie pour leur patrie dans les tranchées de guerre afin de pouvoir retourner en France. C’est le père Henri Lacordaire, avocat et dominicain qui a rétabli l’Ordre en France en 1838, qui a prêché pour vivre « Dieu et la liberté ».

L’Europe devient l’enfant malade du monde moderne, car elle s’éloigne de sa foi et de ses racines culturelles et religieuses. À force de se détourner de l’Église et de son héritage, elle tombe amoureuse des pires idéologies fondamentalistes, laxistes ou individualistes, tant qu’elles s’opposent à ceux qui l’ont construite. C’est une immense douleur pour ceux qui aiment l’Europe. Une douleur qui ne pourra être réparée que par l’éducation et la culture, par la connaissance et la sortie d’une fausse vision de la laïcité, qui ne doit pas être instrumentalisée pour s’opposer à Dieu et aux valeurs spirituelles.

La laïcité est la distinction entre Dieu et l’État, et non des contraires. « Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu », a dit notre Seigneur Jésus-Christ. (Marc, XII, 13-17).

Nous devons craindre les faux dieux, les esclavagistes, la violence et l’épée, et ne pas nous détourner du Dieu de l’amour et de la paix. Les chrétiens du monde entier vivent une véritable épreuve, et donnent toujours des martyrs, à cause du fanatisme d’un dieu de l’épée et de la violence. Malheureusement, vous avez aussi vos martyrs assassinés par la même idéologie et par les mêmes groupes fanatiques. Partout en Europe, des gens tombent à cause de l’idéologie islamiste expansionniste. Le père Hamel et son assassinat, comme beaucoup d’autres victimes innocentes en Europe, auraient dû être l’occasion d’une prise de conscience et d’une vigilance accrue. Dommage que cela n’ait pas été le cas. L’Europe : Réveille-toi.

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