Publié par Jean-Patrick Grumberg le 25 octobre 2020

Si j’étais journaliste, j’aurais honte de travailler pour Slate. Quelle poubelle ! Mais il faut bien nourrir sa famille, je leur donne une petite excuse. « Il est temps de nommer les compositeurs de musique classique de leur nom et prénom pour éviter le racisme et la misogynie », écrit Chris White dans Slate (1) Pauvre bougre.

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Beaucoup d’entre-nous sont habitués aux conventions, et nous ne remarquons guère la différence », écrit White désespéré : « les compositeurs masculins blancs ‘traditionnels’ [il devait mettre « traditionnels » entre guillemets pour souligner l’horreur que lui inspire ce mot, cette notion, la « tradition »] sont présentés avec seulement leur nom de famille, les autres ont leur nom complet, « en particulier les femmes et les compositeurs de couleur » : Alma Mahler, Florence Price, Henry Burleigh, ou Caroline Shaw.

Je dois avouer, je suis comme vous, désespéré par cette tragique discrimination. Je songe sérieusement à prendre tous mes disques, allumer un feu avec mon lecteur CD au milieu, et tout brûler entre l’apparition de la lune et la première étoile, pour exorciser mon racisme. Je croise les doigts pour que ça réussisse.

White poursuit :

La façon habituelle, à deux niveaux, dont nous parlons des compositeurs classiques est omniprésente. Par exemple, la couverture d’un concert de début octobre par l’Orchestre de Louisville a salué l’interprétation par l’ensemble d’une symphonie de « Beethoven », et le début d’une composition à la mémoire de Breonna Taylor par « Davóne Tines » et « Igee Dieudonné ». Mais l’ubiquité ne fait pas tout. Il est temps que nous fassions attention à l’iniquité inhérente à la façon dont nous parlons des compositeurs, et il est temps que la convention de dénomination divisée change.

Quel homme ce White : il m’a convaincu. Unanimité sur l’iniquité. La situation est étouffante, irrespirable même. Je vais devoir retirer mon masque anti-coronavirus lorsque je me promène seul au milieu des bois pour ne pas suffoquer.

White : « Au cours des dernières décennies, le monde de la musique classique américaine a dû faire face à son histoire raciste et sexiste ; comme dans de nombreux autres domaines de la culture, ce processus s’est considérablement accéléré au cours de l’année écoulée. [Qui en doute, c’est évident, j’en parlais récemment avec ma gardienne]

Dans mon propre coin du monde universitaire, les derniers mois ont vu une concentration explosive sur la suprématie blanche et le centrisme masculin inhérents à la recherche musicale universitaire. [vous vous rendez-compte ce que ces enseignants doivent endurer ? Comment arrivent-ils à survivre dans un environnement aussi hostile ? Cela doit exiger une vigilance de tous les instants]. Cette explosion a été déclenchée par une conférence et un article de Philip Ewell, publié en septembre, dans lequel il dénonce le racisme institutionnel de la théorie musicale américaine dominante [J’en ai fait des cauchemars pendant trois jours, pas vous ?]. Ce point d’ignition a été précédé par des travaux dans des veines similaires par des universitaires comme Ellie Hisama et Robin Attas, et a ensuite été introduit dans les conservations musicales du courant dominant par le YouTuber Adam Neely et l’écrivain new-yorkais Alex Ross.

Face à l’insupportable torture, le monde musical a réagi… White explique :

Le monde de la théorie musicale a vu des groupes de travail conçus pour analyser et défendre la musique de compositeurs aux identités marginalisées, accompagnés de ressources en ligne d’exemples musicaux de ces compositeurs [il y avait urgence, merci !].

Le Metropolitan Opera, en annulant sa saison 2020-21, a également annoncé qu’il commencerait sa prochaine saison avec Fire Shut Up in My Bones de Terence Blanchard, le premier opéra d’un compositeur noir à apparaître sur la scène du Met [je n’en espérais pas moins].

Chris White, chevalier blanc de la justice sociale, pourfend les suprématistes blancs : Mozart. Beethoven. Bach… Il était temps.

Pour de nombreuses raisons qui se recoupent, les critiques musicaux, les universitaires, les consommateurs et les interprètes du milieu du XIXe siècle au début du XXe siècle ont pensé que l’histoire de la musique était l’histoire de quelques grands hommes produisant de grandes œuvres d’art. (Bien entendu, cette tactique est très courante dans la façon dont nous racontons notre histoire dans de nombreux domaines.)

Le respect et l’omniprésence accordés à ces hommes sont liés au mononyme, ou un seul mot suffit pour désigner l’ensemble du nom d’une personne. Ces demi-dieux canonisés se sont tellement ancrés dans la conscience collective de la société musicale d’élite, qu’un seul mot suffit pour évoquer leur spectre impressionnant. Les noms complets devenaient tronqués pour devenir des ensembles laconiques de syllabes universellement reconnues : Mozart. Beethoven. Bach.

Puis, dans un geste héroïque et courageux, chevaleresque et dangereux, White assène son coup de grâce. Ahhhhhh, je succombe….

D’un côté, donc, les initiatives en faveur de la diversité et de l’inclusion placent de nouveaux noms sur les programmes de concerts, les syllabes et les documents de recherche, des noms qui n’existaient peut-être pas il y a 10 ou 20 ans – ou même l’année dernière.

Mais ces noms apparaissent à côté de ceux que les forces du canon hérité ont percés au plus profond de notre cerveau. Cette collision entre la diversité croissante et les mononymes de l’histoire de la musique a créé un système hiérarchique qui, que vous le trouviez utile ou non, ne peut plus être considéré que comme dépassé et nuisible.

Conclusion

Comme c’est beau. Lyrique. Admirable. Je suis sans voix. Transposé, transporté, transpercé par la lumière retrouvée au bout du tunnel. La vie reprend des couleurs. Merci White ! Que ferait-on sans Slate…

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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  1. https://slate.com/culture/2020/10/fullname-famous-composers-racism-sexism.html

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