Publié par Dreuz Info le 26 octobre 2020

Source : Lesprovinciales

« Dans un monde assailli par la plus atroce barbarie, la généreuse tradition des prophètes hébreux, que le christianisme, en ce qu’il eut de plus pur, reprit pour l’élargir, ne demeure-t-elle pas une de nos meilleures raisons de vivre, de croire et de lutter ? » 

Marc Bloch

En 1980, Bat YE’OR et le dhimmi émergeaient seulement des silences de l’histoire et la situation des recherches en islamologie était tout autre. Puiser dans un corpus de treize siècles sur trois continents une centaine de textes significatifs, pour illustrer un travail historiographique d’une résonance politique assez extraordinaire, paraissait à la fois ambitieux et dérisoire aux critiques de l’époque. Nous mesurons mieux à présent l’audace de la jeune femme qui s’y attela.

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On reprocha violemment à Bat YE’OR de faire douter du potentiel réformateur de l’Islam, en enfermant celui-ci dans une doctrine héritée de siècles obscurs. Or elle n’était pas si fataliste dans ses interrogations : «Les penseurs islamiques pourront-ils, par une nouvelle interprétation des textes, abolir ou modifier les concepts de djihad et de dhimma ? » se demandait-elle, «de ce défi dépend peut-être l’avenir du monde ».

C’est Jacques Ellul qui, dans sa préface, insistera sur le fait que l’Islam est « une religion qui prétend donner une forme définitive à l’ordre social » et dont la doctrine tout entière a pris pour cela la figure juridique de l’écrit : « fixer les relations – arrêter le temps – fixer les significations – fixer les interprétations. »

Pierre boutang observait que « la simple possibilité de perspectives au sein de la révélation de l’être suscite au cœur de l’homme une indignation et une angoisse archétypique. » C’est pourquoi Juifs et chrétiens enveloppent la radicalité de l’homme seul dans des familles et des nations.

Face à « la profusion des sources », il est vain d’égrener tant de textes, caducs ou pas : n’importe quel lecteur a désormais en tête le battage quotidien des prescriptions de la charia, et dispose à vrai dire de son actualisation dans un nouveau corpus sanglant. Il a sous les yeux la manière tout à fait contemporaine dont certains de ses adeptes prennent en otage non seulement les populations et les régimes musulmans, mais les institutions, la politique, la vie intellectuelle et les personnes physiques de son propre pays. Que faudrait-il donc extraire de la longue série de ses illustrations violentes les plus récentes et de la litanie des écrits théoriques et des actes antijuifs et antichrétiens contemporains, pour que cette surabondance donne à la liberté des recherche et des études un suffisant coup de fouet ? (LIEN) 

Comme BAT YE’OR l’a expliqué, la responsabilité des victimes s’étend au-delà de la protection des populations désarmées : l’exigence d’une culture qui respecte l’intégrité de la personne ainsi que sa liberté, pour l’inscrire à l’intérieur du devenir historique d’un peuple, invite à faire prendre conscience aux musulmans eux-mêmes des travers inhérents à toute idéologie et à se défaire de ses tendances totalitaires. Comme le suggère SÉBASTIEN LAPAQUE dans Le Figaro, ce sera peut-être en retrouvant avec elle le mouvements de la vie intérieure que le brouhaha nous refuse catégoriquement et en écoutant la mélodie des Psaumes : avec son roman Moïse« Bat Ye’or confirme ses dons de conteuse et sa capacité à oublier l’aimable comédie de ceux qui pensent, pour rendre compte de la tragédie de ceux qui sentent » (LIEN).

• BAT YE’OR, Moïse. Al-Kahira, 1818-1882, roman*Les provinciales, 2020 (LIEN).

• BAT YE’OR, Le Dhimmi. Profil de l’opprimé en Orient et en Afrique du nord depuis la conquête arabe* [1980], préface de JACQUES ELLUL, Les provinciales, 2017 (LIEN).

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