Publié par Abbé Alain Arbez le 26 octobre 2020

L’apôtre Paul est parfois affublé de tous les travers : il serait misogyne, il aurait inventé un Christ dogmatique, aurait élaboré une théologie éloignée de la pensée authentique de Jésus de Nazareth qu’il n’a pas côtoyé, etc…

A la suite de sa conversion à la présence de Dieu dans la personne du Ressuscité, Schaoul, surnommé Paulus, le petit, (ha qatan) a été le formidable maïeuticien des communautés nouvelles qui sont nées de façon fulgurante dans toute la diaspora du Proche Orient et d’Asie Mineure, après les années 30.

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Il a été le passeur de la foi biblique aux cultures païennes, et a ainsi permis à son peuple, le peuple juif, d’accomplir une part essentielle de sa vocation élective dans le monde : être le peuple germinal porteur du message créateur et réconciliateur destiné à l’humanité entière. Comme les prophètes l’avaient maintes fois exprimé, le monothéisme hébreu féconde aussi les cultures païennes, son Messie Jésus faisant tomber le mur qui séparait les uns et les autres.

Claude Tresmontant, dans son ouvrage « Shaoul qui s’appelle aussi Paulus », nous permet de retrouver la texture hébraïque des lettres de Paul, l’apôtre du Christ ressuscité. Selon le bibliste – aujourd’hui décédé – Paul aurait dicté ses épîtres en hébreu et celles-ci auraient été, peu après, traduites dans un grec rempli de tournures sémitiques. C’est donc là un retour vers l’expression originelle de l’apôtre des nations, juif pharisien et citoyen romain.

Tresmontant montre que Paul développe la théorie de la transformation, ou métamorphose, de l’être humain. A la différence des systèmes de pensée gnostiques qui prétendent que l’âme humaine, pure au départ, n’a été souillée que par sa descente dans un corps humain, Paul développe sa réflexion selon un registre tout autre. Il ne raisonne pas comme un Grec mais comme un Hébreu : selon lui le monde n’est pas une matière éternelle immuable mais une création sensible à la temporalité et qui donc se détériore au fil des années et des siècles, d’où le besoin d’une régénération spirituelle.

Dieu ne se confond pas avec cette création et l’univers n’est pas incréé. De ce fait, l’homme est en évolution et le Christ est son modèle à imiter. S’unir à Dieu dans le Christ est la vocation de l’homme qui s’accomplit pleinement.

Cette transformation par l’Esprit du Christ, pour Claude Tresmontant, voilà la conviction de base de Paul. Une telle métamorphose de l’humain est évidemment en opposition avec la pensée grecque matérialiste ou encore avec les idées de type gnostique aujourd’hui recyclées.

Tresmontant recherche également les lignes-forces de la jeune communauté judéo-chrétienne pour mieux saisir la pensée paulinienne. Il recoupe sa réflexion sur les Lettres avec ce qui ressort des Actes des apôtres.

Les rationalistes ont douté de la véracité du CREDO des premiers chrétiens. Or, comment expliquer que les jeunes communautés de croyants aient pu se constituer si rapidement autour du mémorial de leur rabbi crucifié ? D’où provenait l’énergie phénoménale de leur développement dans tout l’Orient et au-delà ? Comment ont-elles trouvé la force incroyable de braver les dangers, de parcourir des distances considérables pour annoncer la Bonne Nouvelle, si la foi pharisienne en la Résurrection n’était pas pour elles une conviction mobilisatrice ?

Tresmontant montre que Paul et Jean parlent en fait le même langage. C’est la vision mystique des épousailles célestes entre le Christ et la communauté des fidèles, nouvelle Jérusalem à venir. Paul et Jean tout en dépassant certains aspects des observances de la Thora, affirment néanmoins que le Christ assume profondément la Tradition hébraïque parce qu’il reste fidèle à l’alliance. Les 10 commandements sont toujours la colonne vertébrale de leur vision du monde.

Shaoul de Tarse, apôtre pharisien des nations païennes, comment cela est-il possible ? Parce que – nous dit Tresmontant – il y a dans la Bible le livre de Jonas et celui d’Isaïe. La lumière d’Israël est celle d’un Dieu qui aime tous les êtres humains, qui veut faire de son Temple une maison de prière pour tous les peuples.

Cette force créatrice de vie doit donc être portée aux goyim qui découvriront, selon lui, que la circoncision est d’abord celle du cœur et avant d’être celle de la chair. Ainsi toutes les nations éclairées par Israël seront prêtes pour le Jour de Dieu dont l’échéance se rapproche inexorablement de nous. Mais le salut – offert généreusement- ne passera que par des libertés humaines transfigurées par la grâce.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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