Publié par Eduardo Mackenzie le 3 octobre 2020

Ni Juan Manuel Santos ni Gustavo Petro ne s’attendaient à ce que le président Donald Trump leur rende le coup de l’ingérence dans la campagne présidentielle américaine qu’ils faisaient, comme toujours, de manière sournoise et dissimulée, au profit du candidat démocrate Joe Biden.

Au cours des  trois actes de sa campagne de réélection, le président Trump a dénoncé ce qui se passe en Colombie à la suite du tristement célèbre pacte Santos / Farc. A Jacksonville, Floride, le candidat républicain a dénoncé «le terrible traité Obama-Biden-Santos avec les cartels de la drogue colombiens». Ces trois personnages, a-t-il dit, « se sont rendus aux narco-terroristes et ont fait exploser la production de drogues illicites ».

Lors d’un autre de ces rassemblements, le vice-président Mike Pence a appelé à la libération de l’ancien président colombien Álvaro Uribe et l’a qualifié de « héros ». En termes très directs, Trump a déclaré: « Dans mon administration, nous travaillerons avec notre homologue colombien pour stabiliser la région », avant de critiquer le soutien du gouvernement de Barack Obama (2009-2017) et de son vice-président Biden, au processus de paix qui avait été structuré par Santos.

Lors du rassemblement à Doral, une autre ville de Floride, le 25 septembre, le président des États-Unis a soulevé la question de l’ingérence des politiciens colombiens en faveur de Joe Biden dans la course à la présidentielle qui culminera le 3 novembre. Il a révélé que le socialiste Gustavo Petro avait envoyé son soutien à l’ancien vice-président de Barack Obama. « Ce n’est pas bien que Petro soutienne Biden », a-t-il souligné, non sans rappeler que le membre du Congrès colombien avait été membre de la guérilla M-19.

Ne pouvant se contenir, Gustavo Petro a insulté la nation américaine en comparant les atrocités commises par le M-19 à la lutte de George Washington pour l’indépendance américaine. Insinuant que le président Ivan Duque avait quelque chose à voir avec la riposte de Trump, il a lancé: « Le vrai Pablo Escobar est au pouvoir aujourd’hui en Colombie ». L’agent chaviste a gesticulé : « Trump n’a aucune idée de qui je suis ! ». Or, ceux qui le connaissent bien sont, surtout, les services de la Maison Blanche et les agences de renseignement américains (1).

Les déclarations du président Trump sont d’une importance capitale pour la lutte pour la démocratie en Colombie. Sous cet angle, ils sont historiques. Le diagnostic de Trump est  imparable. En effet, le pacte Santos/Farc a entraîné  une intensification de la violence et du chaos  social en Colombie,  un effondrement du fonctionnement de la justice,   une destruction progressive de la Constitution de 1911  et le décuplement du trafic de drogue qui fait tant de victimes en Colombie, aux États-Unis et en Europe. Le chef de l’Etat américain a raison de rejeter ce processus, car ses effets ne se répercutent pas seulement sur la Colombie mais aussi sur les États-Unis.

Malgré cela  et sans surprise, une certaine presse de Bogota a tenté d’enterrer cet événement en le noyant dans un flot d’informations moins importantes. Une radio est allée jusqu’à donner une leçon de journalisme obtus en supprimant de son site Internet l’interview qu’il avait eue avec Fabio Andrade. Comme cette radio n’avait pas été en mesure de ridiculiser cet activiste de la communauté colombienne de Floride, qui avait participé à l’un des panels où Donald Trump a critiqué le déplorable  « processus de paix » colombien, elle a retiré ce document sonore du net et a donné le micro aux personnes disposées à insulter Trump. Andrade avait expliqué en quoi  le pacte d’impunité implicite des accords Santos/Farc est un problème de sécurité nationale pour les États-Unis.

La stratégie concoctée par les personnes touchées par les déclarations de Trump était malveillante. Par l’intermédiaire de l’ancienne ministre des Relations étrangères de Santos, María Angela Holguín, ils ont exigé que le président Duque envoie à Washington une « note de protestation » affirmant que les propos du chef de l’Etat américain « affectaient les bonnes relations entre la Colombie et les États-Unis. Heureusement, Duque n’a pas obtempéré.

Cette manœuvre visait à offrir à Biden un élément de propagande fort pour le débat de mardi avec Trump. Les larmes de crocodile de Holguín ignoraient le fait que Gustavo Petro était celui qui était à l’origine de l’incident. Il a également laissé de côté un fait central: le gouvernement d’Ivan Duque n’avait rien à voir avec les déclarations du chef de la Maison Blanche. Comment Bogotá pourrait-il protester à ce sujet alors que ce que Trump a dit coïncide avec ce que les majorités colombiennes pensent en ayant rejeté le pacte Santos/Farc lors du référendum de 2016 ?

Plusieurs personnes nostalgiques sont venues aider Santos. Certains ont poussé des lamentations en affirmant qu’il n’avait pas capitulé devant les cartels de la drogue. D’autres ont dit qu’il y avait eu « ingérence [de Trump] dans les affaires colombiennes ». D’autres ont réitéré que la relation Colombie-USA dépend du bon état de la relation avec le « bipartisme nord-américainʺ et que celle-ci est intouchable. Ils ont oublié que Petro agissait ouvertement contre cela et que JM Santos avait salué, en 2016, la candidature d’Hillary Clinton,  rivale de Trump, affirmant, selon l’agence AFP, que c’était celle qui offrait le plus de « garanties » à la Colombie.

Pour résumer : la ligne tracée par Trump sur l’accord Santos / Farc est d’une grande importance. Cela renforcera forcément le champ des patriotes qui résistent à l’offensive putschiste du castro-chavisme qui, après avoir procédé abusivement à  l’arrestation à domicile de l’ancien président Uribe, a lancé une opération de violences urbaines et de massacres en milieu rural et, pour finir,  monté un dispositif destiné à assassiner le président Ivan Duque, découvert en partie par les services de sécurité colombiens. Ceux qui appellent au retrait du prix Nobel de la paix de Santos ont été revigorés par les remarques de Trump. La perte de cette distinction est maintenant une question de temps.

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

(1).- Gustavo Petro a été membre actif de l’organisation terroriste colombienne M-19 dès 1977 jusqu’à 1990. Son nom de guerre était « Aurelianoʺ. Le 24 octobre 1985, il a été arrêté par les autorités colombiennes. Il a tenté de s’enfuir déguisé en femme. La police a trouvé chez lui des armes, des explosifs et du matériel de propagande. Il fut relâché en mars 1987.  Après sa sortie de prison en mars 1987, il  s’est démobilisé en mars 1990 après un accord de paix passé par le  M-19 avec le gouvernement.  En 2006, Gustavo Petro s’est fait élire sénateur de la République. Il  a été candidat à la présidentielle en 2009 et en 2018. Elu maire de Bogotá en 2012, il fut limogé en 2014  pour des fautes commises dans l’administration du service d’ordures de la ville. En 2015, il fut réintégré à son poste grâce aux pressions du gouvernement du présidente Santos. Petro fut à nouveau élu sénateur en 2018. Les idées politiques de Petro sont identiques à celles du défunt dictateur Hugo Chavez au Venezuela. Il est favorable aux expropriations et à l’abolition de la propriété privée. Son parti ʺColombia Humana » est minoritaire (six sièges au parlement) mais il mène ses campagnes contre le gouvernement et contre le système démocratique en alliances avec d’autres formations d’extrême gauche (communistes, verts, Farc). Ses détracteurs appellent Petro « le seigneur des sacsʺ, après la révélation, lors d’un débat parlementaire, le 27 novembre 2018, d’une vidéo de 15 minutes où on voit un individu en train de donner à Petro de nombreux ballots d’argent d’origine inconnue qu’il place dans un  sac plastique. Petro n’a jamais expliqué le pourquoi de ce blanchiment d’argent. Cette révélation est devenue un grand scandale national. Cependant, la justice n’est jamais arrivée  à conclure son enquête sur ce sujet, ce que l’opinion publique voit comme une preuve de plus de l’écroulement de la justice colombienne. Voir la vidéo en question: https://www.youtube.com/watch?v=PnavHDCCT00

Voir la vidéo où la journaliste Karol Ibargüen dénonce les mensonges de Petro sur l’affaire de l’argent reçu clandestinement: https://www.youtube.com/watch?v=MpRBfr-zVkU

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